JOHN M. KELLY LIBDARY,
Donated by
The Redemptorists of
the Toronto Province
from the Library Collection of
Holy Redeemer Collège, Windsor
University of
St. Michael's Collège, Toronto
4>
HOLY REDEEMER LIBRARY, WiND^T
Jésus mieux connu et pius aimé
dans son Sacerdoce
Volumes parus
PREMIERE PARTIE
De la Connaissance de Jésus
le Verbe incarné
Un volume in- 12 de 320 pages
DEUXIEME PARTIE
De la Condition de l'Homme-Dieu
Un volume in-12 de 430 pages
TROISIÈME PARTIE
De Jésus dans son état de Victime
Un volume in-12 de 400 pages
QUATRIÈME PARTIE
Du Sacerdoce de Jésus
Un volume in-12 de 300 pages
En préparation :
SIXIÈME PARTIE
De Jésus Prêtre et Victime
dans la âloire
R. Père M. E. de la CROIX
de la Fraternité Sacerdotale
Jésus mieux connu
et plus aimé
dans son Sacerdoce
CINQUIÈME PARTIE
De Jésus Prêtre et Victime
dans l'Eucharistie
PARIS
MAISON DU BON-PASÏEUR
228, Boulevard Péreire
CANADA : Cénacle de la fraternité Sacerdotale
La Pointe-du-Lac. Près Troîs-Rivières
HOLY BEOEEMER LIBRARY, WINMflP'
NIHIL OBSTAT
Issiasi prope Parisios, die i5a Aprilis 1933
P. POURRAT, C. d.
IMPRIMATUR
Lutetiœ Parisiorum, die i/a Aprilis 1937
V. Dupin, v. g.
TOUS DROITS RESERVES
AD GRAND SAINT THOMAS D'A&UIN
le chantre inspiré de l'Eucharistie
Nous sommes heureux
de dédier ce cinquième volume
de notre ouvrage
sur le Sacerdoce de Jésus
au Docteur angélique
qui a si admirablement parlé
de l'Eucharistie
et dont la science doctrinale
qui préside à l'enseignement
de l'Eglise
a été puisée et alimentée
à la source divine
de l'Hôte divin du Tabernacle
le Prêtre Eternel
et l'auguste Victime
à qui nous devons la surabondance
des grâces
qui sauvent le monde.
Daigne ce grand saint l'agréer
et lui faire porter des fruits
pour l'honneur et la gloire
de Jésus Prêtre et Victime
au Très Saint Sacrement.
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in 2009 with funding from
University of Ottawa
http://www.archive.org/details/jsusmieuxconnu05mari
PRÉFACE
Il semblerait que notre humble travail sur le
Sacerdoce de Jésus soit terminé, après Vétude
que nous en avons faite dans son double état de
Prêtre et de Victime. En effet, nous avons consi-
déré Jésus, envoyé dans le monde comme Prêtre
et Victime par son divin Père. Nous L'avons vu
accomplissant ici-bas sa mission sacerdotale.
Nous L'avons suivi dans les phases diverses
de sa vie mortelle : où, Prêtre, Il offrait sans
cesse à Dieu la divine Victime et où, Victime,
Il se tenait constamment entre les mains de
son divin Sacrificateur, attendant l'un et l'au-
tre le moment de la suprême immolation. Nous
avons assisté au grand Sacrifice, où le Prêtre
exerçait la plénitude de son Sacerdoce, et où
la Victime se laissait immoler dans les mêmes
sentiments d'amour qui inspirait son Sacri-
ficateur.
Tout est donc fini et a trouvé, dans la mort
de la divine Victime, la réalisation pleine et
entière des desseins du Père nous envoyant son
Fils, et de la mission assumée par le Prêtre
Eternel venu pour offrir à Dieu une glori-
4 JESUS PRETRE ET VICTIME DANS L EUCHARISTIE
fi cation parfaite par le salut du monde l.
Toutefois, si la mission de Jésus-Prêtre est
complètement accomplie, au point qu'elle ne se
renouvellera jamais ! ; le Prêtre, Lui, demeure
et demeurera éternellement le même, conservant
le même caractère sacerdotal 3, objet des com-
plaisances infinies de son divin Père et des
louanges éternelles de ses élus.
Si la mission de Jésus-Victime a reçu son
plein accomplissement , sans qu'il soit possible
d'y ajouter le moindre supplément 4 ; la Victime,
Elle, ne subira jamais aucun changement et
elle aura toujours les mêmes droits à la glori-
fication divine et aux hommages des anges et
des hommes.
Le Prêtre n 'a accompli son Sacrifice que pour
s'en faire un trophée de gloire éternelle ; la Vic-
time n'est morte que pour revivre sans fin. Leur
vie passible et mortelle a disparu, pour faire
1 « Consummatum est. — Tout est consommé. » Jean,
xix, 3o.
2 « Jésus-Christ étant ressuscité d'entre les morts, ne meurt
plus ; la mort n'a pas d'empire sur lui. Il est mort une fois
pour toutes. » Rom., vi, 9, 10.
3 « Parce qu'il demeure éternellement, il possède un sacer-
doce éternel. » Hébr., vu, 24.
4 « Par une seule oblation, il a procuré la perfection pour
toujours à ceux qu'il a sanctifiés. » Hébr., x, 14.
PRÉFACE 5
place à une autre vie immortelle et éternelle '.
Si l'amour de^ Jésus se fût limité à l'accomplis-
sement de sa mission terrestre, c'est au ciel seu-
lement que nous L'aurions retrouvé. Mais un
second mystère d'amour, succédant au premier,
nous a conservé dans V humanité la présence
réelle et vivante du Prêtre-Victime qui nous a
sauvés : V Eucharistie est devenue le ciel des vi-
vants, comme le Paradis l'est des élus.
Au Très Saint Sacrement, nous possédons
Jésus tel qu'il est au ciel2. Il n'est pas plus
Prêtre et Victime là-haut qu'il ne l'est dans
l'Eucharistie. Il mérite donc ici-bas les mêmes
hommages, les mêmes adorations et le même
amour. Ce à quoi 11 a droit au ciel, dans les
siècles des siècles, de la part des bienheureux,
Il y a droit également sur la terre de la part de
ceux dont 11 est le Prêtre et le Sauveur.
Dès lors, non seulement il nous est loisible
d'honorer Jésus en tant que Prêtre et Victime
1 « Je vis quelqu'un qui ressemblait au Fils de l'homme... Il
posa sa main droite sur moi en disant : Je suis le premier et le
dernier. Je suis vivant, et j'ai été mort, et voici que je vis pour
les siècles des siècles. » Apoc, i, i3, 17, 18.
2 « La foi catholique croit, et la sainte Eglise enseigne que le
corps glorieux du Christ est réellement dans le Sacrement de
l'autel, et qu'il y est vraiment dans son état de gloire.» S.Thom.,
Op. 58, c. 11.
D JESUS PRETRE ET VICTIME DANS L EUCHARISTIE
dans l'Eucharistie, mais ce devoir est le plus
sacré gui nous incombe. Nous serions grande-
ment coupables d'attendre le ciel pour établir
entre Jésus Prêtre-Victime et nous les relations
divines capables de nous donner une intelli-
gence plus grande de son Sacerdoce et de nous
fournir les moyens de Lui rendre les hommages
gui Lui sont dûs.
Jésus, Prêtre et Victime dans l'Eucharistie,
doit donc faire l'objet de nos études, de nos
méditations et de nos contemplations, avant de
Le contempler dans le royaume de sa gloire.
L'existence sacramentelle de Jésus Prêtre et
Victime est intermédiaire entre son existence
mortelle pendant sa vie et son existence glo-
rieuse au ciel. Quoigue simultanée avec celle
de la gloire, elle est plutôt la nôtre, elle est faite
pour nous i ; elle comporte des droits actuels de
la part de Jésus et des devoirs non moins rigou-
reux et précis de notre part.
C'est pour en faire ressortir les raisons essen-
1 « Le Christ ne montre pas à nos yeux corporels cet état
glorieux, cette manière d'être, parce qu'il nous en réserve la
vision pour la patrie, et que cette ostension glorieuse ne con-
viendrait ni au Sacrement ni à notre foi, puisque nous mar-
chons encore vers le terme, sous le voile de l'énigme, et ne
percevons qu'à travers un miroir la divine lumière. » S. Thom.,
Op. 58, c. 11.
tielles et les aspects divers que nous écrivons
ces pages, destinées à apporter un complément
aux considérations contenues dans les volumes
antérieurs de cet ouvrage.
Nous le faisons avec d'autant plus de bon-
heur, que nous espérons, par là, pouvoir aider
à combler une lacune, évidente pour tous, pro-
venant de V inadvertance et de l'indifférence du
grand nombre à l'égard du culte dû à Jésus en
tant que Prêtre et Victime dans l'Eucharistie.
La foi en V Eucharistie est souvent plus théo-
rique que pratique ; elle est une foi vague et
sans réflexion, lorsqu'elle devrait être une foi
raisonnée et méditée. Elle n'est aussi que trop
une affaire de dévotion, sans conviction appro-
fondie ni attention soutenue. Même, chez les
âmes les plus pieuses, elle est parfois l'effet
d'une intelligence peu éclairée du plus grand
des mystères, plus ou moins étrangère à la réa-
lité vivante de la présence adorable du Prêtre
et de la Victime, qui ne peuvent être justement
honorés, que s'ils sont connus et aimés l.
1 « Tout le mystère de notre salut étant compris tout entier
dans l'Eucharistie, on célèbre pour ce motif ce sacrement avec
plus de solennité que les autres... On exige pour l'Eucharistie
une dévotion plus- grande que pour les autres sacrements,
parce que le Christ y est contenu tout entier ; et on demande
aussi une dévotion plus générale, parce que à l'égard de ce
8 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS l'eUCHARISTIE
Si Jésus est ce qu'il est par son Sacerdoce,
donc son Sacerdoce, c'est Lui. D'où, L'honorer,
L'aimer, L'adorer, Le servir vraiment, c'est le
faire en tant qu 'Il est Prêtre ; sans quoi, ce ser-
vice de foi et d'amour reposerait sur des don-
nées imprécises qui, laissant dans l'ombre ce
qu'il y a de plus essentiel en Jésus, ne Lui ren-
drait qu'un culte incomplet.
Il est donc souverainement important d'étu-
dier Jésus en l'Eucharistie, en tant que Prêtre
et Victime ; de chercher les raisons de sa pré-
sence eucharistique ; de comprendre la nature
de son état sacramentel, et comment 11 conti-
nue d'y exercer son Sacerdoce et de se main-
tenir, quoique glorieux, dans une attitude de
Victime.
Puissent ces pages favoriser cette étude de
lumière et d'amour, et inspirer aux âmes un
culte précis, fervent, habituel, envers notre ado-
rable Jésus, le Prêtre Eternel et la Victime tou-
jours immolée de nos autels !
Nous rappelant que c'est à Marie que nous
devons notre Prêtre, et que c'est en s' immolant,
sacrement on requiert la dévotion du peuple chrétien tout en-
tier pour lequel on offre le sacrifice, et on ne demande pas seu-
lement la dévotion de ceux qui le reçoivent, comme dans les
autres sacrements. » S. Thom., III p., q. 83, c. et ad. 5.
sur le Calvaire, avec la divine Victime, qu'elle
est devenue la coopératrice de notre salut éter-
nel, nous déposons cet humble ouvrage à ses
pieds, pour qu'elle le bénisse et lui fasse porter
beaucoup de fruits.
Jésus seul !
Cénacle Saint -Pierre
Jeudi-Saint, 1937
P. Marie Eugène de la Croix
de la Congrégation de la Fraternité Sacerdotale
PRÉLIMINAIRES
« Dieu nous a parlé par son Fils. II l'a établi avec serment
prêtre et pontife pour l'éternité. Nous avons un grand-
prêtre établi sur la maison de Dieu.
« Tout pontife étant établi pour offrir des dons et des vic-
times, Jésus, Fils de Dieu, notre grand pontife, venu
pour détruire le péché, a offert une seule Hostie, en se
faisant lui-même Victime.
« S'étant livré lui-même par amour pour nous, il a plu au
Père de faire résider en lui toute plénitude et de récon-
cilier toutes choses par lui et en lui, pacifiant par son
sang qu'il a répandu sur la croix tant ce qui est sur la
terre que ce qui est au ciel.
« Mais Dieu l'ayant déclaré pontife selon l'ordre de Melchi-
sédech, Jésus, avant de se faire lui-même Victime sur
la croix, prit du pain, et rendant grâce, le rompit et dit :
« Prenez et mangez : ceci est mon corps, qui sera livré
pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. » — De
même, il prit le calice en disant : « Ce calice est la nou-
velle alliance de mon sang ; faites ceci en mémoire de
moi. Car toutes les fois que vous mangerez ce pain et
boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur.
« Notre Seigneur Jésus-Christ étant devenu le grand pasteur
des brebis, allons donc à lui avec confiance et ofjrons
par lui sans cesse à Dieu un sacrifice de louange. Pontife
miséricordieux et victime d'agréable odeur, il pourra
toujours sauver ceux qui s'approchent de Dieu par son
entremise, étant toujours vivant au milieu de nous.
« A Jésus, le Fils de Dieu, le grand pontife saint, innocent,
immaculé, Pfêtre pour l'éternité et Victime toujours
immolée, afin d'intercéder pour nous, soit la gloire dans
les siècles des siècles. »
(Tiré des EpUres aux Hébreux et aux Corinthien!.)
En traitant de Jésus Prêtre et Victime dans
V Eucharistie, nous n'avons pas à recourir ni au
passé ni à l'avenir. Il y a dix-neuf siècles que
Jésus est venu sur la terre. Pour Le faire re-
vivre dans ce lointain passé, il nous faut ouvrir
le Saint Evangile, et y étudier les phases di-
verses de l'exercice de son divin Sacerdoce.
Trente-trois années de vie, couronnées par une
mort sanglante, jettent une vive lumière sur le
caractère sacerdotal de Jésus et sur la sublime
efficacité de son Sacrifice.
Tout ce passé est devenu le présent. Ce que
Jésus était dans sa vie mortelle et sur la croix
du Calvaire, Il l'est encore et aussi réellement
au Sacrement de l'Eucharistie. C'est le même
Prêtre, c'est la même Victime. C'est le même en-
voyé du Père, c'est le même Sauveur du monde.
S'il n'avait été Prêtre, Il ne serait pas venu ;
s'il n'était encore Prêtre dans l'Eucharistie, II
n'y existerait pas. S'il n'avait été Victime, Il
n'aurait pas été Sauveur ; s'il ne conservait en-
core ce caractère d'Hostie et de Victime dans
l'Eucharistie, Il serait privé de ce qui Le consti-
tue essentiellement.
Nous n'avons donc qu'à considérer Jésus tel
qu'il est présentement au Très Saint Sacrement,
PRÉLIMINAIRES i3
pour avoir l'intelligence de tout ce qu'il a été
pendant sa vie. Tout revit dans l'Eucharistie,
parce que Jésus y est tel qu'il était au moment
de l'Incarnation et à l'heure suprême du Sacri-
fice de la Rédemption.
Si nous ne L'y considérions pas comme Prê-
tre, nous ne pourrions Le connaître ; s'il ne nous
y apparaissait pas comme Victime, nous ne
pourrions Le comprendre.
C'est dans l'Eucharistie que nous devons faire
revivre l'Evangile. C'est dans la contemplation
de Jésus Prêtre et Victime au Très Saint Sacre-
ment que nous devons nous approprier tous les
dons et toutes les grâces qui découlent du Sa-
cerdoce de Jésus.
Pas plus qu'en recourant au passé, nous n'a-
vons à nous transporter au ciel pour connaître
Jésus Prêtre et Victime. Nous Le possédons déjà
dans sa pleine réalité. Le ciel ne nous donnera
rien de plus, quoique dans une clairvoyance
plus grande et sans déclin. Il ne faudrait pas que
l'espérance de la vision béatifique nous fasse ou-
blier ou négliger la présence ici-bas, au Très
Saint Sacrement, du même Jésus que nous pos-
séderons un jour dans la gloire.
Notre grâce, comme notre devoir, c'est d'étu-
dier, de connaître et d'aimer le Jésus de l'exil,
14 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
le Jésus qui demeure et vit dans l'Eucharistie,
le Jésus qui veut se révéler à nous, là où II est,
là où II se rend accessible, là où II aspire à se
faire connaître dans la divine réalité de son Sa-
cerdoce.
Quel bonheur est le nôtre, de pouvoir con-
naître Jésus de si près, et de Le posséder tel que
L'ont connu ceux qui vivaient de son temps et
tel que Le connaîtront les élus dans les siècles
des siècles !
Préparons nos âmes à entrer dans ce sanc-
tuaire secret où habite Jésus le Prêtre Eternel
et la divine Victime. Les Tabernacles nous en-
tourent ; pénétrons-y par l'amour et, sous le re-
gard de Jésus, considérons dans quel état II y
demeure, étudions ce qu'il y fait, admirons ses
divines opérations comme Prêtre et comme Vic-
time, et comprenons que si toute la vie éternelle
consiste dans la connaissance de Jésus, cette
connaissance d'intelligence et d'amour ne peut
être parfaite que si Jésus est connu et aimé dans
son Sacerdoce.
Dans tout le cours de cette étude, élevons sou-
vent nos âmes vers Jésus, multiplions nos actes
d'amour, et vivons le plus possible dans la pen-
sée des pieuses considérations que nous allons
PRELIMINAIRES
i5
faire. Regardons comme un devoir d'établir
notre âme dans une pureté parfaite pour mieux
comprendre, et de raviver notre amour pour
rendre plus intimes les relations qui vont s'éta-
blir entre nous et Jésus Prêtre et Victime dans
l'Eucharistie.
CHAPITRE PREMIER
De l'origine
de l'état eucharistique de Jésus
CHAPITRE PREMIER
De l'origine
de l'état eucharistique de Jésus
a Jésus, sachant que son heure était
venue de passer de ce monde au Père,
comme il avait aimé les siens qui étaient
en ce monde, il les aima jusqu'à la fin. »
Jean. XIII, 1.
Tout, en Jésus, prend naissance dans son
amour1. Son Sacerdoce est une émanation ado-
rable de son éternelle charité -. L'Eucharistie lui
est essentiellement liée : son existence sacra-
mentelle, destinée à nous conserver la présence
adorable du Souverain Prêtre, prend sa source
1 « L'amour vient de Dieu... Voici en quoi a paru l'amour de
Dieu envers nous : c'est qu'/V a envoyé son Fils unique dans
le monde, afin que nous vivions par lui. » I Jean, iv, 7, 9.
2 « Dieu a tellement aimé le monde qu'il lui a donné son
Fils unique... afin que le monde soit sauvé par lui » (Jean, m,
16, 17) ; — en tant qu'il est envoyé comme Prêtre : « Vous
êtes mon Fils, et je vous ai engendré aujourd'hui ; vous êtes
Prêtre pour l'éternité » (Hébr., v, 5, 6) ; — en vue de sa propre
immolation : cet amour consiste en ce que « Dieu a envoyé
son Fils comme victime de propitiation pour nos péchés »
(I Jean, iv, 10).
20 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
au sein de la Trinité Sainte, comme l'Incarna-
tion et la Rédemption *.
Pour vivre, il a fallu de l'amour au Verbe
incarné2; pour mourir, il Lui en a fallu davan-
tage 3 ; pour se survivre et rester dans l'hu-
manité, Il a réuni tout l'amour de sa vie et
de sa mort et II a fait de l'Eucharistie la mer-
veille des merveilles et le chef-d'œuvre de son
amour *.
Quoique non nécessaire au salut du monde,
l'Eucharistie est un tel bienfait pour l'humanité,
que l'on comprend, — quand on sait que Jésus
est tout amour et que l'amour est la seule raison
d'être de toutes ses œuvres, — que, pouvant in-
venter un mode nouveau de nous aimer, Il ait
mis en action sa puissance souveraine au ser-
vice de son amour infini et qu'il ait, en quelque
1 « O Seigneur Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, qui de par
la volonté du Père et la coopération du Saint-Esprit, avez vi-
vifié le monde par votre mort. » Canon de la Messe.
2 « Nous avons connu l'amour que Dieu a pour nous, et nous
y avons cru. » I Jean, iv, 16.
3 « Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce
monde à son Père, comme il avait aimé les siens qui étaient
dans le monde, il les aima jusqu'à la fin. » Jean, xhi, i.
•* « « Le Seigneur miséricordieux et clément a fait un mémo-
rial de ses merveilles : il a donné la nourriture à ceux qui le
craignent. » Ps. ex, 4, 5.
ORIGINE DE L ÉTAT EUCHARISTIQUE DE JÉSUS 21
sorte, dépassé les bornes de sa bonté et de sa
miséricorde l.
Nous allons Le suivre dans la marche ascen-
dante de ce mystère d'amour, décrété dans la
Trinité Sainte, préparé et annoncé pendant sa
vie, puis réalisé à l'heure du grand Sacrifice,
pour en perpétuer la mémoire et en appliquer
les mérites jusqu'à la fin des temps.
I. — Décret éternel de l'Institutie»
de l'Eucharistie
Tout ce que Jésus a opéré dans le temps a été
décrété de toute éternité. Le principe de ses
opérations humano-divines remonte à son exis-
tence éternelle au sein de la Divinité. Tout y a
été prévu, voulu, décrété dans l'essence divine
1 « Dans la consécration, dit saint Thomas, il faut considérer
et croire trois merveilles de l'opération divine. Premièrement,
c'est que là sous l'espèce du pain se trouve le vrai corps de
Jésus-Christ. Secondement, c'est que la substance du pain se
change au corps de Jésus-Christ, de manière toutefois que
les accidents du pain demeurent. Troisièmement, la première
de ces choses est admirable, la seconde l'est plus encore, la
troisième ne peut pas l'être davantage. » Op. 57, cit.
Dans les chapitres treize et quatorze du même Opuscule,
saint Thomas traite également de trois merveilles dans la pos-
session du corps de Jésus-Christ, et de trois autres dans la per-
ception du corps de Jésus-Christ.
22 JÉSUS PRETRE ET VICTIME DANS L EUCHARISTIE
quant au temps et aux modes de réalisation *.
Ce qui touche de plus près à la Personne ado-
rable du Verbe incarné et à sa mission sacerdo-
tale dans l'humanité, donne aux décrets éternels
une valeur spéciale qui sollicite de notre part
une adoration plus profonde et un amour plus
reconnaissant.
Or, la place que tient dans le plan divin l'Ins-
titution de l'Eucharistie est étroitement liée aux
deux grands Mystères de l'Incarnation et de la
Rédemption. L'exercice du Sacerdoce éternel de
Jésus et du Sacrifice rédempteur de la divine
Victime devant recevoir un adorable couronne-
nement dans la perpétuité de la présence eucha-
ristique de Jésus, il est juste d'admettre, en se
figurant un genre de succession dans les pensées
éternelles, que le décret du mystère de l'Eucha-
ristie a été comme une conséquence de celui des
deux autres mystères.
Mystère de sagesse divine -, atteignant les der-
nières limites de la toute-puissance 3. Mystère
1 « Dieu s'est proposé de réunir toutes choses dans le Christ,
soit celles qui sont dans le ciel, soit celles qui sont sur la terre,
en lui-même. » Ephés., i, 9, 10.
2 « La Sagesse s'est édifié une maison, elle a mêlé le vin, et
elle a dressé la table. » Office de la Fête-Dieu, à Laudes.
3 « Dans la préparation, la disposition et l'arrangement de ce
pain à jamais béni, qui est le Sacrement de l'Eucharistie, Dieu
a enfermé tant et de si grands prodiges, qu'il semble y avoir
origine de l'état eucharistique de jésus 23
de condescendance infinie, que ne pourra ja-
mais dépasser la miséricorde divine 1. Mystère
d'amour ineffable qui devra clore pour toujours
les manifestations glorieuses de l'éternelle cha-
rité -.
L'Eucharistie est comme un écho lointain des
éternelles décisions de l'adorable Trinité décré-
tant la présence permanente du Souverain Prê-
tre au milieu de l'humanité qu'il devait sauver.
A l'Incarnation correspond la Rédemption, à la
Rédemption l'Eucharistie. Trois modes différents
d'un même mystère, liés entre eux par un amour
puisé au sein de l'essence divine.
Maintenant que ces mystères nous ont été ré-
vélés, on comprend qu'il soit difficile d'en conce-
voir un sans les autres. Tous trois s'appellent
en quelque sorte renouvelé toutes les merveilles qu'il avait ac-
complies depuis l'origine du monde. » S. Thom., Op. 58, c. 1.
1 « Vous avez nourri votre peuple avec le pain des anges, et
vous lui avez donné le pain du ciel. » Office de la Fête-Dieu,
à Laudes.
2 « Dans le divin Sacrement de l'Eucharistie, Jésus-Christ a
répandu sur les hommes toutes les richesses de son divin
amour. » Conc. de Trente, Sess. 13, Can. il.
« Le Christ ne nous a pas privés de sa présence corporelle
pendant ce pèlerinage, mais il s'est uni à nous dans l'Eucha-
ristie par son corps et son sang véritable. D'où il dit (Jean, vi,
57) : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en
moi et moi en lui. » — Ce Sacrement est donc le signe de la
charité la plus grande. » S. Thom., III p., q. 75, a. 1.
24 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS l'eUCHARISTIE
rigoureusement et se complètent dans une unité
d'admirable sagesse et d'éternelle charité.
Combien, dès lors, nous apparaît grand et
adorable le Mystère Eucharistique, qui ajoute
une auréole si éclatante au Souverain Prêtre
continuant l'exercice de son éternel Sacerdoce
dans tous les tabernacles du monde ! Comment
le comprendre, sans remonter dans les profon-
deurs de l'éternité, là où tout est puissance
d'amour et amour tout-puissant ?
S'il pouvait y avoir des sentiments successifs
dans la Divinité, quels n'auraient pas été ceux
du Verbe de Dieu devant devenir le Verbe in-
carné, à la pensée d'ajouter un jour à l'amour de
la Rédemption l'amour de son Eucharistie, afin
de demeurer avec les hommes de tous les temps
et de tous les lieux !
Transportons-nous en esprit à l'aurore des dé-
crets éternels, et adorons le Sacrement adorable
qui, à l'origine, était destiné à nous assurer la
présence permanente de Jésus Prêtre et Victime.
II. — L'Eucharistie,
supplément à la Rédemption
Toute liée que soit l'Eucharistie, dans la pen-
sée divine, à la grande œuvre de la Rédemption,
elle ne lui est pas intrinsèquement nécessaire.
ORIGINE DE L'ÉTAT EUCHARISTIQUE DE JÉSUS 25
Le salut du monde ne pouvait être opéré sans
l'effusion du sang1. Il en avait été décrété ainsi
de toute éternité. Aussi, la mort de l'Homme-
Dieu étant intervenue, il n'y avait plus d'autre
victime à offrir, et la Rédemption était complète,
sans qu'il fût besoin de lui ajouter rien de plus 2.
C'est pourquoi l'Eucharistie apparaît comme
un supplément à la Rédemption, en ce sens que
la notion de la Rédemption comporte essentiel-
lement l'existence et l'immolation de la Victime,
le reste n'étant qu'un excès d'amour, quoique
voulu de Dieu, mais qui, en disparaissant, au-
rait laissé intacte la réalité de la Rédemption 3.
1 « Sans Yeffusion du sang, il n'y a pas de rémission. »
Hébr., ix, 22.
2 « Béni soit le Dieu et le Père de Notre Seigneur Jésus-
Christ, qui nous a comblés en Jésus-Christ de toutes sortes de
bénédictions spirituelles et de biens célestes... Dans lequel nous
avons la rédemption par son sang, et la rémission de nos pé-
chés, selon la richesse de sa grâce, que Dieu a répandue abon-
damment sur nous en toute sagesse et intelligence ; en nous
faisant connaître le mystère de sa volonté, selon le libre des-
sein que s'était proposé sa bonté, pour le réaliser lorsque la
plénitude des temps serait accomplie, à savoir, de tout restau-
rer en Jésus-Christ. » Eph., i, 3, 7-10.
3 « Nous avons été sanctifiés par l'oblation du corps de Jésus-
Christ, faite une seule fois... Celui-ci ayant offert une seule
hostie pour les péchés, est assis pour toujours à la droite de
Dieu... Quand les péchés sont remis, il n'est plus besoin d'o-
blation pour les péchés... C'est pourquoi nous avons la con-
fiance d'entrer dans le sanctuaire par le sang de Jésus-Christ.»
Hébr., x, 10, 12, 18, 19.
Le Docteur angélique nous donne comme un bref commen-
26 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
Mais précisément parce que le mystère de
l'Eucharistie, — quoique lié en fait à la Rédemp-
tion, parce qu'il en est le prolongement, —
n'était pas antérieurement indispensable pour
opérer le salut du monde *, il exprime un amour
taire des paroles de l'Apôtre, quand il dit : « La passion du
Christ ayant été une satisfaction suffisante et surabondante
pout le péché du genre humain et pour la peine qu'il avait mé-
ritée, sa passion a été une sorte de prix par lequel nous avons
été délivrés de cette double obligation... C'est pourquoi il est dit
que la passion du Christ est notre rédemption. » S. Thom.,
III p., q. 48, a. 4.
1 Dans son traité des sacrements, saint Thomas répond ainsi
à la question, à savoir si tous les sacrements sont nécessaires
au salut : « On dit qu'une chose est nécessaire de deux ma-
nières, par rapport à la fin dont nous parlons. 1° Elle est néces-
saire quand on ne peut sans elle arriver à cette fin. C'est ainsi
que la nourriture est nécessaire à la vie de l'homme. Ce qui est
ainsi nécessaire pour une fin, l'est absolument. 2° On dit qu'une
chose est nécessaire, quand on ne peut sans elle arriver conve-
nablement à sa fin. C'est ainsi qu'un cheval est nécessaire pour
voyager. Dans ce cas la nécessité n'est pas absolue. — Il y a
trois sacrements qui sont nécessaires de la première manière ;
deux se rapportent à l'individu : le baptême qui est simplement
et absolument nécessaire, et la pénitence qui l'est dans le cas
où l'on vient à pécher mortellement après le baptême. Le sacre-
ment de Yordre est nécessaire à l'Eglise... Les autres sacre-
ments sont nécessaires de la seconde manière. » S. Thom., III p.,
q. 65, a. 4.
Ce qui n'enlève rien à l'excellence du sacrement adorable de
l'Eucharistie, comme l'enseigne le même saint Docteur dans
l'article précédent. « Le Sacrement de l'Eucharistie, dit-il, est
le plus excellent de tous les sacrements. Ce qu'on peut rendre
évident de trois manières : i° Par ce qu'il renferme. Car le
Christ est substantiellement contenu dans le sacrement de
l'Eucharistie, tandis que les autres sacrements renferment une
ORIGINE DE L'ÉTAT EUCHARISTIQUE DE JÉSUS 2/
nouveau, distinct du premier, et qui doit être
l'occasion pour nous d'une plus grande recon-
naissance.
vertu instrumentale qui est une participation du Christ. Or,
ce qui existe par essence l'emporte toujours sur ce qui existe
par participation.
2° Par le rapport que les sacrements ont entre eux. Car
tous les autres sacrements paraissent se rapporter à celui-là
comme à leur fin. En effet, il est évident que le sacrement de
Yordre se rapporte à la consécration de l'Eucharistie, et le sa-
crement du baptême à sa réception. On est fortifié par la
confirmation pour qu'on ne soit pas excité par la crainte à
s'éloigner de ce sacrement. La pénitence et Y extrême-onction
préparent l'homme à recevoir dignement le corps du Christ.
Enfin le mariage se rapporte, du moins par sa signification, à
ce sacrement, en ce sens qu'il signifie l'union du Christ et de
l'Eglise, dont Yunité est figurée par le sacrement de l'Eucha-
ristie. D'où l'Apôtre dit (Eph., v, 3i) : « Ce sacrement est grand,
je dis en Jésus-Christ et dans l'Eglise. »
3° Par le rite des sacrements. Car presque tous les sacre-
ments sont consommés dans l'Eucharistie, comme le dit saint
Denis (De eccles. hier., c. 3). Ibid., a. 3.
En un autre endroit de sa Somme, le Docteur angélique éta-
blit, avec sa clarté habituelle, la différence qui existe entre
l'Eucharistie et le baptême relativement à la nécessité de salut :
« Dans l'Eucharistie, il y a deux choses à considérer, le sacre-
ment lui-même et la chose du sacrement. La chose de ce sa-
crement est l'unité du corps mystique sans laquelle on ne peut
être sauvé ; car il est évident qu'il n'y a pas de salut hors de
l'Eglise. On peut avoir la chose d'un sacrement avant de le re-
cevoir lui-même, par suite du désir que l'on a de s'en appro-
cher... Cependant il y a une différence par rapport à l'Eucha-
ristie et au baptême. La première, c'est que le baptême est le
principe de la vie spirituelle et la porte des sacrements ; tandis
que l'Eucharistie est en quelque sorte la consommation de cette
vie et la fin de tous les sacrements. C'est pourquoi il est néces-
saire d'avoir reçu le baptême pour commencer la vie spirituelle,
28 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
En réalité, Jésus n'était pas tenu de nous ai-
mer jusque là. Il nous avait été promis comme
Libérateur, dès le commencement du monde,
et par conséquent II devait nous sauver et en
prendre les moyens *. C'est pourquoi II est venu
comme Victime et s'est livré à la mort pour
nous 2. Mais la promesse de l'Eucharistie n'ac-
compagnait pas celle de la Rédemption. Jusqu'au
jour où Jésus l'annonça aux Juifs, on n'en avait
pas la moindre idée ; et l'on sait quelle opposi-
tion rencontra cette première manifestation du
mystère eucharistique3.
Jésus seul en est l'auteur. Il en revendique en
quelque sorte l'unique paternité. Il n'en a pas
tandis qu'il faut recevoir l'Eucharistie pour la consommer, mais
cela n'est pas nécessaire pour posséder cette vie simplement.
II suffit de l'avoir in voto, comme la fin se possède dans le dé-
sir et l'intention.
« La seconde différence, c'est que par le baptême l'homme est
ordonné à l'Eucharistie. Mais on n'est pas disposé au baptême
par un autre sacrement antérieur... C'est pour ce motif que
l'Eucharistie n'est pas de cette manière nécessaire au salut,
comme le baptême. » Ibid., q. 73, a. 3.
Ajoutons toutefois que quoique, dans le sens susdit, l'Eucha-
ristie ne soit pas nécessaire de nécessité de moyen, elle l'est de
nécessité de précepte.
1 « Dieu, selon sa promesse, & suscité le Sauveur Jésus. »
Act., XIII, 23.
2 « Le Christ nous a aimés et s'est livré lui-même pour nous
en s'offrant à Dieu comme une victime d'agréable odeur. »
Eph., v, 2.
3 Voir plus loin, § iv.
ORIGINE DE L ÉTAT EUCHARISTIQUE DE JÉSUS 29
besoin pour mourir ; Il possède déjà un corps
pour l'offrir. Mais II l'institue pour se survivre
et continuer à vivre parmi les hommes K
Ne sommes-nous pas en droit de dire que Jésus
nous a aimés à l'excès, qu'il a fait pour nous ce
à quoi II n'était pas tenu et que l'Eucharistie res-
tera le mémorial de ses tendresses infinies2.
Le voir mourir sur la croix, en suppliant son
Père de nous pardonner 3, n'est-ce pas l'amour
héroïque d'une Victime divine qu'immole un
Prêtre Eternel ?
Le contempler Prêtre et Victime dans l'Eu-
charistie, toujours nous aimant et toujours nous
pardonnant, n'est-ce pas le même langage de
tendresse sacerdotale et d'amour immolé se ré-
percutant de tous les tabernacles du monde jus-
qu'à la fin des temps ? 4
Il nous a aimés et II s'est livré pour nous : sur
1 « Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation
des siècles. » Math., xxviii, 20.
5 « Ceci est mon corps, qui est donné pour vous ; faites ceci
en mémoire de moi » Luc, xxu, 19. — « Toutes les fois que vous
mangerez ce pain et que vous boirez ce calice, vous annoncerez
la mort du Seigneur » I Cor., xi, 26.
3 « Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. »
Luc, xxviii, 34.
4 « Parce qu'il demeure éternellement, il possède un sacer-
doce éternel. De là vient qu'il peut toujours sauver ceux qui
s'approchent de Dieu par son entremise, étant toujours vivant
afin d'intercéder pour nous, » Hébr., vu, 24, 25.
30 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
la Croix, pour nous sauver ; dans l'Eucharistie,
pour nous appliquer les fruits de sa Rédemption.
III. — Les principaux motifs
de l'Institution de l'Eucharistie
Jésus est la glorification éternelle de son di-
vin Père. De toute éternité le Fils éternellement
engendré par le Père est son image parfaite,
sa splendeur substantielle et l'expression néces-
saire de sa gloire. En venant sur cette terre, Il
n'a point cessé d'être ce qu'il est de toute éter-
nité ; mais II a ajouté à la gloire essentielle de
Dieu une gloire nouvelle qui lui vient de l'Hu-
manité dont II s'est revêtu. Quoique acciden-
telle, en ce sens qu'elle est une gloire créée qui
a pris naissance dans le temps, elle est devenue
en Jésus une gloire nécessaire, inséparable de sa
condition d'Homme-Dieu *.
C'est même la première raison de l'Incarna-
tion, inspirée par l'amour de la justice et exigée
par la réparation de l'humanité coupable. C'est
aussi celle de la Rédemption, la gloire ravie à
1 « Dieu vient en ces jours de nous parler par son Fils, qui
est la splendeur de sa gloire et la figure de sa substance, sou-
tenant tout par la puissance de sa parole, et qui, après avoir
opéré la purification de nos péchés, est assis au plus haut des
cieux, à la droite de sa majesté. » Hébr., i, 3.
origine de l'état eucharistique de jésus 3i
Dieu par le péché ne pouvant lui être rendue
que par une expiation égale à 1 offense. Si le
Verbe éternel s'incarne, c'est essentiellement
pour glorifier Dieu ; le salut du genre humain,
c'est le moyen nécessaire et éternellement dé-
crété de procurer la gloire divine. Ces deux mys-
tères sont essentiellement unis et dépendent l'un
de l'autre, de sorte que le Verbe incarné demeu-
rera éternellement la gloire de son Père, mais
au nom de l'humanité régénérée *.
En tant que Dieu, Il lui est égal 2, et la gloire
qu'il lui rend est inhérente à sa nature divine.
En tant qu'Homme, Il lui est inférieur3, et II ne
peut le glorifier qu'en lui rendant des devoirs
d'adoration et de dépendance qui tiennent à sa
nature humaine. Cet état d'infériorité en Jésus
1 « Père, je vous ai glorifié sur la terre : j'ai accompli l'œuvre
que vous m'avez donnée à faire. » Jean, xvii, 4.
* «Moi et mon Père nous sommes une même chose. » Jean,
x, 3o.
3 « Si vous m'aimez, vous vous réjouirez de ce que je m'en
vais à mon Père, parce que mon Père est plus grand que moi. »
Jean, xiv, 28.
«Ayez en vous les mêmes sentiments qu'avait en lui Jésus-
Christ, qui, ayant la forme et la nature de Dieu, n'a point cru
que ce fut pour lui une usurpation de s'égaler à Dieu. Et ce-
pendant il s'est anéanti lui-même, prenant la forme d'esclave,
se faisant semblable aux hommes, et étant reconnu pour
homme par tout ce qui a paru de lui au dehors. » Phil., h, 6, 7.
32 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
demeurera éternellement, comme sa condition
de créature à l'égard du principe créateur l.
C'est pourquoi l'état eucharistique de Jésus
entraîne les mêmes devoirs essentiels qu'il a
contractés en se faisant Homme. Vis-à-vis de
son Père, Il vit dans un état de dépendance ab-
solue et II se tient devant la Majesté divine dans
une attitude d'adoration respectueuse, comme il
convient à l'humanité qu'il représente. Au nom
de tous les hommes, Il adore et II prie ; Il s'abîme
dans des abaissements inouïs, auxquels les siè-
cles n'apporteront jamais de changement. Ce
que les justes rendront de gloire à Dieu par leur
fidélité, Il s'en emparera et l'offrira Lui-même
avec la sienne pour la rendre plus agréable et
lui donner plus de valeur. Ce que les pécheurs
raviront de gloire à Dieu par leur infidélité, Il la
rendra à leur place par l'assiduité de ses perma-
nentes adorations eucharistiques 2.
1 « Et vous, mon Père, glorifiez-moi maintenant en vous-
même de cette gloire que j'ai eue en vous avant que le monde
fût. » Jean, xvii, 5.
2 « Durant les jours de sa chair, ayant offert à celui qui pou-
vait le sauver de la mort ses prières et ses supplications, avec
de grands cris et des larmes, il a été exaucé à cause de son
humble respect, et, tout Fils de Dieu qu'il est, il a appris,
par ses propres souffrances, ce que c'est qu'obéir ; et mainte-
nant que le voilà au terme, il sauve à jamais tous ceux qui lui
obéissent, Dieu l'ayant déclaré pontife selon l'ordre de Melchi-
sédech. » Hëbr., v, 7-10.
ORIGINE DE L'ÉTAT EUCHARISTIQUE DE JÉSUS 33
En effet, c'est depuis dix-neuf siècles, et le
jour et la nuit, que Jésus vit au Très Saint Sa-
crement dans un état d'adoration perpétuelle, si-
lencieuse et divinement féconde. Il n'est jamais
oisif, Il adore sans fin, et avec quel amour ! La
gloire de son Père, qui L'a attiré dans le monde
et L'a fait mourir sur la croix, demeurera tou-
jours la raison fondamentale de sa présence
eucharistique.
Oh ! qu'elle est sublime cette attitude d'un
Dieu qui adore un Dieu ! Qu'elle est éloquente
cette adoration silencieuse qui dure depuis deux
mille ans ! Qu'elle est glorieuse pour Dieu cette
offrande perpétuelle de son Fils personnifiant
l'humanité qu'il a sauvée ! Qu'elle est touchante
cette prière ininterrompue du divin Libérateur
en adoration, continuant de sauver le monde,
en s'interposant entre le ciel et la terre !
L'Eucharistie, c'est la gloire divine personni-
fiée en Jésus priant et adorant. L'Eucharistie,
c'est l'Incarnation continuée et la Rédemption
sans cesse renouvelée l. On comprend que l'a-
1 « On n'a jamais pu être sauvé sans avoir foi dans la pas-
sion du Christ, selon ces paroles de saint Paul (Rom., ni, 25) :
« Dieu l'a établi pour être la victime de propitiation par la foi
qu'on aurait en son sang. » C'est pourquoi il a fallu qu'en tout
temps il y eût parmi les hommes quelque chose qui représentât
la passion du Seigneur. Dans l'Ancien Testament son princi-
pal sacrement était l'agneau pascal. D'où l'Apôtre dit (I Col.,
34 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
mour ait poussé Jésus à l'instituer, Lui qui est
la gloire nécessaire de Dieu et le Sauveur indis-
pensable du monde.
Conservons sa mémoire, dirigeons fréquem-
ment nos regards vers les Tabernacles où II ré-
side, unissons nos adorations aux siennes et
devenons, à notre tour, sa gloire et sa suprême
consolation.
Si Jésus a trouvé dans le mystère rédempteur
la raison et la forme nécessaires de la glorifica-
tion divine, pour laquelle II s'était incarné, Il en
a fait également l'acte sacrificatoire de la régéné-
ration de l'humanité. En se survivant dans l'Eu-
charistie, Il continuera donc d'être la source in-
tarissable de toutes les grâces qui découlent de
son Sacrifice l. C'est la seconde raison de son
état sacramentel, intimement liée à la première :
le salut des hommes, fruit de sa suprême immo-
lation.
v, 7) que « le Christ notre pâque a été immolé ». Dans le Nou-
veau Testament il a été remplacé par le sacrement de l'Eucha-
ristie, qui rappelle la passion passée, comme l'agneau pascal a
figuré à l'avance la passion future. » S. Thom., III p., q. 73, a. 5.
1 « Le sacrifice de la loi nouvelle, c'est-à-dire X Eucharistie,
renferme le Christ qui est Yauteur de la sanctification. Car
« il a sanctifié le peuple par son sang », comme le dit l'Apôtre
(Hébr., xhi, 12). C'est pourquoi ce sacrifice est aussi un sacre-
ment. » S. Thom., I, II, q. toi, a. 4, ad 2.
origine de l'état eucharistique de jésus 35
Il ne méritera pas de nouveau ; l'expiation est
complète ; mais II puisera sans cesse dans le
réservoir de ses mérites infinis pour en faire
des applications suivant les besoins de chacun.
Toutes les générations passeront tour à tour
devant Lui ', et II les bénira. Il purifiera les
pécheurs et sanctifiera les justes.
Les hommes L'attirent, parce qu'ils Lui ont
permis de glorifier son Père, en mourant pour
eux. Ils sont devenus les trophées de sa victoire,
et II les aime comme les rachetés de sa miséri-
corde. Connaissant leurs immenses besoins, Il
se tient tout près, pour pouvoir les secourir tou-
jours 2.
Tout mystérieux que soit l'amour qu'il leur
porte, Il ne veut point les quitter et II les asso-
cie étroitement à son mystère eucharistique.
Ils Lui sont devenus tellement nécessaires, que
s'ils n'existaient pas, Il ne se serait pas fait Sa-
crement.
L'amour de la gloire de son Père et l'amour
du salut des âmes : en voilà plus qu'il n'en faut,
pour expliquer le grand mystère des merveilles
1 « Pour vous, Seigneur, vous êtes toujours le même, et vos
années n'auront point de fin. » Ps. ci, 28. — « Jésus-Christ était
hier, il est aujourd'hui, et il sera le même dans tous les siècles.»
Hébr., xiii, 8.
2 « Venez tous à moi, et je vous soulagerai. » Mat., xi, 28.
36 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
divines, inauguré par Jésus à la Cène et perpétué
à travers les siècles.
Quand l'humanité aura disparu et que Jésus
n'aura plus à rendre, en son nom, les hommages
qu'elle doit à la Divinité, ni à sanctifier les âmes
déjà arrivées au terme de leur destinée, l'état
eucharistique disparaîtra. Jusque là la Présence
adorable de notre divin Sauveur est assurée au
monde, et la grande promesse ne prendra fin
qu'avec la dernière Hostie.
« Ego vobiscum sum usque ad consummatio-
nem saeculi l. »
IV. — L'annonce de l'Eucharistie
Avant d'instituer le Sacrement adorable de
l'Eucharistie, Jésus avait tenu naturellement à
y préparer les Juifs par une annonce claire et
précise, quoique peu comprise de ses auditeurs -.
Cette révélation était tout à fait inattendue, le
peuple Juif n'ayant jamais eu la moindre idée
d'un pareil mystère. Il avait foi dans le Libéra-
teur promis, et il attendait sa venue ; mais ja-
mais, dans les Saints Livres, il n'avait été ques-
1 Mat., xxviii, 20.
2 « Je suis le pain de vie. Vos pères ont mangé la manne
dans le désert, et ils sont morts. Voici le pain descendu du ciel,
afin que celui qui en mange ne meure point. » Jean, vi, 48-5u.
ORIGINE DE L'ÉTAT EUCHARISTIQUE DE JÉSUS Z~j
tion du mystère eucharistique, si ce n'est par
des expressions confuses et symboliques, peu
susceptibles d'être clairement comprises.
La conception même qu'il s'était faite du Mes-
sie d'Israël était tellement erronée, qu'il ne se le
représentait que comme un roi terrestre à la tête
d'un royaume purement temporel '. Comment
aurait-il pu comprendre et encore moins espérer
une nouvelle existence de Jésus sous une forme
aussi humble et mystérieuse que celle de l'Eu-
charistie ?
Jésus qui connaissait la mentalité et l'igno-
rance de son peuple, voulut l'instruire à l'avance
du grand Sacrement qu'il lui préparait dans son
amour. Il y avait une année déjà qu'il exerçait
son ministère dans sa vie publique. Il était connu
comme le prédicateur d'une doctrine toute cé-
leste 2 et comme un puissant faiseur de mira-
cles 3. Il y avait tout lieu de croire que sa pa-
1 Les Apôtres eux-mêmes étaient tellement imbus de cette
fausse conception Messianique, que jusqu'au moment de l'As-
cension ils s'inquiètent de 6a voir l'heure de la restauration du
royaume d'Israël : « Alors ceux qui étaient présents l'interro-
gèrent en disant : Seigneur, est-ce en ce temps que vous réta-
blirez le royaume d'Israël? » Act., i, 6.
2 « Ma doctrine n'est pas de moi, mais de celui qui m'a en-
voyé. Ma doctrine est de Dieu. » Jean, vu, 16, 17.
3 « Beaucoup parmi le peuple crurent en lui, et disaient :
38 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS l'eUCHARISTIË
rôle, annonçant l'Eucharistie, serait entendue et
qu'on y ajouterait foi.
Il venait, en outre, d'opérer le miracle de la
multiplication des pains ', qui semblait une pré-
paration naturelle à une intelligence précise du
miracle eucharistique.
L'heure était venue de révéler au monde le
grand mystère de l'amour, et Jésus le fait dans
des termes clairs et précis. Il commence par ré-
clamer la foi en sa Personne et en sa mission,
promettant la vie éternelle à ceux qui croiraient
en Lui 2. C'était une habileté toute divine, s'il
Quand le Christ viendra, fera-t-il plus de miracles que n'en
fait celui-ci ? » Jean, vu, 3i.
1 « Jésus s'en alla ensuite au delà de la mer de Galilée, c'est-
à-dire de Tibériade. Et une grande foule le suivait, voyant les
miracles qu'il faisait en faveur des malades. Jésus monta donc
sur une montagne et s'y assit avec ses disciples. Ayant levé les
yeux, et voyant une grande foule de peuple venir à lui... il dit :
Où achèterons-nous des pains pour donner à manger à tout ce
monde?... André lui dit : Il y a ici un enfant qui a cinq pains
d'orge et deux poissons; mais qu'est-ce que cela pour tant de
personnes ? Jésus lui dit : Faites-les asseoir... Or, il y avait en-
viron cinq mille hommes... Jésus prit donc les pains ; et, ayant
rendu grâces, il les distribua... Lorsqu'ils furent rassasiés, il dit
à ses disciples : Recueillez les morceaux qui sont restés, afin
que rien ne se perde. Ils les ramassèrent, et emplirent douze
paniers des morceaux des cinq pains d'orge qui étaient restés
après que tous en eurent mangé. Et ces hommes, ayant vu le
miracle qu'avait opéré Jésus, disaient : Il est vraiment le Pro-
phète qui doit venir dans le monde. » Jean, vi, 1-14.
2 « La volonté de mon Père, qui m'a envoyé, est que qui-
conque voit le Fils et croit en lui, ait la vie éternelle, et je le
origine de l'état eucharistique de jésus 3q
nous est permis de parler ainsi, car après les
miracles qu'il avait opérés, Jésus pouvait à bon
droit espérer que ses auditeurs ne refuseraient
pas de croire en Lui. Puis, Il se proclame le pain
de vie, le pain descendu du ciel ', le pain dont il
faut se nourrir 2, le pain qui donne la vie éter-
nelle 3. Et pour que rien ne reste dans l'ombre
de cette éclatante révélation, Jésus se fait plus
explicite. Ce pain vivant, c'est sa chair ; ce breu-
vage divin, c'est son sang4.
Tel qu'il est présentement, tel qu'il apparaît à
leurs yeux, en chair et en os, les Juifs devront
s'en nourrir pour vivre éternellement, et le mys-
tère leur paraît insondable. Prenant les choses
trop à la lettre, et ignorant encore sous quelle
forme mystique, quoique réelle, ils mangeront
ressusciterai au dernier jour... En vérité, en vérité je vous
le dis, celui qui croit en moi a la vie éternelle. » Jean, vi,
40, 47.
1 « Je suis le pain vivant qui suis descendu du ciel. » Jean,
vi, 41, 5i.
2 « En vérité, en vérité je vous le dis, si vous ne mangez la
chair du Fils de l'homme, et ne buvez son sang, vous n'aurez
point la vie en vous. » Ibid., 54.
3 « Si quelqu'un mange de ce pain, /'/ vivra éternellement . »
Ibid., 52.
4 « Le pain que je donnerai est ma chair pour la vie du
monde. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie
éternelle... Car ma chair est vraiment une nourriture, et mon
sang est vraiment un breuvage. » Ibid., 52, 55, 56.
40 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS l' EUCHARISTIE
sa chair et boiront son sang, ils se refusent à
croire ' et ils s'éloignent 2.
Les Apôtres eux-mêmes croient, mais sans
comprendre. Seulement, le Maître a parlé, et II
a les paroles de la vie éternelle ; cela leur suffit 3.
Pour les récompenser, ils seront plus tard les
seuls convives présents à l'Institution de la di-
vine Eucharistie.
Il est à remarquer que Jésus rencontre la
même incrédulité à l'égard de l'Eucharistie qu'en-
vers sa mission rédemptrice. On Lui tourne le
dos pour ne plus L'entendre se proclamer le pain
vivant descendu du ciel ; on branle la tête et on
se moque de Lui, en Le voyant mourir dans
l'ignominie 4.
Deux aspects du double mystère de l'Eucharis-
tie et de la Rédemption, où sont méconnus à la
1 « Beaucoup de ses disciples, en l'entendant, dirent : Ces
paroles sont trop dures, et qui peut les écouter ? » Jean, vi, 61.
2 « Dès ce moment, beaucoup de ses disciples se retirèrent
et n'allaient plus avec lui. » Ibid., 67.
3 « Jésus dit donc aux douze : Et vous, voulez-vous aussi me
quitter ? Simon-Pierre lui répondit : Seigneur, à qui irions-
nous ? Vous avez les paroles de la vie éternelle. Nous croyons
et nous savons que vous êtes le Christ, Fils de Dieu. » Ibid.,
68-70.
4 « Et les passants l'injuriaient, branlant la tête et disant :
Toi qui détruis le temple et le rebâtis en trois jours, sauve-toi
toi-même. Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix. »
Mat., xxvii, 39, 40.
ORIGINE DE L ETAT EUCHARISTIQUE DE JÉSUS 41
fois la puissance sacrificatrice du Souverain Prê-
tre et l'efficacité souveraine de la divine Victime.
Quand Jésus annonce l'Eucharistie, Il parle
comme Prêtre. C'est par sa propre puissance sa-
cerdotale qu'il se fera nourriture pour la vie du
monde et qu'il nous livrera la Victime qui doit
nous sauver.
Quand Jésus meurt sur la croix, Il donne sa
vie pour mériter la vie éternelle à tous ceux pour
lesquels II a institué l'Eucharistie et s'est fait
leur Victime.
V. — L'Institution de l'Eucharistie
Une année s'est écoulée depuis l'annonce de
l'Eucharistie, à Capharnaùm. Aucune autre allu-
sion publique à cet ineffable mystère n'a été faite
aux Apôtres, — du moins d'après le silence des
Evangélistes, — jusqu'à l'heure des adieux su-
prêmes, la veille de la mort du Sauveur. Toute-
fois, étant donné l'importance capitale du mys-
tère de l'Eucharistie, et les ardeurs qui brûlaient
le cœur du Souverain Prêtre exprimant Lui-
même le grand désir qui Le consumait, lorsqu'il
s'écriait « desiderio desideravi hoc pascha tnan-
ducare vobiscum ' », nous pouvons à bon droit
1 Luc, xxii, i5.
42 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
conjecturer que dans l'intimité Jésus instruisit
« les siens » du Sacrement auquel II se préparait
à les faire participer.
Jésus allait mourir le lendemain '. Il n'y avait
plus que quelques heures avant le grand drame
de la Passion. Le Souverain Prêtre allait ter-
miner sa mission rédemptrice, et la divine Vic-
time n'attendait plus que le coup de la mort pour
mettre fin à ses immolations 2. Leur action com-
mune dans l'institution du Sacrement eucharis-
tique allait s'exercer dans l'intimité du collège
apostolique.
C'était le jour de la Pâque, la plus grande fête
des Juifs ; solennité qui donnait un caractère
sacré au mystère qui allait s'accomplir 3. La
salle richement ornée, d'après les indications du
1 Deux jours auparavant, Jésus avait dit clairement à ses
disciples : « Vous savez que la Pâque se fera dans deux jours,
et le Fils de l'homme sera livré pour être crucifié. » Mat., xxvi, 2.
2 « Je vous le dis, il faut que soit accompli tout ce qui a été
écrit de moi. Ce qui a été prophétisé de moi va prendre fin. »
Luc, xxn, 37.
3 « Le premier jour des Azymes, les disciples vinrent trouver
Jésus et lui dirent : Où voulez-vous que nous vous préparions
ce qu'il faut pour manger la Pâque ? Et Jésus leur dit : Allez à
la ville chez un tel, et dites-lui : Le Maître dit : Mon temps est
proche, je fais la Pâque chez vous avec mes disciples. Les
disciples firent ce que Jésus leur avait commandé, et ils prépa-
rèrent la Pâque. » Mat., xxvi, 17-19.
ORIGINE DE L'ÉTAT EUCHARISTIQUE DE JÉSUS 43
Maître *, avait pris un air de fête inaccoutumé.
Il régnait une atmosphère mystérieuse de paix
et de recueillement qui faisait pressentir un
grand événement -. Aucune heure aussi solen-
nelle n'avait encore sonné depuis le commen-
cement de la vie publique du Sauveur ; elle était
comme le prélude de l'heure qui, le lendemain,
allait marquer d'un sceau éternel le Sacrifice su-
prême opérant le salut du monde.
Les apôtres étaient saisis par tout cet ensemble
de mystère, et Jésus, Lui, était ému comme peut
l'être un Dieu réalisant dans le temps une pen-
sée éternelle et l'une des plus grandes œuvres
de sa puissance divine3. Jésus allait embrasser
1 « Et le père de famille de cette maison vous montrera un
grand cénacle meublé » (Luc, xxii, 12). « Une chambre haute
et vaste » (Marc, xiv, i5).
2 « Quand l'heure fut venue, il se mit à table et les douze
apôtres avec lui. » Luc, xxn, 14.
3 « Bien que les faits contingents n'existent en réalité que
successivement, Dieu ne les connaît pas ainsi, comme nous
pourrions le faire, mais il les connaît simultanément , parce que
sa connaissance, comme son être lui-même, n'a pour mesure
que son éternité. Or, l'éternité étant simultanée, elle embrasse
tous les temps. Ainsi donc tout ce qui existe dans le temps est
présent pour Dieu de toute éternité, non seulement parce qu'il
a présentes en lui toutes les raisons des choses, ma'"s encore
parce que son regard embrasse de toute éternité tous les effets
qui doivent exister, et qu'il les voit tous devant lui. D'où il
est évident qu'il connaît infailliblement ces effets contingents,
parce qu'ils sont toujours présents à ses yeux et qu'ils ne sont
futurs que par rapport aux causes prochaines qui doivent
44 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L EUCHARISTIE
un état nouveau ; Il allait multiplier les miracles
pour se renfermer dans un peu de pain et, dans
son immense amour, Il allait s'enchaîner jusqu'à
la fin du monde sous les espèces sacramentelles
et se faire la nourriture de ses créatures ra-
chetées *.
C'est à genoux qu'il faut assister à cette su-
prême manifestation d'amour et entendre les pa-
roles consécratrices qui instituent dans l'Eglise
le plus grand des Sacrements. « Hoc est corpus
les produire. » (S. Thom., I p., q. 14, a. 13.) — Et plus loin :
« Nous connaissons successivement dans le temps les choses
que le temps voit naître, mais Dieu les connaît dans l'éternité
qui est au-dessus du temps. » Ibid., ad 3.
1 « Puisque le corps du Christ est véritablement dans l'Eu-
charistie, puisqu'il ne commence pas à y être par un mouve-
ment local, et qu'il n'est pas là comme dans un lieu, il est
nécessaire de dire qu'il commence à y être par la conversion
de la substance du pain en lui-même. Mais cette conversion
n'est pas semblable aux conversions naturelles ; elle est abso-
lument surnaturelle et produite par la seule vertu de Dieu.
« Dieu étant un acte infini, son action s'étend à toute la na-
ture de l'être. Il peut donc non seulement faire une conversion
formelle, de manière que différentes formes se succèdent dans
le même sujet ; mais il peut encore faire la conversion de tout
l'être, de manière que toute la substance de celui-ci soit con-
vertie en toute la substance de celui-là. Et c'est ce qui est pro-
duit par la vertu divine dans X Eucharistie. Car toute la sub-
stance du pain est convertie en toute la substance du corps du
Christ, et toute la substance du vin en toute la substance du
sang du Christ. Cette conversion n'est donc pas formelle, mais
substantielle. On peut proprement lui donner le nom de trans-
substantiation. » S. Thom., III p., q. 75, a. 4.
origine de l'état eucharistique de jésus 45
meum. Hic est sanguis meus. » Jésus se tient
Lui-même dans ses mains : la prophétie est ac-
complie. Il se donne en communion à ses Apô-
tres : c'est le complément de la promesse.
Jusqu'à la fin des temps, Il demeurera le pain
qui donne la vie et nourrit les âmes '. De ses
premiers communiants, Il fait des Prêtres, qu'il
appelle à participer à son éternel Sacerdoce, et
à qui II donne la mission de perpétuer sa pré-
sence sacramentelle : « Hoc facite in meam com-
memorationem -. »
Dans quelques heures la vie mortelle de Jésus
aura disparu ; mais pour tous ceux de l'avenir II
vivra encore, et ses Prêtres seront là pour Le
conserver au monde dans son état de Prêtre et
de Victime.
En sortant du Cénacle, entrons dans nos
1 « Comme mon Père, qui est vivant, m'a envoyé et que je
vis par mon Père, de même celui qui me mange vivra aussi
par moi. » Jean, vi, 58.
2 « Ce sacrement est si noble, dit saint Thomas, qu'il n'est
confectionné que dans la personne du Christ. Or, quiconque
fait une chose au nom d'un autre, doit nécessairement le faire
par la puissance qu'il en a reçue. Or, comme le Christ accorde
à celui qui est baptisé la puissance de recevoir l'Eucharistie, de
même il accorde au prêtre, dans son ordination, le pouvoir de
la consacrer en son nom. Car par là le prêtre se trouve placé
au rang de ceux auxquels le Seigneur a dit (Luc, xxu, 19) :
« Faites ceci en mémoire de moi ». C'est pour ce motif qu'on
doit dire qu'il appartient en propre aux prêtres de consacrer ce
sacrement. » III p., q. 82, a 1.
46 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
églises ; nous y entendrons les paroles solen-
nelles de la Consécration eucharistique, nous
y contemplerons le même Jésus de la Cène et
nous participerons au même banquet des intimes
du Sauveur et des privilégiés de son cœur.
VI. — Les diverses formes d'amour
dans l'état eucharistique de Jésus
Que Jésus nous aime, nul n'en peut douter *.
Qu'il nous ait prodigué un surcroît d'amour et
de tendresse dans l'Institution de l'Eucharistie,
cela ressort de la nature même de ce Sacre-
1 C'est ce qui forçait saint Paul à s'écrier : « // m'a aimé et
il s'est livré lui-même pour moi » (Gal., h, 20) ; ce qu'il appelle
un amour excessif: « C'est lui qui nous a rendu la vie... à cause
du trop grand amour dont il nous a aimés » (Eph., h, 1, 4).
Aussi, pour nous inciter à marcher à la suite de Jésus, fait-il
appel à sa charité divine : « Soyez donc des imitateurs de
Dieu comme étant des enfants bien-aimés ; et marchez dans
la charité, ainsi que Jésus-Christ qui nous a aimés et s'est
livré lui-même pour nous, en s'offrant à Dieu comme une vic-
time d'agréable odeur. » (Eph., v, 1,2.) — Si Jésus a poussé si
loin son amour pour nous, c'est qu'il a puisé sa charité dans le
sein de son divin Père, selon ce qu'il dit Lui-même : « Comme
mon Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés » (Jean, xv, 9).
L'on comprend, après cela, le désir ardent de Jésus, que nous
Lui restions fidèles, afin de demeurer dans son amour, comme
Lui demeure dans l'amour de son Père : « Si vous gardez mes
commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme
j'ai moi-même gardé les commandements de mon Père et que
je demeure dans son amour. » (Jean, xv, 10).
ORIGINE DE L ETAT EUCHARISTIQUE DE JESUS 47
ment l. Si Jésus a voulu nous aimer jusque là,
c'est par un pur effet de sa bonté. Nous n au-
rions jamais pu nous-mêmes avoir une sem-
blable pensée, et espérer la voir réaliser.
Même, en assistant à l'Institution de cet ado-
rable mystère, nous aurions pu y croire, sans
toutefois oser en demander la perpétuité dans le
monde. Ce que nous n'avons même pas entrevu,
Jésus l'a fait. Ce qui nous aurait paru une exi-
gence irréalisable, Jésus nous l'a donné sans
condition.
C'est Jésus et Jésus seul qui a inventé ce nou-
veau mode de présence, qui nous Le livre dans
toute la réalité vivante de sa Personne divine.
C'est Jésus et Jésus seul qui a rendu sa pré-
1 Saint Thomas, en traitant de la réalité de la présence du
corps et du sang de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, fait ressor-
tir la charité qui a inspiré le Sauveur à instituer ce Sacrement.
« Cela convient, dit-il, à la charité du Christ qui lui a fait
prendre un corps humain véritable pour notre salut. Et parce
que le propre de l'amitié est surtout de vivre avec ses amis, se-
lon la remarque d'Aristote, il nous promet sa présence corpo-
relle comme récompense, en disant (Mat., xxiv, 28) : « Où sera
le corps, là aussi se rassembleront les aigles. » Cependant, en
attendant, il ne nous a pas privés de sa présence corporelle
pendant ce pèlerinage, mais il s'est uni à nous dans l'Eucha-
ristie par son corps et son sang véritables. D'où il dit (Jean,
vi, 57) : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure
en moi et moi en lui. » Ce sacrement est donc le signe de la
charité la plus grande, et il excite notre espérance par suite
de l'union intime qu'il établit entre nous et le Christ. » III p.,
q. 75, a. 1.
48 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
sence permanente dans l'humanité, au point
qu'îl s'est engagé officiellement à ne la jamais
quitter, grâce au pouvoir concédé à ses Prêtres,
qui ont toute autorité sur Lui *. C'est Jésus et
Jésus seul qui a embrassé dans un même amour
les générations de tous les temps et qui a fait
de tous les Tabernacles du monde autant de
cénacles destinés à Le multiplier sur tous les
points du globe. C'est Jésus et Jésus seul qui
appelle toutes les âmes à participer au ban-
quet de l'amour et qui ne se fait Sacrement que
pour être un aliment de vie éternelle, en venant
perdre en elles la vie sacramentelle qu'il prend
à l'autel 2.
1 « Pour nous prouver son amour, dit saint Thomas, le
Christ consacra son très saint Corps et son Sang adorable, et
donna le pouvoir de le consacrer, non pas à un seul homme
vertueux, pour un temps ou pour un lieu ; mais ce pouvoir il le
donna aux Prêtres même criminels, afin qu'en tout temps et en
tout lieu les hommes trouvassent dans la sainte Eucharistie et
les autres sacrements, des consolations spirituelles et un remède
à leurs fautes. » Op. 62, c. 1.
2 Le Docteur angélique explique ainsi la puissance divine
déployée par Jésus dans l'institution du sacrement de l'Eucha-
ristie : « La seconde raison de la possession du corps du Sei-
gneur, c'est la parité qui existe entre la puissance de Jésus-
Christ et celle de Dieu. Tout ce que peut en effet par nature le
Fils de Dieu, le Fils de l'homme le peut pareillement en vertu
de l'unité de personne. On lit dans saint Matthieu (xxvn, 18) :
« Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre. »
Saint Ambroise expliquant ces paroles : « Celui-ci sera grand,
et il sera appelé le Fils du Très-Haut » (Luc, 1, 32), s'exprime
ORIGINE DE L ETAT EUCHARISTIQUE DE JESUS 49
Vraiment, nous avons été trop aimés. Il est
difficile de penser à l'Eucharistie, sans éprouver
des sentiments d'amour et de reconnaissance
que rien ne puisse tarir. Il serait étrange de
contempler l'état auquel s'est condamné Jésus,
par un excès d'amour, sans vouloir Lui rendre
amour pour amour. Il serait coupable de con-
sidérer tout ce qui nous vient par cette pré-
sence permanente de Jésus, qui nous conserve
la source de toutes les grâces, sans nous effor-
cer de les faire fructifier dans notre âme.
Quel sublime couronnement de la vie de
l'Homme-Dieu, que celui qui Le conserve au
monde, tel qu'il y est entré ! Quelle apothéose
d'amour que celle qui s'épanouit dans les ravis-
sements d'un aussi grand mystère !
Quelle merveille de puissance et d'amour que
celle qui nous redonne, et pour toujours, le
ainsi : « C'est pourquoi il sera grand non pas parce qu'il ne
l'a pas été avant l'enfantement de la Vierge ; mais il le sera,
parce qu'il recevra dans le temps la puissance qu'il avait natu-
rellement avant le temps comme Fils de Dieu ; parce que
comme le Fils de Dieu et le Fils de l'homme seront confondus
dans une seule personne, de même il n'y aura qu'une seule et
même puissance du Fils de Dieu et de l'homme... » Le Verbe
Fils de Dieu a reçu du Père la puissance de s'enfermer sous
cette partie infiniment petite du corps de la Vierge ; comme
le prouvent ces paroles (Jean, i, 14) : « Et le Verbe s'est fait
chair. » Donc, le Christ homme a reçu un semblable pouvoir,
à savoir le pouvoir de renfermer son corps sous la plus petite
espèce du pain. » S. Tho.m., Op. 07, c. i3.
50 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
Prêtre que la fin de sa mission allait nous ravir !
Quel secret d'ineffable miséricorde que celui
qui vivifie le cœur de la divine Victime, au
moment du suprême Sacrifice, pour en faire à
jamais notre Hostie dans le Sacrement où elle
revit sans cesse !
Nous avons parcouru le cycle des manifesta-
tions d'amour qui se sont développées depuis le
décret éternel de l'Eucharistie jusqu'à sa réalisa-
tion solennelle au soir de la Cène. Pénétrons
maintenant plus avant dans le mystère, et con-
sidérons les rapports essentiels qui existent
entre le Prêtre et la Victime dans cet adorable
Sacrement.
A Jésus, Prêtre dans l'Eucharistie
O Jésus, dont les splendeurs sacerdotales
m'éblouissent déjà
dans la contemplation
des décrets éternels
qui Vous constituent notre Prêtre
dans l'humanité,
je Vous adore et je Vous aime.
J'assiste en esprit
à cette heure bénie
où votre amour infini
et votre puissance sacerdotale
Vous faisaient Eucharistie.
C'est pour ne nous point quitter
que Vous Vous êtes fait Sacrement,
je veux Vous tenir compagnie
dans l'Hostie.
C'est pour y exercer universellement
votre Sacerdoce,
que Vous Vous y êtes constitué Victime ;
je veux puiser dans votre coeur
de Prêtre
l'amour qui me fera vivre
et m'immoler avec Vous.
CHAPITRE DEUXIÈME
De la nature
de l'état d'immolation
de Jésus dans l'Eucharistie
CHAPITRE DEUXIEME
De la nature de l'état d'immolation
de Jésus dans l'Eucharistie
« Ceci est mon corps qui sera
donné pour vous. Ce calice est le
nouveau testament en mon sang
qui sera répandu pour vous. »
Luc, XXII, 19, 20.
Après avoir considéré les raisons de l'état eu-
charistique de Jésus et l'histoire de son Institu-
tion, il nous faut désormais pénétrer plus avant
dans cet adorable mystère et étudier les carac-
tères essentiels de cette présence permanente de
notre divin Sauveur au milieu de nous.
Savoir sous quelle forme il s'y présente, dans
quel état II y vit, sous quel aspect II s'y offre à
son Père et dans quelle condition II nous y con-
tinue les bienfaits de sa Rédemption : autant de
considérations qui s'imposent, si nous voulons
avoir une connaissance précise du grand Mys-
tère eucharistique et en faire l'objet de notre
amour et de nos contemplations.
Cette science est sans contredit la science
56 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS l'eUCHARISTIE
suréminente qui éclaire toutes ies autres ; car la
posséder, c'est faire revivre tout le passé de la
vie de Jésus et avoir, en quelque sorte, la clef
de tous ses mystères du temps et de l'éternité.
Cet état intermédiaire de Jésus entre sa vie mor-
telle et sa vie glorieuse répond à un plan divin,
où l'amour joue le premier rôle et porte néces-
sairement le même caractère d'amour réparateur
et de mission rédemptrice qui a inspiré la venue
de Jésus sur la terre et L'a conduit à l'expiation
de son grand Sacrifice.
C'est déjà entrevoir que l'état eucharistique
de Jésus ne peut être qu'un état d'immolation.
Etat d'immolation toutefois compatible avec son
état glorieux et susceptible de nous donner une
intelligence égale de son amour crucifié et de sa
gloire éternelle.
Suivons Jésus depuis le Cénacle jusqu'au Cal-
vaire, et contemplons dans le Prêtre qui immole
et la Victime qui est immolée le même Jésus qui
perpétue sa présence adorable dans le Sacre-
ment de l'Eucharistie.
I. — Etat immolé mais glorieux
de Jésus dans l'Eucharistie
Jésus a accompli sur le Calvaire sa mission
rédemptrice. La vie ne Lui avait été donnée que
NATURE DE L ÉTAT D'iMMOLATlON DE JÉSUS 5"]
pour cela l ; en l'offrant sur la croix, Il cesse
d'être passible et II mérite de n'être plus jamais
sujet à la mort 2. La vie qu'il reprend au matin
de la Résurrection est encore sa vie propre, mais
dégagée de tous les caractères d humiliation et
de souffrance qui en avaient fait la vie d'une
victime et d'un crucifié 3.
Aussi, ses droits à une gloire immortelle Lui
assurent-ils un état nouveau où II trouve dans
la Béatitude une récompense éternelle 4. Rien
désormais ne devra plus assombrir l'éclat de sa
gloire, et dans les siècles des siècles II sera
acclamé comme le Libérateur de l'humanité,
le Vainqueur de l'enfer, le Prêtre éternel et
l'Agneau toujours immolé \
1 « Le Fils de L'homme est venu pour donner sa vie. » Mat.,
xx, 28.
2 « Le Christ ressuscité d'entre les morts ne meurt plus ; la
mort n'a plus d'empire sur lui. » Rom., vt, 9.
3 « Sa mort est une mort au péché une fois pour toutes. La
vie qu'il a maintenant demeure en Dieu. » Ibid., 10.
i « Ce Jésus qui pour un peu de temps a été abaissé au-
dessous des anges, nous le voyons couronné de gloire et
d' honneur , à cause de la mort qu'il a soufferte, ayant, selon
la grâce de Dieu, goûté la mort pour tous. » Hébr., ii, 9.
5 « Je vis au milieu du trône un Agneau qui était debout
comme immobile... et les vingt-quatre vieillards se prosternè-
rent devant l'Agneau, ayant chacun des harpes et des coupes
d'or pleines de parfums... et ils chantaient un cantique nou-
veau, en disant : Vous êtes digne, Seigneur, de recevoir le livre
et d'enlever les sceaux, parce que vous avez été mis à mort.
58 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS l'eUCHARISTIE
Et pourtant Jésus a formé un autre dessein.
Tout en étant le triomphateur couronné du ciel,
Il a résolu de ne pas quitter les hommes. Com-
ment accomplira-t-Il ce mystère? Il ne peut rien
perdre de sa gloire, qui est éternelle, et II ne
peut davantage revivre une vie mortelle. S'il
réapparaissait parmi les hommes comme l'un
d'eux, Il devrait reprendre une existence in-
compatible avec son état glorieux. S'il se pré-
sentait dans la majesté de sa gloire, les vivants
ne pourraient en supporter l'éclat.
Il ne reste plus qu'une possibilité, celle d'unir
ces deux états, glorieux d'une part, humilié de
l'autre. Jésus conservera intacte toute sa gloire,
mais II la voilera ; Il se présentera sous d'hum-
bles dehors d'emprunt, mais sans porter atteinte
à l'état glorieux qui Lui est essentiel.
Tout ce qu II pourra prendre de sa condition
et que vous nous avez rachetés pour Dieu, par votre sang,
de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute
nation.
« Je vis et j'entendis autour du trône la voix d'une multi-
tude d'anges, et leur nombre était des milliers de milliers. Ils
disaient d'une voix forte : « L' 'Agneau qui a été immolé est
digne de recevoir la puissance, la divinité, la sagesse, la force,
l'honneur, la gloire et la bénédiction. » Et toutes les créatures
qui sont dans le ciel, sur la terre, sous la terre et dans la mer,
et toutes les choses qui s'y trouvent, je les entendis qui di-
saient : « A celui qui est assis sur le trône et à Y Agneau, béné-
diction, honneur, gloire et puissance dans les siècles des siè-
cles. » Apoc, v, 6, 8, 9, ii-i3.
NATURE DE l'ÉTAT D IMMOLATION DE JÉSUS 5q
mortelle antérieure, Il s'en servira. Sa gloire
n'étant connue que des anges, Il se revêtira ex-
térieurement de tous les caractères d'un état
d'humiliation et d'abaissement qui Lui donne-
ront l'aspect non seulement d'une victime, mais
d'une victime immolée *. Tout ce que la mort
pourra Lui fournir d apparences, Il s'en entou-
rera et II se condamnera au silence, à l'immo-
bilité et à l'impuissance d'un être sans vie.
On pourra Lui parler, Il ne répondra pas ; on
voudra L'appeler, Il ne bougera pas ; on osera
L'outrager, Il ne se défendra pas. Pour croire à
sa présence, il faudra renoncer à l'usage de ses
sens -. Pour Le considérer comme un être vi-
1 « On appelle la célébration de l'Eucharistie Yimmolation du
Christ pour deux raisons : 1°) Parce que, comme le dit saint
Augustin à Simplicius (L. 2, q. 3), les images ont coutume
d'être appelées du nom des choses qu'elles représentent. Or, la
célébration de l'Eucharistie est une image représentative de
la passion du Christ, qui est sa véritable immolation. D'où
saint Ambroise dit (Sup. Ep. ad Hebr., c. 10) : « Dans le Christ,
l'hostie qui est toute-puissante pour le salut éternel n'a été
offerte qu'une fois; que faisons-nous donc? Ne l'offrons-nous
pas tous les jours ? mais en mémoire de sa mort. » — 2") Quant
à l'effet de la passion du Christ. Car ce sacrement nous fait
participer aux fruits de la passion du Seigneur. C'est pour
cela qu'il est dit dans une oraison : que toutes les fois qu'on
célèbre la mémoire de cette victime, on exerce l'œuvre de notre
rédemption.» S. Thom., III p., q. 83, a. 1.
2 « La foi n'est pas contraire aux sens, mais elle a pour objet
une chose à laquelle les sens ne peuvent s'élever. » S. Thom.,
III p., q. 75, a. 5, ad 3.
60 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
vant, il faudra recourir à des actes purement
surnaturels. Pour Le confesser le même Jésus
glorieux que celui de la Patrie, il faudra détruire
toutes les apparences dont II se revêt et tomber
en adoration devant sa parole infaillible pro-
clamant que ce pain c'est Lui, Lui, la vie éter-
nelle qu'il donne à ceux qui Le mangent *.
Si le mystère de l'Incarnation, nous cachant
un Dieu, est grand et adorable ; si le mystère de
la Rédemption, enlevant la vie à la victime, est
divinement miséricordieux; que dire du mystère
eucharistique qui nous voile à la fois le Dieu et
l'Homme, et prolonge dans les siècles l'actualité
toujours renouvelée de la présence vivante du
Sauveur du monde ! 2
1 « Quoique les sens, dit encore saint Thomas, ne puissent
reconnaître que le corps et le sang du Christ sont véritable-
ment dans l'Eucharistie, cependant notre foi sappuyant sur
l'autorité divine, nous devons le croire, puisque cela convient
à la perfection de la loi nouvelle, que cela est très conforme à
la charité du Christ et tout à fait d'accord avec la foi que nous
avons dans son humanité... Si vous avez compris spirituelle-
ment les paroles du Christ à l'égard de sa chair, dit saint Au-
gustin (Tract. 27 sur S. Jean), elles sont pour vous esprit et
vie ; si vous les avez entendues charnellement, elles sont en-
core esprit et vie, mais elles ne le sont pas pour vous. » S. Thom.,
III p., q. /5, a. 1, c et ad 4.
2 « Sur la croix se cachait seule la Divinité, mais ici se cache
aussi l'Humanité. » S. Thom., (Adoro te).
NATURE DE l'ÉTAT D'iMMOLATION DE JÉSUS 6l
II. — Sacrifices qu'impose l'état
d'immolation de Jésus dans l'Eucharistie
L'état d'immolation de Jésus dans l'Eucha-
ristie peut être envisagé par rapport à Jésus et
par rapport à nous. D'un côté comme de l'autre,
il comporte des sacrifices, sacrifices glorieux
pour Jésus, sacrifices méritoires pour nous.
Pour établir ce Sacrement, Jésus a non seule-
ment renversé les lois de la nature qu'il avait
Lui-même établies, mais II s'est imposé des con-
ditions telles, qu'il a lésé, en quelque sorte, des
droits personnels qui sembleraient imprescrip-
tibles.
Comme pendant sa vie mortelle, Il a relégué sa
Divinité dans le secret et le mystère. Une fois sa
mission accomplie, pas n'était besoin de conti-
nuer ce sacrifice, puisqu'il disparaissait sous une
forme sensible. Bien plus, la gloire accidentelle
à laquelle II avait droit du fait de l'accomplisse-
ment de sa mission terrestre, venant s'ajouter
à sa gloire essentielle, motivait une manifes-
tation éclatante de sa Divinité. Et cependant,
Il juge de devoir la tenir encore dans l'ombre,
pour Lui permettre de se faire Sacrement1.
1 C'est pourquoi, lorsque Jésus, à i'approche de sa Passion,
demande à son Père de Le glorifier, Il n'entend parler que de
62 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
Tout au moins, Jésus va-t-Il conserver la vue
de son Humanité sainte? Il n'y a plus les mêmes
raisons que pour voiler sa Divinité. Il est apparu
parmi les hommes, Il a vécu comme eux, Il leur
a parlé et les a instruits ; Il a gagné les sympa-
thies et ravi les cœurs ; Il a exercé autour de Lui
une véritable influence, et par la bonté de son
regard, et par la douceur de sa voix, et par l'at-
trait de toute sa personne i. Qu'il continue à
sa gloire du ciel : celle qu'il a comme Dieu de toute éternité
et à laquelle II a droit de participer comme Homme, par le fait
de l'union hypostatique de sa nature humaine à sa Personne
divine. Ce qui s'est parfaitement réalisé, en récompense de 6on
immolation et de sa mort, d'après ces paroles de l'Apôtre :
« Jésus-Christ ayant offert une seule hostie pour les péchés,
est assis pour toujours à la droite de Dieu » (Hébr., x, 12).
C'est-à-dire, d'après saint Thomas (III p., q. 58, a. 4, ad 2) :
« Ce qui ne signifie pas simplement être dans la béatitude mais
avoir la béatitude avec une certaine puissance de domination,
et l'avoir pour ainsi dire comme une chose propre et naturelle,
ce qui ne convient qu'au Christ. »
En maints endroits du saint Evangile, Jésus Lui-même pro-
clame la majesté et le pouvoir judiciaire de son second avène-
ment. « Alors le signe du Fils de l'homme paraîtra dans le ciel ;
et tous les peuples de la terre seront dans les gémissements ;
et ils verront le Fils de l'homme venant sur les nuées du ciel
avec une grande puissance et une grande majesté. » Mat.,
xxiv, 3o. — Voir également Mat., xxvi, 64 ; Marc, xiii, 26 et
xiv, 62 ; Luc, xxi, 27.
1 « Vous savez ce qui est arrivé dans toute la Judée, en com-
mençant par la Galilée, après le baptême que Jean a prêché :
comment Dieu a oint de l'Esprit saint et de force Jésus de Na-
zareth, qui passa en faisant le bien et en guérissant tous
ceux qui étaient sous la puissance du diable, parce que Dieu
NATURE DE L'ÉTAT DTMMOLATION DE JÉSUS 63
vivre de la sorte, et II aura de multiples occa-
sions de se faire aimer et d'exercer son empire
sur les âmes.
Mais non, son état eucharistique Lui demande
cet autre sacrifice ; et pour rester parmi les hom-
mes dans une condition qui satisfasse les désirs
de son cœur et les besoins des âmes, Il dispa-
raîtra comme Dieu et comme Homme, et II ne
sera plus apparemment qu'un morceau de pain *.
Peut-il y avoir abaissement plus grand et
anéantissement plus complet? Comment, après
cela, n'être pas frappé d'un état d'immolation,
où la Divinité et l'Humanité de notre divin Sau-
veur sont reléguées comme dans un tombeau où
ne régnent plus que le silence et les ombres de
la mort ?
Depuis dix-neuf siècles que les générations se
succèdent devant les Tabernacles qui couvrent le
était avec lui. Pour nous, nous sommes témoins de tout ce
qu'il a fait dans les campagnes de la Judée et à Jérusalem. »
Act., x, 37-39.
1 « La foi catholique croit, dit saint Thomas, et la sainte
Eglise enseigne que le corps glorieux du Christ est réellement
dans le Sacrement de l'autel et qu'il est vraiment dans son état
de gloire. Cependant il ne montre pas à nos yeux corporels cet
état, cette manière d'être, parce qu'il nous en réserve la vision
pour la patrie, et que cette ostension glorieuse ne conviendrait
ni au Sacrement ni à notre foi, puisque nous marchons encore
vers le terme, sous le voile de l'énigme, et ne percevons qu'à
travers un miroir la divine lumière. » Op. 58, c. 11.
64 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
globe, Jésus n'a pas changé d'attitude. I! vit dans
la solitude et l'impuissance apparente. Son lan-
gage est ceiui des morts qui ne parlent ni ne se
font entendre. Son état est celui d'une chose
inerte qui n'a aucun mouvement '. Sa beauté
n'est que supposée ; nous sommes condamnés à
ne la voir jamais2. Son action ne s'exerce que
dans le secret des cœurs, et II ne viendra jamais
visiblement vers nous pour nous attirer à Lui. Il
vit, et II ne nous communique la vie, dont II est
le principe, que sous des apparences de mort.
Jésus ne pouvait nous révéler plus éloquem-
ment son état d'immolation dans l'Eucharistie,
ni nous enseigner plus amoureusement que,
pour aimer comme Lui, il nous faut nous im-
moler avec Lui 3.
1 « Puisque le Christ n'est pas dans l'Eucharistie comme dans
un lieu, dit saint Thomas, il est évident qu'il y est d'une ma-
nière immobile par lui-même, mais d'une manière mobile par
accident. » III p., q. 76, a. 6.
2 « Notre œil corporel est empêché par les espèces sacramen-
telles de voir le corps du Christ qui existe sous elles, non seu-
lement parce qu'elles le couvrent (comme nous sommes em-
pêchés de voir ce qui est couvert d'un voile quelconque) ; mais
parce que son corps n'est pas en rapport avec le milieu qui
environne ce sacrement par l'intermédiaire de ses accidents
propres, mais par l'intermédiaire des espèces sacramentelles. »
S. Thom., III p., q. 67, a. 7, ad t.
3 « Purifiez-vous du vieux levain, afin que vous soyez une
pâte nouvelle, comme aussi vous êtes des azymes ; car notre
Pâque, le Christ, a été immolé. » I Cor., v, 7.
NATURE DE l'ÉTAT D'iMMOLATION DE JÉSUS 65
III. — Relations entre l'Institution
de l'Eucharistie
et le Sacrifice de Jésus sur la Croix
Le seul fait du moment de l'Institution de l'Eu-
charistie, la veille de la mort du Sauveur, à
l'heure où va commencer sa passion, nous in-
dique déjà les relations étroites qui existent
entre ces deux grands mystères *.
1 C'est encore le Docteur angélique qui, avec sa clarté habi-
tuelle, fera ressortir les trois raisons de l'Institution de l'Eu-
charistie, le soir de la Cène, au seuil de la Passion du Sauveur.
« Il est convenable que l'Eucharistie ait été instituée dans la
Cène, où le Christ s'est trouvé pour la dernière fois avec ses
disciples. 1" — En raison de ce que ce Sacrement renferme.
Car le Christ lui-même est contenu dans l'Eucharistie, comme
Sacrement. C'est pourquoi quand le Christ devait s'éloigner
de ses disciples sous sa propre forme, il s'est laissé lui-même
à eux sous l'espèce sacramentelle.
« 2° — Parce qu'on n'a jamais pu être sauvé sans avoir foi
dans la passion du Christ, d'après ces paroles de Saint Paul
(Rom., m, 25) : « Dieu l'a destiné pour être la victime de propi-
tiation par la foi qu'on aurait en son sang. » C'est pourquoi il a
fallu quV« tout temps il y eût parmi les hommes quelque chose
qui représentât la passion du Seigneur. — Dans l'Ancien Tes-
tament, son principal sacrement était l'agneau pascal. D'où
l'Apôtre dit (I Cor., v, 7) : que « le Christ, notre pâque, a été
immolé ». — Dans le Nouveau Testament, il a été remplacé par
le Sacrement de l'Eucharistie, qui rappelle la passion passée,
comme l'Agneau pascal a figuré à l'avance la passion future.
C'est pourquoi il a été convenable, qu'au moment où la pas-
sion était imminente, il établit le nouveau Sacrement lorsqu'on
célébrait l'ancien.
« 3° — Parce que c'est surtout ce que disent les amis en
66 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
Jésus a intentionnellement rapproché cette su-
blime Institution de son dernier Sacrifice. S'il
n'avait pas eu la pensée de les réunir dans un
même acte de suprême amour, Il aurait pu choi-
sir un autre moment plus en harmonie apparem-
ment avec la joie et l'allégresse qui ressortent
d'un semblable Sacrement.
Mais, sans rien enlever aux douces suavités
de la présence vivante et permanente de Jésus
dans ce mystère, c'est précisément parce que
l'Eucharistie doit perpétuer dans le monde le
souvenir de sa passion et de sa mort, que le cru-
cifié du Calvaire entre en scène par l'inaugura-
tion du plus grand Sacrement l. A la Cène II
dernier lieu, lorsqu'ils se retirent, qui se grave plus profon-
dément dans la mémoire ; parce qu'alors on leur est plus atta-
ché et que ce sont les choses pour lesquelles nous avons le plus
d'affection, qui s'impriment dans l'esprit le plus vivement. Car,
comme le dit le Pape Alexandre Iel (Epist. i, cap. 4), dans les
sacrifices rien ne peut être plus grand que le corps et le sang du
Christ, et aucune offrande n'est préférable à celle-là. C'est pour-
quoi, pour qu'on l'eût en plus grande vénération, le Seigneur
a institué ce Sacrement au moment où il allait se séparer de
ses disciples. Et c'est la pensée de Saint Augustin, dans les
réponses qu'il adresse à Janvier (Epist. liv, cap. 6) : Le Sauveur,
pour mieux faire connaître la profondeur de ce mystère, a voulu
que cette action étant la dernière fût plus profondément gravée
dans les cœurs et dans la mémoire de ses disciples, qu'il quitta
pour aller accomplir le sacrifice de sa passion.» S. Thom., III p.,
q. 73, a. 5.
1 II est de foi que Jésus a établi l'Eucharistie dans la der-
nière cène, la veille de sa passion. « Or, lisons-nous en saint
NATURE DE L ETAT D IMMOLATION DE JESUS 07
épuise en quelque sorte son amour, comme tout-
à-1'heure sur la croix II épuisera tout son sang.
L'Eucharistie est une immolation anticipée,
inséparable de celle qui, le lendemain, mettra
fin à la vie mortelle du Sauveur. Si Jésus ne
meurt pas encore, c'est que ce Sacrifice doit se
prolonger pendant quelques heures avant de
trouver son dernier dénouement dans l'effusion
du sang de la Victime *.
Les paroles de Jésus sont frappantes et signifi-
Matthieu, (ch. xxvi), le premier jour des Azymes... le soir venu,
Jésus se mit à table avec ses disciples... Pendant qu'ils sou-
paient, il prit du pain, le bénit, le rompit et le donna à ses
disciples en disant : Prenez et mangez : Ceci est mon Corps.
Et prenant le calice, il rendit grâces, et il le leur donna, en di-
sant : Buvez-en tous, car Ceci est mon Sang, le sang de la
nouvelle alliance, qui sera répandu pour beaucoup en rémis-
sion des péchés... Et, ayant dit un hymne, ils allèrent sur la
montagne des Oliviers... Alors, il leur dit : Mon âme est triste
jusqu'à la mort... Voici l'heure qui est proche, et le Fils
de l'homme sera livré entré les mains des pécheurs. Levez-
vous, allons ; voilà celui qui doit me trahir tout près d'ici...
Or, ces gens s'étant saisis de Jésus, le conduisirent chez Caïphe,
le grand Prêtre... Je vous adjure, dit-il, par le Dieu vivant, de
nous dire si vous êtes le Christ Fils de Dieu. Jésus lui répon-
dit : Vous l'avez dit... Il a blasphémé. Que vous en semble ?
Tous répondirent : // a mérité la mort. »
1 La pensée de l'Eucharistie appelle nécessairement celle du
Sacrifice, selon ce que dit saint Thomas : « La première signi-
fication du Sacrement de l'Eucharistie se rapporte au passé,
selon qu'il rappelle la passion du Seigneur, qui a été un véri-
table sacrifice, et c'est en ce sens qu'on lui donne le nom de
sacrifice. » III p., q. 73, a. 4.
68 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
catives. C'est bien un Sacrifice qu'il offre. Ce
corps qu'il donne à manger, c'est son corps qui
sera livré et sacrifié ; ce sang qu'il donne à boire,
c'est son sang qui sera répandu pour la rémis-
sion des péchés. Afin qu'il ne reste aucun doute
sur la nature de son état d'immolation dans le
Sacrement de l'Eucharistie, Jésus parle de son
Sacrifice sanglant comme d'une chose présente :
« Prenez et mangez, ceci est mon corps qui est
donné pour vous. » Et II ajoute que le calice
contient « le sang de la nouvelle alliance l. »
Ce n'est pourtant que par sa mort que l'an-
cienne alliance est abolie et que la nouvelle lui
succède 2 : ce qui signifie évidemment que l'on
ne peut séparer le sacrifice de la Cène de celui
de la Croix.
D'ailleurs, en apportant un complément au
Sacrement de l'Eucharistie par l'institution de
l'Ordre, Jésus ordonne à ses Prêtres d'offrir ce
Sacrifice en mémoire de Lui, c'est-à-dire en mé-
moire de ce qu'il vient de faire, en mémoire de
sa Passion, en mémoire de sa chair qu'il vient
1 Luc, xxn, 19, 20.
2 « Jésus-Christ est le médiateur du testament nouveau. Et
là où il y a un testament, il est nécessaire que la mort du tes-
tateur intervienne ; parce que le testament devient valide par
la mort, et il n'a point d'effet tant que le testateur est vivant. »
Hébr., ix, 15-17.
NATURE DE l'ÉTAT D IMMOLATION DE JÉSUS 69
de donner et de son sang qu'il vient de répandre.
Peu importe que ces deux Sacrifices diffèrent
dans la forme, comme nous allons le voir ; la
matière est la même. C'est la même Victime, le
même Sacrificateur, la même fin, le même ré-
sultat. S'il en était autrement, que signifieraient
toutes ces allusions à sa Passion que fait Jésus,
et à quoi, dans la vie du Sauveur, pourrait-on
rattacher essentiellement le mystère de son état
eucharistique ?
Nous comprendrons mieux ces grandes vérités
par les considérations qui vont suivre.
IV. -- Différences des deux immolations
de la Cène et du Calvaire
Lorsque Jésus mourait sur la croix, Il offrait
une Victime passible et mortelle '. Son Sacer-
1 Ce corps même qu'il avait pris en s'incarnant, pour rem-
placer les anciennes victimes et pour l'offrir à son divin Père,
selon ces paroles que l'Apôtre met dans la bouche du Sauveur
des hommes entrant dans le monde : « Vous n'avez point voulu
d'hostie ni d'oblation, mais vous m'avez formé un corps... Alors,
j'ai dit: Me voici ; je viens, ô Dieu, pour faire votre volonté. »
Et saint Paul ajoute ces autres paroles qui expriment nette-
ment que pour Jésus, faire la volonté de son Père, c'était se
sacrifier : « Il abolit ainsi le premier sacrifice, pour établir le
second. C'est en vertu de cette volonté de Dieu, que nous avons
été sanctifiés par Xoblation du corps de Jésus-Christ, faite
une seule fois. » Hébr., x, 5, 9, 10.
70 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L EUCHARISTIE
doce s'exerçait sur une Victime susceptible de
mourir. Il lui enlevait la vie qu'elle pouvait
perdre et II la réduisait à l'état de mort ; au
point qu'après son Sacrifice, on se trouvait en
face d'un véritable cadavre, qui ne pouvait des-
cendre de la croix et qu'on déposait dans un
tombeau '.
Lorsque Jésus offrait son Sacrifice eucharis-
tique, Il sacrifiait, il est vrai, la même Victime ;
mais à l'encontre du sacrifice du Calvaire, qui
ne pouvait s'opérer qu'une fois, le Sacrifice offert
à la Cène était destiné à se renouveler sur tous
les points de 1 univers et jusqu'à la fin des temps.
Si, au moment de l'Institution de l'Eucharistie,
Jésus a consacré son corps passible et mortel,
puisqu'il ne devait cesser de souffrir et ne de-
vait mourir que le lendemain, son dessein for-
mel étant de perpétuer ce même Sacrifice par le
ministère de ses Prêtres, il fallait de toute né-
cessité qu'il fût ensuite offert dans l'état glorieux
qui devait succéder à son état mortel.
L'Eucharistie ne contient donc plus un Dieu
sujet à la souffrance et pouvant mourir; mais
l'état dans lequel nous le possédons n'enlève
rien à la réalité du Sacrifice de la Croix qu'il
1 C'est ce qui fait dire à saint Thomas, que « si l'Eucharistie
avait été consacrée ou conservée au temps de la mort du Christ,
il aurait été mort dans ce sacrement. » III p., q. 81, a. 4.
NATURE DE L ÉTAT D IMMOLATION DE JÉSUS 7I
représente et dont il nous applique les mé-
rites '.
Une autre différence, qui découle de la pre-
mière, c'est que l'immolation du Calvaire a été
une immolation sanglante et que l'immolation
eucharistique est une immolation mystique ; non
pas que l'une soit plus immolation que l'autre,
mais la forme de la première, consistant dans la
mort, exigeait l'effusion du sang 2, tandis que la
forme de l'immolation sacramentelle, n'altérant
en rien la vie glorieuse de la Victime, n'a aucun
cachet de souffrance, et demeure purement spi-
rituelle. Ce qui n'infirme en rien toutefois la
valeur du Sacrifice ni la réalité de la Victime
sacrifiée : les deux modes d'immolation étant
également agréables à Dieu et divinement opé-
rant pour le salut du monde.
Le rite du Sacrifice suit naturellement la na-
ture de chaque état d'immolation. La mise en
scène du Sacrifice du Calvaire n'a plus ici de
1 « Le sacrement de l'Eucharistie représente ce qu'est la pas-
sion du Christ. C'est pourquoi il produit dans l'homme l'effet
que la passion du Christ a produit dans le monde... D'où le
Seigneur dit lui-même (Mat., xxvi, 28) : « Ceci est mon sang
qui sera répandu pour vous pour la rémission des péchés. »
S. Thom., III p., q. 79, a. 1.
2 « Il n'y a point de rémission de péché sans l'effusion du
sang. » Hébr., i.\. 22.
72 JESUS PRETRE ET VICTIME DANS L EUCHARISTIE
raison d'être. Il n'est pas nécessaire de dresser
une croix pour y voir mourir le divin Crucifié :
1 autel sur lequel II s'immole de nouveau la rem-
place l. Pour verser son sang il Lui fallait des
bourreaux ; pour se faire Eucharistie, Il s'adresse
à la foi et à l'amour de ses Prêtres 2. Les cris de
mort que vociférait le peuple déicide, ont fait
place aux adorations et aux actions de grâces de
la foule des croyants.
Jésus est toujours honoré comme le Crucifié
du Calvaire, et II est aimé et adoré, dans le si-
lence du sanctuaire, comme le Prêtre- Victime
dont le sang ruisselle sur nos autels, pour per-
pétuer ses divins mystères et ses infinies misé-
ricordes.
V. — Même réalité d'immolation
dans l'Eucharistie et sur la Croix
Si nous avions assisté à la mort de Jésus sur
la croix, nous aurions entendu le grand cri de
1 « Comme la célébration de l'Eucharistie est une image qui
représente la passion du Christ, de même l'autel est la repré-
sentation de la croix sur laquelle le Christ a été immolé dans
son espèce propre. » S. Thom., III p., q. 83, a. 1, ad 2.
2 « Le prêtre est l'image du Christ, en la personne et la
vertu duquel il prononce les paroles pour la consécration. Par
conséquent, c'est d'une certaine manière le même qui est prêtre
et hostie. » Ibid., ad 3.
NATURE DE l'ÉTAT D'iMMOLATJON DE JÉSUS "]3
la divine Victime ' couronnant l'œuvre de sa
mission rédemptrice : « Consummatum est » 2.
Jésus peut mourir. Il n a plus rien à faire sur la
terre où II était descendu 3. Il n'a plus rien à en-
seigner aux hommes 4. Il n'a même plus de sup-
plications à adresser à son divin Père 5. L'effu-
sion de son sang est la dernière purification de
l'humanité. La vie qu'il donne est le plus so-
lennel acte d'amour qu'il fait pour son Père,
entre les mains de qui II s'abandonne 8, et pour
les hommes à qui II ouvre la porte du ciel.
Ce « consummatum est » n'est que l'écho de
cette autre sublime parole que Jésus faisait en-
tendre dans la prière qu'il adressait, la veille, à
son divin Père : « Père, j'ai achevé l'œuvre que
vous m'aviez chargé de faire. Maintenant, glo-
rifiez-moi 7. » C'est au sortir du Cénacle, entre la
1 Mat., xxvii, 5o.
2 « Jésus dit : Tout est consommé. Et, inclinant la tête, il
rendit l'esprit. » Jean, xix, 3o.
3 « J'ai achevé l'œuvre que vous m'aviez chargé de faire. »
Jean, xvii, 4.
4 « Allez, enseignez toutes les nations, leur apprenant à gar-
der toutes les choses que je vous ai commandées. » Mat.,
XXVIII, 19, 20.
5 «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ?»
Mat., xxvii, 46.
c « Mon Père, je remets mon âme entre vos mains. Et en
prononçant ces mots il expira. » Luc, xxm, 46.
7 « Jésus leva les yeux au ciel et dit : Mon Père, l'heure est
74 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L EUCHARISTIE
Cène et le Calvaire, que Jésus parlait ainsi, éta-
blissant visiblement une union étroite entre ses
deux Sacrifices, celui de l'Eucharistie et celui de
la Croix. Il avait appuyé sur la nature du Sacri-
fice de la Cène, qui n'avait de réalité qu'en re-
lation avec le sacrifice sanglant du lendemain,
où II mourrait en versant tout son sang. Avant
même de monter sur la croix et d'y rendre le
dernier soupir, Il proclame néanmoins solennel-
lement que son œuvre est finie et que l'heure est
venue pour Lui de remonter vers son Père, dans
le royaume de sa gloire '.
N'est-ce pas faire un tout et comprendre dans
un même sacrifice ce qu'il vient de faire à la
Cène et ce qu'il va accomplir demain sur la
Croix ? Deux phases d'un même unique Sacri-
fice, offrant une seule et même Victime 2.
venue, glorifiez votre Fils, afin que votre Fils vous glorifie...
Glorifiez-moi en vous-même de cette gloire que j'ai eue en vous
avant que le monde fût. » Jean, xvii, 1, 5.
1 « Père saint, maintenant je viens à vous... Je veux que là
où je suis, ceux que vous m'avez donnés soient aussi avec moi,
afin qu'ils contemplent ma gloire, que vous m'avez donnée
parce que vous m'avez aimé avant la création du monde. »
Jean, xvii, 11, i3, 24.
2 « H n'y a qu'une hostie, comme le dit saint Ambroise, celle
que le Christ a offerte et que nous offrons ; il n'y en a pas
plusieurs, parce que le Christ n'a été offert qu'une fois. Ce sacri-
fice est le modèle de celui-ci. Car, comme ce qui est offert pour
tous n'est qu'un seul corps et n'en forme pas plusieurs, de même
il n'y a qu'un seul sacrifice. » S. Thom., III p., q. 83, a. 1, ad 1.
NATURE DE l'ÉTAT D'IMMOLATION DE JÉSUS ~5
En instituant l'Eucharistie, Jésus se donne Lui-
même en nourriture à ses Apôtres. C'est son
propre corps qu'il donne et son propre sang
qu'il livre. Il se constitue pour jusqu'à la fin des
temps la Victime qu'il ordonne à ses Prêtres
d'immoler1. Sans faire couler son sang, ils opé-
reront le même rite sacrificatoire qui leur livrera
l'auguste Victime, dont l'immolation commencée
à la Cène est consommée sur la Croix.
Pour offrir en sacrifice une semblable Victime,
il faut un Prêtre qui ait pleine autorité sur elle,
et Jésus apparaît comme l'unique Pontife de son
propre Sacrifice. Lui seul, en tant que Prêtre
Eternel, pourra prononcer les paroles divines de
la consécration eucharistique. Lui seul, en tant
que divin Sacrificateur, aura le pouvoir d'immo-
ler la Victime qui Lui a été confiée 2. Il est Prê-
1 « Le prêtre consacre l'Eucharistie non par sa vertu propre,
mais comme ministre du Christ, en la personne duquel il con-
sacre ce sacrement. » S. Tho.m., III p., q. 82, a. 5.
2 « La passion du Christ, qui lui convient selon la nature
humaine, est cause de notre justification d'une manière méri-
toire et efficiente, mais non à titre d'agent principal ou par au-
torité, mais à la façon d'un instrument, en tant que l'humanité
est l'instrument de sa divinité. Cependant comme cet instru-
ment est uni à la divinité en personne, il a une certaine supé-
riorité et une certaine causalité par rapport aux instruments
extrinsèques, qui sont les ministres de l'Eglise. C'est pour-
quoi, de même que le Christ, comme Dieu, a une puissance
d'autorité dans les sacrements, ainsi, comme homme, il a une
/6 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
tre, et il Lui faut une Victime ; Il est Victime, et
il lui faut un Sacrificateur. L'un ne peut exister
sans l'autre. Ils vivent tous deux pour l'immo-
lation suprême qu'accomplit le Prêtre et que
souffre la Victime.
L'état d'immolation eucharistique perpétuant
à travers les siècles l'immolation suprême de la
Victime du Calvaire, sera à jamais l'œuvre sa-
cerdotale de l'unique Prêtre de l'unique Victime.
Et ce Sacrifice eucharistique appliquant tous
les mérites du Sacrifice de la Croix ne perdra ja-
mais rien de son efficacité divine. Sur tous les
points du globe et sur tous les autels du monde,
le même sang purificateur coulera à flots sur les
âmes, le même Prêtre fera entendre les mêmes
paroles consécratrices, la même Victime s'offrira
en sacrifice, la même glorification divine mon-
tera vers le ciel et les mêmes efficacités de grâces
rempliront le monde.
Même Sacrifice, même Prêtre, même Victime
et même efficacité divine ! C'est la Cène sur le
Calvaire, et c'est le Calvaire à la Cène !
C'est l'Hostie du Cénacle et la Victime de la
Croix remplissant tous les Tabernacles et domi-
nant le monde. A genoux : adorons, remercions
et aimons.
puissance de minisire principal ou une puissance d'excel-
lence. » S. Thom., III p., q. 64, a. 3.
A Jésus, Victime dans l'Eucharistie
O Jésus,
que la miséricorde infinie
Vous a inspiré
de Vous faire mon Prêtre et ma Victime,
je contemple votre puissance sacerdotale
dans l'Hostie de votre Sacrifice
et votre amour sacrifié
dans l'état d'immolation
de la divine Victime.
Je m'offre à Vous
pour Vous aimer et me sacrifier
en union
avec vos incessantes immolations
au Sacrement de l'Eucharistie.
Puisque Vous y demeurez
humilié et caché,
je Vous glorifierai par mon amour
et ma sainteté.
Puisque Vous cherchez
d'autres victimes
qui s'immolent avec Vous,
je m'abandonne à votre amour crucifié
pour que Vous soyez le Prêtre
de mon perpétuel sacrifice.
CHAPITRE TROISIEME
Du choix et de la volonté
formelle de Jésus
et} soi? état d'immolation
dans l'Eucharistie
CHAPITRE TROISIEME
Du choix et de la volonté formelle
de Jésus en son état d'immolation
dans l'Eucharistie
« Vous n'avez plus voulu des an-
ciens sacrifices. "Mais vous m'avez
formé un corps : me voici, je viens,
ô Dieu, pour faire votre volonté. »
Hébr., X, 5, 7.
L'état d'immolation de Jésus dans l'Eucha-
ristie ne Lui a pas été imposé, pas plus que ne
l'ont été l'Incarnation et la Rédemption '. Ce qui
a présidé à l'Institution de ce Sacrement ado-
rable, c'est son amour pour son Père et pour les
hommes. Il nous a aimés, parce qu'il l'a voulu.
Il s'est fait homme, parce qu'il a tenu à nous
prouver son amour sous cette forme. Il s'est
livré à la mort, parce que son amour L'a poussé à
1 « Il a été offert en sacrifice, parce que lui-même l'a voulu,
et il n'a point ouvert la bouche pour se plaindre ; il sera mené
à la mort sans résistance, comme une brebis qu'on va égor-
ger ; il demeurera dans le silence sans ouvrir la bouche devant
ses juges et ses bourreaux, comme un agneau est muet devant
celui qui le tond. » Isaie, lui, 7.
82 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
cette manifestation suprême de la charité qu'il a
pour nous *. Il s'est fait Sacrement pour perpé-
tuer son amour. Il s'y est condamné à un état
d'immolation pour y exercer son ministère sa-
cerdotal auprès de la Victime qu'il continue à
offrir en sacrifice, comme II le fit sur la croix du
Calvaire.
Qui donc pensera qu'il y a une autre volonté
que celle de Jésus, pour Le maintenir constam-
ment dans cet état d'humiliation et d'abaisse-
ment qui fait de l'Eucharistie le plus grand mys-
tère de l'amour d'un Dieu ? Qui exercera sur Lui
une puissance d'autorité capable de Le forcer à
aimer et à s'immoler? Qu'a-t-Il besoin de recou-
rir à une sagesse étrangère et à un amour qui
soit supérieur au sien ?
Il se suffit à Lui-même. Quand II parle, Il tire
la vérité de son fonds. Quand II agit, Il le fait
par sa propre puissance. Quand II aime, Il puise
dans son cœur la charité qui L'embrase. Quand
Il souffre, Il fournit un aliment à son amour.
Quand II meurt, Il sacrifie une vie qu'il n'a prise
que par amour et qu'il donne librement dans un
excès de charité 2.
1 « Si je vis maintenant dans ce corps mortel, j'y vis en la
foi du Fils de Dieu, qui m'a aimé et s'est livré lui-même pour
moi. » Gal., h, 20.
2 « L'objet de la volonté divine est sa bonté même qui est
VOLONTÉ DE JÉSUS EN SON ÉTAT D'iMMOLATION 83
L'Eucharistie conserve le même caractère d'a-
mour sacrifié, dans une liberté totale d'amour et
de volonté. Comme il est beau de suivre dans
cette voie lumineuse de l'état eucharistique le
Prêtre Eternel qui nous a sauvés et qui continue
de nous prêcher son amour en se sacrifiant pour
nous ! Entrons dans les sentiments qui L'ani-
ment et comprenons que s'il se fait notre Hostie,
c'est qu'il n'a pas voulu nous aimer autrement
qu'en Victime.
I. — L'état d'immolation de Jésus
dans l'Eucharistie
est un pur effet de son choix
S'il est vrai que Jésus n'était pas tenu de nous
aimer autant qu'il nous a aimés ; s'il est indu-
bitable que rien ne L'obligeait à nous aimer
sous la forme d'humiliation et de sacrifice qu'il
a daigné prendre ; rien ni personne ne pouvait
son essence. Par conséquent la volonté de Dieu étant son es-
sence, il n'est pas mû par un autre que par lui-même. »
(S. Thom., I p., q. 19, a. 1, ad 3). — Cette volonté en Dieu est
inséparable de son amour, comme le dit encore le saint Doc-
teur dans la question suivante : « Puisqu'il y a en Dieu volonté,
il est nécessaire d'admettre qu'il y a amour en lui, car l'amour
est la cause et le principe de tous les mouvements de cette
faculté. » (Ibid., q. 20, a. 1).
84 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
Lui imposer de se faire Sacrement dans les
mêmes conditions d'immolation qu'il s'était of-
fert sur la croix.
Lorsque Jésus, arrivé à la fin de sa vie, aima
les siens jusqu'à la fin, Il n'avait rien perdu de
sa liberté d'Homme-Dieu et de sa puissance de
Sauveur. Il n'était pas plus à court de moyens
pour manifester son amour eucharistique, qu'il
ne l'avait été jusque-là pour vivre de notre
vie, pour glorifier son Père, pour enseigner les
hommes et les conduire au salut éternel.
Au moment de sa mort, Il n'abdique aucun de
ses droits et II ne limite en rien sa souveraine
puissance d'action libératrice. Ce qu'il était en
vivant et en mourant, Il le demeure dans cet
état nouveau qui nous livre le même Prêtre et
la même Victime.
Jésus se consulte Lui-même pour choisir un
état eucharistique qui soit en harmonie avec la
vie qu'il a vécue jusqu'à cette heure et avec le
drame douloureux qui va se dérouler jusqu'à sa
mort. Lui seul peut tempérer la majesté de son
état glorieux ; et II la couvrira du manteau de
ses humiliations eucharistiques. Lui seul peut
voiler son Humanité sainte sous des dehors
étrangers ; et II réduira sa vie essentielle et glo-
rieuse à une apparence de mort.
Le choix qu'il fait de cet état humilié et sacri-
VOLONTÉ DE JÉSUS EN SON ÉTAT D IMMOLATION 85
fié, dans des conditions apparentes si contraires
à la réalité, indique l'importance et la valeur de
l'acte de pleine liberté que pose le Sauveur.
Bien d'autres modes d'existence sacramentelle
pouvaient se présenter à la pensée de Jésus à
l'heure de l'Institution. Il avait vécu dans l'hu-
milité de la vie cachée, et II n'avait manifesté sa
gloire qu'un moment, sur le Thabor, à quelques
apôtres privilégiés ' ; n'était-il pas temps de dé-
chirer le voile qui nous Le dérobait ? Il allait
mourir dans l'ignominie, et les témoins de sa
mort en conserveraient une douloureuse im-
pression qui pourrait devenir un sujet de doute
dangereux, pour eux et pour les générations fu
tures ; ne convenait-il pas de faire briller l'éclat
d'une vie glorieuse là où la mort allait laisser ses
traces ?
Même, pour conserver le souvenir de la Pas-
sion, dont l'Eucharistie devait être le vivant mé-
morial, ne suffisait-il pas d'atténuer la gloire
extérieure de la Divinité, et d'en manifester au
1 « Et il fut transfiguré devant eux : son visage devint res-
plendissant comme le soleil, et ses vêtements blancs comme la
neige... Une nuée lumineuse les couvrit, et du sein de la nuée
une voix se fit entendre, disant : « Celui-ci est mon Fils bien-
aimé, en qui j'ai mis mes complaisances ; écoutez-le. » Mat.,
xvii, 2, 5.
86 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
moins quelque chose, soit par certains rayons de
la Majesté divine, soit par la présence d'esprits
célestes de la milice angélique qui viendraient,
au moment des saints mystères, rappeler la réa-
lité du Prêtre-Victime continuant son office de
Sauveur ?
Et si, en dernier ressort, il fallait voiler entiè-
rement la Majesté du divin Ressuscité, parce que
les hommes n'en pourraient supporter l'éclat
éblouissant, n'y aurait-il pas pour eux un puis-
sant adjuvant à leur foi et à leur amour, si le
Dieu caché faisait au moins quelquefois entendre
sa voix et soulevait le voile qui cache son Hu-
manité?
Toutes ces raisons, aux yeux de Jésus, ne
peuvent l'emporter sur sa détermination de faire
de l'Eucharistie un Sacrement d'anéantissement
et un mystère de foi. Il agira dans le silence,
mais II y restera muet et immobile comme dans
la mort de la Croix. Il se révélera aux âmes,
mais son action n'aura rien de visible, elle s'exer-
cera sur les esprits et sur les cœurs.
Jésus veut rester le Prêtre Sacrificateur et la
Victime sans cesse immolée. Son Sacrement
adorable nous Le conservera jusqu'à la fin dans
l'exercice de son divin Sacerdoce. Adorons-Le
et bénissons-Le.
VOLONTÉ DE JÉSUS EN SON ÉTAT D'iMMOLATION 87
II. — Volonté formelle de Jésus
en son état d'immolation dans l'Eucharistie
Nous n'avons pas à recourir à des conjectures
pour supposer les désirs du choix fait par Jésus
de son état eucharistique. Nous venons de le
voir amplement. Toutefois, s'il nous restait des
doutes, ils disparaîtraient promptement, en en-
tendant Jésus nous enseigner le mystère de sa
vie et de sa mort essentiellement uni à celui de
l'Eucharistie.
Il est venu moins pour vivre que pour mourir.
Sa vie était essentiellement ordonnée à sa mort *.
Tant qu'il n'aura pas versé tout son sang, la ré-
demption du genre humain ne sera pas accom-
plie. C'est, dès lors, avec raison, que l'on peut
dire que Jésus ne s'incarne que pour mourir2.
1 « Le Fils de l'homme est venu pour donner sa vie. » Mat.,
xx, 28.
2 « Il n'a pas été nécessaire d'une nécessité de coaction que
le Christ souffrît, ni de la part de Dieu qui a décrété que le
Christ souffrirait, ni de la part du Christ qui a volontairement
souffert. Mais ses souffrances ont été nécessaires d'une néces-
sité finale, ce qui peut se concevoir de trois manières : 1° De la
part des hommes qui ont été délivrés par sa passion, d'après
ces paroles (Jean, hi, 14) : « Il faut que le Fils de l'homme soit
élevé en haut, afin que tout homme qui croit en lui ne périsse
point, mais qu'il ait la vie éternelle. » 2° De la part du Christ
lui-même qui par l'humilité de sa passion a mérité la gloire de
son exaltation ; ce que signifie ce passage (Luc, xxiv, 26) :
88 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS l'eUCHARISTIE
Sa mort est donc le résumé et le couronnement
de toute sa vie *. Mourir pour Jésus, c'est accom-
plir toute justice2, c'est mettre un terme à sa
mission.
Il est le seul maître de sa vie et le seul auteur
« N'a-t-il pas fallu que le Christ souffrit et qu'il entrât ainsi
dans la gloire ? » 3° De la part de Dieu dont il fallait accom-
plir à l'égard de la passion du Christ les décrets éternels qui
ont été promulgués à l'avance dans les saintes Ecritures et
figurés par les observances de l'Ancien Testament. C'est ce
qu'indiquent ces paroles (Luc, xxn, 22) : « Pour le Fils de
l'homme, il s'en va selon ce qui a été arrêté. » Et plus loin le
Seigneur dit (14) : « C'est là l'accomplissement de ce que je
vous ai dit, lorsque j'étais avec vous ; car il est nécessaire que
tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les
prophètes et dans les psaumes, soit accompli. Car c'est là ce
qui est écrit : il fallait que le Christ souffrît de la sorte, et
qu'il ressuscitât d'entre les morts le troisième jour. » S. Thom.,
III p., q. 46, a. 1.
1 « Simplement et absolument parlant, il eût été possible à
Dieu de délivrer l'homme d'une autre manière que par la pas-
sion du Christ ; parce qu' « il n'y a rien d'impossible à Dieu »,
comme le dit l'Evangile (Luc, 1, 37). Mais hy pathétiquement
la chose eût été impossible. Car comme il est impossible
de tromper la prescience de Dieu et de rendre nulle sa vo-
lonté ou ses dispositions, si l'on suppose que Dieu ait su à
l'avance la passion du Christ et qu'il l'ait décrétée, il n'était
pas possible en ce sens que le Christ ne souffrît pas ou que
l'homme fût délivré d'une autre manière que par sa pas-
sion. » Ibid., a. 2.
2 II est bon de remarquer toutefois, avec le Docteur angé-
lique, que « cette justice dépend de la volonté divine, qui exige
du genre humain satisfaction pour le péché. Car si Dieu eût
voulu délivrer l'homme du péché absolument sans satisfaction,
il n'aurait pas agi contre la justice. » Ibid., ad 3.
VOLONTÉ DE JÉSUS EN SON ÉTAT D IMMOLATION 89
de sa mort. Il tient dans ses mains les desseins
éternels et la destinée du monde '. Il Lui appar-
tient, à Lui seul, de désigner l'heure de son Sa-
crifice et les moyens de l'accomplir 2. Il nous
déclare formellement que seul II a le pouvoir de
s'enlever la vie et de la reprendre 3. Ses bour-
reaux ne seront que ses instruments ; c'est sa
volonté qui domine et règle son divin Sacrifice 4.
Il ne rendra pas son dernier soupir sous l'em-
pire de la souffrance, mais quand tout sera con-
sommé \ Il remettra librement son âme entre les
mains de son divin Père 6.
Cette volonté de Jésus mourant, prenant sa
vie et l'offrant pour le salut du monde, porte le
même cachet que toutes les œuvres qu'il a ac-
complies jusque là. C'est dans la sagesse d'une
volonté divine et immuable qu'il a vécu tous les
1 « Le Père aime le Fils, et il lui a tout remis entre les mains. »
Jean, m, 35.
2 « Voilà que l'heure approche et le Fils de l'homme sera
livré aux mains des pécheurs. Levez-vous, allons : voici que
s'avance celui qui doit me trahir. » Mat., xxvi, 45, 46.
3 « Je quitte ma vie pour la reprendre. Personne ne me la
ravit ; mais c'est de moi-même que je la quitte ; j'ai le pouvoir
de la quitter, et j'ai le pouvoir de la reprendre. » Jean, x, 17, 18.
4 « Le Christ est mort par un acte de sa volonté, et néan-
moins ce sont bien les Juifs qui lui ont donné la mort. »
S. Thom., Op. 2, c. 23o.
5 Jean, xix, 3o.
6 Luc, xxiii, 46.
90 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L EUCHARISTIE
jours de sa vie. Il a voulu tout ce qu'il a dit et
tout ce qu'il a fait. Et lorsqu'il a institué le Sa-
crement de la vie éternelle, Il a voulu s'y enfer-
mer comme Victime, d'une même volonté divine
que celle qui Le faisait s immoler sur la croix.
D'ailleurs, le plan divin était tout tracé devant
Lui. La volonté de son Père était la sienne l. Il
était descendu du ciel pour l'accomplir2; toute
sa vie, Il en avait fait sa nourriture3; Il voulait
d'une même substantielle volonté et le sacrifice
de sa vie et l'offrande qu'il en ferait ensuite et
sans interruption dans l'Eucharistie.
On ne parle pas comme Jésus l'a fait au soir
de la Cène, sans que l'on veuille exprimer une
volonté formelle d'instituer un Sacrement nou-
veau dans un état de sacrifice et d'immolation.
Rien ici qui ressente l'hésitation ou la restric-
tion, rien qui mette obstacle à la liberté absolue,
rien qui ne force le sens des paroles et leur en-
lève leur clarté. « Hoc est corpus meum. Hic est
sanguis meus » : c'est net, clair et précis, comme
1 « Je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de Celui
qui m'a envoyé. » Jean, v, 3o.
2 « Je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais
la volonté de Celui qui m'a envoyé. » Jean, vi, 38. — « Me
voici, je viens, ô Dieu, pour faire votre volonté. » Hébr., x, 9.
3 « Ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m'a
envoyé. » Jean, iv, 34.
VOLONTÉ DE JÉSUS EN SON ÉTAT D IMMOLATION Ç)l
si Jésus avait dit : Je veux que ce pain devienne
mon corps, je veux que ce vin devienne mon
sang. Mais en ajoutant une pensée de sacrifice
à la consécration eucharistique, Jésus indique
tout aussi clairement la nature de son état sacra-
mentel que la réalité de sa présence.
Autant II a voulu et désiré manger cette pâque
avec ses disciples, autant II veut le faire sous la
forme même du sacrifice qui aura, le lendemain,
son dénouement sur la croix.
Quelle reconnaissance ne devons-nous pas à
Jésus pour s'être montré si explicite à l'égard de
l'état d'immolation qu'il a voulu embrasser dans
l'Eucharistie ! Cela explique pourquoi II s'y voile,
pourquoi II s'y condamne à 1 inaction, pourquoi II
s'entoure de tant d'apparences de mort. C est une
Victime qui revit, mais qui garde encore l'em-
preinte de la mort. C'est un Sacrificateur qui tient
en main le glaive avec lequel II a donné la mort
à la Victime et dont II se sert pour en perpétuer
l'immolation mystique au Très Saint Sacrement.
III. - Raisons de l'état d'immolation
de Jésus dans l'Eucharistie
Nous avons considéré jusqu'ici le choix et la
volonté formelle qui ont inspiré Jésus dans Tins-
92 JÉSUS PRÊIRE ET VICTIME DANS L EUCHARISTIE
titution de l'Eucharistie. Il est d'autres considé-
rations qui sont de nature à nous donner une
intelligence plus grande encore de cet ineffable
Mystère.
Sans parler de la bonté miséricordieuse que
Jésus nous y a témoignée, en voilant sa Majesté
divine qui nous aurait éblouis et aurait pu être
un motif de nous éloigner de Lui, par un senti-
ment de crainte ou de respect bien justifié; ne
comprenons-nous pas que les dehors dont II
enveloppe sa présence eucharistique sont pour
nous un excitant à aller à Lui avec une plus
grande confiance.
Nous ne sommes pas écrasés par sa Majesté ' ;
Il ne se montre à nous que sous la forme d'un
peu de pain 2. Il ne nous terrasse pas par sa voix
de tonnerre, comme sur le Sinaï 3 ; Il se contente
de nous écouter 4, et II ne nous adresse jamais
aucun reproche. Il ne nous ferme jamais sa
1 « La bénignité et la bonté de Dieu notre Sauveur ont ap-
paru. » Tit., m, 4.
2 « Je suis le pain de vie, qui suis descendu du ciel. » Jean,
vi, 41, 5i.
3 « Ils dirent à Moïse : Parle-nous toi, et nous écouterons ;
mais que Dieu ne nous parle pas, de peur que nous ne mou-
rions... Et le peuple resta à distance. » Exod., xx, 19-21.
4 « Jusqu'ici vous n'avez rien demandé en mon nom. De-
mandez et vous recevrez, afin que votre joie soit parfaite. »
Jean, xvi, 24.
VOLONTÉ DE JÉSUS EN SON ÉTAT DTMMOLATION 93
porte, même quand nous l'avons mérité ; tout
au contraire, Il nous appelle à Lui, pour nous
secourir dans toutes nos nécessités *. Il n'est ja-
mais fatigué de nous entendre Lui raconter nos
peines ; Il en a eu comme nous, et II sait com-
ment nous consoler 2. Il est toujours prêt à nous
pardonner ; et sa bonté nous invite à venir nous
jeter à ses pieds 3. Il nous appelle à la sainteté i ;
et II se fait le pourvoyeur infatigable de toutes
les grâces dont II ne cesse de nous combler 5.
Si jamais le doute envahit notre esprit, Il se
fait notre lumière °. Si notre cœur, désabusé des
affections terrestres, cherche un appui et un
consolateur, Il s'offre comme l'unique Bien-
1 « Demandez, et l'on vous donnera ; cherchez et vous trou-
verez ; frappez, et l'on vous ouvrira. Car quiconque demande,
reçoit ; qui cherche, trouve, et Von ouvrira à celui qui frappe. »
Mat., vu, 7, 8.
2 « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et ployez sous
le fardeau, et je vous soulagerai. Prenez sur vous mon joug...
et vous trouverez le repos de vos âmes. Car mon joug est doux
et mon fardeau léger. » Mat., xi, 28-3o.
3 «Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. »
Mat., ix, i3. — «Je veux la miséricorde. » Mat., xii, 7.
4 « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. »
Mat., v, 48.
5 « Je suis venu pour qu'ils aient la vie, et qu'ils l'aient plus
abondamment. » Jean, x, 10.
6 « Je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marche
pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie. » Jean,
VIII, 12.
94 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L EUCHARISTIE
Aimé capable de satisfaire toutes les aspirations
de notre cœur *. Si notre volonté chancelle, Il
accourt pour nous préserver et nous affermir2.
Et tout cela, parce que l'humilité de sa pré-
sence ne nous effraye pas, parce que son état
d'abaissement gagne notre confiance, parce que
les excès de son amour nous attirent impérieu-
sement à L'aimer à notre tour3.
En Le voyant descendre si bas et se condam-
ner à de telles immolations, lorsqu'il a tous les
droits à régner et à être le souverain Seigneur
de tous les hommes, on comprend mieux les rai-
sons essentielles qui Lui ont fait choisir cet état.
Ne pouvant plus vivre d'une vie humble et
passible comme celle de sa vie mortelle, Il en
prend toutes les apparences d'humiliation qui
peuvent se concilier avec son état glorieux. Ne
1 « Celui qui m'aime sera aimé par mon Père, et moi je
l'aimerai. » Jean, xiv, 21. — « Comme le Père m'a aimé, moi
aussi je vous ai aimés. » Id., xv, 9.
2 « Sans moi vous ne pouvez rien faire. » Jean, xv, 5. —
« Ayez confiance, j'ai vaincu le monde. » Jean, xvi, 33.
3 « Dieu, à cause de l'amour extrême dont il nous a aimés,
nous a vivifiés dans le Christ. » Eph., ii, 4, 5. — « Nous triom-
phons, à cause de celui qui nous a aimés. Car je suis certain
que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les principautés, ni
les puissances, ni les choses présentes, ni les choses futures, ni
la violence, ni aucune hauteur, ni aucune profondeur, ni aucune
créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu qui est
en Jésus-Christ Notre Seigneur. » Rom., viii, 37-3g.
VOLONTÉ DE JÉSUS EN SON ÉTAT D IMMOLATION 95
devant plus mourir, Il se réduit quand même à
un état extérieur de mort qui trompe les sens et
est comme un défi jeté à la raison '.
Si la foi ne venait à notre secours, nous nie-
rions que Jésus est là 2. Si nous ne comprenions
le motif d'amour qui L'a poussé à paraître si pe-
tit, lorsqu'il est si grand, nous finirions par dou-
ter même de notre foi.
Mais c'est Jésus î Jésus le tout-puissant, Jésus
le souverainement aimant, Jésus le Prêtre Eter-
nel qui réclame une Victime pour l'immoler,
Jésus la Victime toujours offerte pour le salut du
monde ! C'est Jésus, tel que nous L'a livré son
amour. Jésus, tel qu'il nous convient dans l'exil.
Jésus, tel que nous voulons L'aimer et L'adorer !
C'est Jésus, le Jésus de la Cène, le Jésus crucifié
1 Le Docteur angélique, dans son traité de l'Eucharistie, au
sujet de la Communion des Apôtres à la Cène, explique com-
ment les espèces sacramentelles peuvent subir des altérations,
sans que pour cela le corps du Christ en soit aucunement
atteint. Et cela parce que, dit-il : « Le corps du Christ, selon
qu'il existe dans ce Sacrement (d'après ce qui a été dit, q. 76,
a. 4, 5 et 6) n'est pas mis en rapport avec les choses qui l'envi-
ronnent par l'intermédiaire de ses propres dimensions au moyen
desquelles les corps se touchent, mais par l'intermédiaire des
dimensions des espèces du pain et du vin. C'est pourquoi ce
sont ces espèces qui pâtissent et que l'on voit, et non le corps
lui-même du Christ. » (III p., q. 81, a. 3.)
2 « Croyez en Dieu, et croyez en moi. » Jean, xiv, 1. — « Ceci
est mon corps, ceci est mon sang. » Mat., xxvi, 26, 28.
96 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS l'eUCHARISTIE
du Calvaire, le Jésus des glorieuses immolations,
que nous adorons et mangeons. Le Jésus pour
qui nous voulons vivre et mourir.
IV. — Rapprochement entre l'état
d'immolation de Jésus dans l'Eucharistie
et l'Incarnation
Lorsque Jésus entra dans ce monde, Il se
tourna aussitôt vers son divin Père qui L'y avait
envoyé, et considérant l'œuvre qu'il en avait
reçue à faire, Il le bénit de L'avoir choisi pour
remplacer les anciennes victimes et de Lui avoir
donné un corps pour le lui immoler. « Vous
n'avez plus voulu des anciens sacrifices. Mais
vous m'avez adapté un corps : me voici, je viens,
ô Dieu, pour faire votre volonté *. »
Toute l'Incarnation est là. Jésus a pris un
corps humain pour le sacrifier. Son immolation
porte l'empreinte divine de la volonté de son
Père. II ne glorifiera Dieu et ne sauvera le
monde, que s'il demeure Victime, que s'il rem-
plit son rôle de Victime par les mains du souve-
rain Prêtre, que s'il consomme son état de Vic-
time par la puissance de son divin Sacrificateur.
1 Hébr., x, 5, 7.
VOLONTE DE JESUS EN SON ÉTAT D IMMOLATION 97
En Jésus, il n'y aura aucune autre pensée :
son esprit reste fixé sur la volonté immolatrice
de son Père 1. Il n'y a place à aucun autre désir ;
pouvoir s'immoler pour glorifier son Père, cela
Lui suffit 2. Il n'y a pas l'ombre d'une autre vo-
lonté 3 ; celle de son Père reste la boussole qui
Le dirige, la lumière qui L'éclairé et l'unique
ambition de toute sa vie 4.
C'est pourquoi II vit en Victime, Il se nourrit
de sacrifices, Il aspire sans cesse à s'immoler.
Tout ce qu'il fait porte le caractère de cette con-
sécration de tout Lui-même à la souffrance et au
sacrifice5. A l'heure solennelle de l'Institution
de l'Eucharistie, II s'inspire des mêmes senti-
ments, Il est mu par les mêmes désirs d'immo-
lation °. C'est ce même corps reçu à l'Incarnation
1 « Je fais toujours ce qui lui plaît. » Jean, vin, 29.
2 « J'ai gardé les commandements de mon Père, et je de-
meure dans son amour. » Jean, xv, 10.
3 « Je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui
qui m'a envoyé. » Jean, v, 3o.
4 « Jésus dit à Pierre : Remets ton épée dans le fourreau. Ne
boirai-je donc pas le calice que mon Père m'a donné? » Jean,
XVIII, 11.
5 « Le Christ, en tant qu'homme, a été un sacrifice et une
hostie parfaite. » S. Thom., III p., q. 22, a. 2.
6 « Vous savez que la Pâque a lieu dans deux jours, et que
le Fils de l'homme va être livré pour être crucifié. » Mat., xxvi,
1, 2. — «J'ai désiré d'un grand désir de manger cette Pâque
avec vous avant de souffrir. » Luc, xxii, i5.
98 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
qui devient la matière de son Sacrement ' ; c'est
pour continuer à l'offrir sans cesse, qu'il lui con-
serve tous les caractères d'une victime ; c'est
toujours à la garde du divin Sacrificateur qu'il
le confie ; c'est pour renaître et mourir tous les
jours sur nos autels qu'il en fait l'unique Sacri-
fice de la nouvelle Alliance 2.
Ce qui, à l'origine, l'avait constitué la victime
d'un sacrifice nouveau pour tout le temps de sa
vie mortelle, se renouvelle constamment dans
l'existence sacramentelle qui le maintient dans
le même état d'immolation 3.
L'Eucharistie est vraiment l'Incarnation conti-
nuée, conservant au monde le même Verbe di-
1 « Ceci est mon corps qui est donné pour vous. » Luc, xxii, 19.
2 « Il n'y a qu'une hostie, celle que le Christ a offerte et que
nous offrons. Il n'y en a pas plusieurs, parce que le Christ n'a
été offert qu'une fois. Ce sacrifice est le modèle de celui-ci. Car,
comme ce qui est offert partout n'est qu'un seul corps et n'en
forme pas plusieurs ; de même il n'y a qu'un seul sacrifice. »
S. Thom., III p., q. 83, a. 1, ad 1.
3 « J'ai reçu moi-même du Seigneur ce que je vous ai trans-
mis, que le Seigneur Jésus, dans la nuit où il était livré, prit
du pain, et rendant grâces, le rompit et dit : Prenez et mangez :
ceci est mon corps qui sera livré pour vous ; faites ceci en mé-
moire de moi. Et pareillement il prit le calice, disant : Ce ca-
lice est le nouveau testament en mon sang ; faites ceci, toutes
les fois que vous boirez, en mémoire de moi. Car toutes les
fois que vous mangerez ce pain et boirez ce calice, vous an-
noncerez la mort du Seigneur. » I Cor., xi, 23-26.
VOLONTÉ DE JÉSUS EN SON ÉTAT D IMMOLATION 99
vin sorti du sein du Père et voué par amour à la
glorification divine et au salut du monde. C'est
pourquoi Jésus ne pouvait s'établir, pour se faire
Eucharistie, dans un autre état qu'un état d'im-
molation.
A cette condition seule nous possédons le
Verbe incarné ; sous les mêmes livrées nous re-
connaissons le Prêtre-Victime continuant d'ac-
complir, sous les voiles du Sacrement, la même
mission rédemptrice qu'il remplissait pendant
sa vie mortelle. Gloire Lui en soit rendue dans
les siècles des siècles.
V. — Rapprochement entre l'état
d immolation de Jésus dans l'Eucharistie
et la Rédemption
Pendant sa vie, Jésus n'avait cessé de donner
aux hommes des marques de son amour et de sa
miséricorde ; mais ayant déclaré Lui-même qu il
n'y avait pas de plus grande preuve d'amour que
de donner sa vie l, Il s'engageait par là même,
à pousser jusque là l'excès de sa charité. D'ail-
leurs, c'était uniquement pour cela qu'il était
venu. Il possédait une vie qu'il pouvait donner;
il circulait dans ses veines un sang qu'il pouvait
1 Jean, xv, i3.
100 JESUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L EUCHARISTIE
verser ; Il brûlait d'un amour qui L'entraînait
au supplice ; il Lui fallait un sacrifice qui Le
consumât tout entier *.
Ne pouvant plus retenir les ardeurs qui le
poussaient vers la mort, le Prêtre s'apprêta au
Sacrifice suprême et, s'emparant de la Victime,
l'immola avec lui dans un commun transport
d'infinie charité. Depuis lors, pour comprendre
jusqu'à quel point Jésus nous a aimés, il n'y a
qu'à Le voir mourir sur la croix de son Sacrifice.
Le Sacrement de l'Eucharistie, appelé ajuste
titre le Sacrement de l'amour, apparaît au monde
au moment où Jésus en disparaît. La vie que
perd le divin Crucifié renaît en quelque sorte
dans le Dieu de l'Eucharistie, pour en faire re-
vivre à jamais l'amour du Prêtre Eternel et de la
tendre Victime qui les a livrés l'un et l'autre au
sacrifice 2.
1 « Je suis venu jeter le feu sur la terre ; et que veux-je, si-
non qu'il s'allume ? Je dois encore être baptisé d'un baptême,
et quelle angoisse en moi jusqu'à ce qu'il soit accompli. »
Luc, xii, 49, 5o.
2 « Il a fallu que le sacrifice de la loi nouvelle institué par le
Christ contînt le Christ qui a souffert, non seulement comme
sa signification et sa figure, mais encore en réalité. Et c'est
pour cela que ce sacrement qui contient réellement le Christ
lui-même, est le complément de tous les autres dans lesquels
on participe à la vertu du Christ... Ce sacrement est donc le
signe de la charité la plus grande. » S. Thom., III p., q. 75, a. 1.
VOLONTE DE JÉSUS EN SON ÉTAT D IMMOLATION 101
L'ombre de la croix couvre tous les Taberna-
cles du monde. Le Christ mourant y ressuscite
chaque jour. Les mêmes paroles de pardon s'y
font entendre. La même charité divine y en-
chaîne le divin supplicié. Le même état d'im-
molation révèle aux hommes l'immensité de
l'amour d'un Dieu, au point que pour bien com-
prendre les ardeurs de charité qui ont poussé
Jésus à la mort, il faut les faire revivre dans les
excès d'amour de l'Eucharistie.
La mort n'a exercé qu'un empire passager sur
Jésus : l'acte de suprême charité qui L'a fait
mourir n'a duré qu'un moment. Dans l'Eucha-
ristie, son amour ne connaîtra pas plus de fin
que son existence sacramentelle. Tant que du-
rera cet état d'immolation que Jésus a embrassé,
l'amour de la Croix, l'amour de la Rédemption,
l'amour du Prêtre qui le fait le Sacrificateur de
la Victime, l'amour de la Victime qui se nourrit
de ses propres immolations, ne connaîtront point
de fin *.
1 « Si, en effet, nous avons été greffés sur lui par la res-
semblance de sa mort, nous le serons aussi par celle de sa
résurrection... Mais si nous sommes morts avec le Christ,
nous croyons que nous vivrons avec lui, sachant que le Christ
ressuscité des morts ne meurt plus ; la mort n'a plus sur
lui d'empire. Car sa mort fut une mort au péché une fois
pour toutes, et sa vie est une vie pour Dieu. » Rom.,
vi, 5-9.
102 JESUS PRETRE ET VICTIME DANS L EUCHARISTIE
Tous les hommes n'auront qu'à considérer
l'état eucharistique de Jésus et sa perpétuité
dans l'Eglise, pour croire à l'amour d'un Dieu,
qui, pour demeurer avec eux, s'est constitué
pour toujours le Prêtre et la Victime de leur
éternelle rédemption.
A Jésus, toujours Prêlre
et toujours Victime dans l'Eucharistie
O Jésus,
Vous m'avez divinement aimé de toute éternité
je Vous adore.
Vous m'avez miséricordieusement aimé
en Vous incarnant
comme Prêtre et comme Victime ;
je Vous rends grâce.
Vous m'avez tendrement aimé
en instituant l'Eucharistie,
où Vous perpétuez votre mission sacerdotale
par l'état d'immolation
dans lequel Vous maintenez
la Victime de votre Sacrifice ;
je Vous aime et Vous bénis.
Vous connaître et Vous aimer
comme Prêtre,
c'est toute l'ambition de ma vie.
Vous servir et Vous imiter
comme Victime,
c'est la forme que je veux donner
à mon amour crucifié.
CHAPITRE QUATRIÈME
De l'acte du Sacerdoce
de Jésus
dans l'Institution de l'Eucharistie
CHAPITRE QUATRIÈME
De l'acte du Sacerdoce de Jésus
dans l'Institution de l'Eucharistie
s Ceci est mon corps qui est donné
pour vous. Ce calice est le nouveau
testament en mon sang qui sera ré-
pandu pour vous. Faites ceci en mé-
moire de moi. »
Luc, XXII, 19, 20
Après avoir étudié l'état d'immolation de Jésus
dans l'Eucharistie, nous sommes en mesure de
saisir avec plus d'évidence la nécessité de la pré-
sence du Prêtre Eternel et de son action sacri-
ficatrice pour opérer une telle merveille.
La puissance sacerdotale dont Jésus est doué
doit nécessairement trouver son exercice plénier
dans l'acte d'un sacrifice proportionné à la di-
gnité et à la souveraineté de son Sacerdoce. Non
pas que tous les actes de sa vie aient le cachet
essentiel d'un sacrifice, quoique tous émanent
de son caractère sacerdotal, mais en ce sens que
tout étant ordonné en Jésus au Sacrifice suprême
de la Victime qu'il est chargé d'immoler, à son
108 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
Sacerdoce seul reviennent l'honneur et la puis-
sance d'accomplir cette immolation divine.
Jésus-Prêtre apparaît dans l'humanité au mo-
ment précis de l'Incarnation, et II reçoit alors du
Père, qui L'envoie !, la mission sacerdotale qui
devra Le conduire à l'accomplissement de ses
desseins de miséricorde sur l'humanité 2. Toute
la vie du Sauveur du monde sera inspirée par
l'esprit sacerdotal qui L'anime. Il dirigera ses
pensées, ses désirs, ses paroles et ses actes vers
le terme final de son existence mortelle. D'ac-
cord avec la divine Victime, dont II a la garde,
Il s'avancera résolument vers la montagne du
Sacrifice, où se dresse dans le lointain la Croix
de son supplice.
Mais avant de gravir le Golgotha, le divin
Sacrificateur fera une halte au Cénacle, et II
y accomplira le Sacrifice mystique, prélude du
prochain Sacrifice sanglant, par le même pou-
voir et avec le même amour puisés dans l'es-
sence de son éternel Sacerdoce.
1 « Je suis venu au nom de mon Père. » Jean, v, \Z. — « Ce
n'est pas de moi-même que je suis venu... mais c'est lui qui
m'a envoyé. » Jean, vu, 28, 29.
2 « Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour con-
damner le monde, mais pour que le monde soit sauvé par
lui. » Jean, in, 17.
LACTE DU SACERDOCE DE JÉSUS A LA CÈNE 1 09
L'Hostie qu'il offrira à la Cène contiendra le
même sang rédempteur qui coulera le lendemain
sur le corps du divin Crucifié. Les paroles con-
sécratrices du mystère eucharistique, proférées
par le Souverain Prêtre, auront la même effica-
cité divine que sa mort sur la Croix. Il n'est pas
plus Prêtre en sacrifiant sur le Calvaire qu'au
Cénacle. Il n'est pas plus Victime en donnant sa
vie par l'effusion de son sang, qu'en la prolon-
geant dans l'état d'immolation qu'il s'impose
dans l'Eucharistie *.
Nous allons assister à cet acte solennel de
son Sacerdoce, nous allons considérer la part
égale d'amour et d'efficacité qu'y prennent le
Prêtre et la Victime, nous allons contempler
la sublimité du Mystère qui nous livre pour
toujours la présence adorable du Souverain Prê-
tre, que l'Eucharistie nous conserve dans l'exer-
cice constant de ses divines fonctions sacer-
dotales.
Hâtons-nous d'entrer dans ses propres senti-
ments et prenons notre place au banquet de la
Cène, pour assister à l'Institution du plus grand
des mystères.
1 « Le sacrement de Y Eucharistie est un mémorial de la pas-
sion, dans laquelle le Christ est prêtre et victime. » S. Thom.,
III p., q. 84, a. 7, ad 4.
110 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
I. — Tous les actes de Jésus
sont des actes sacerdotaux
Il ne s'agit pas tout d'abord de considérer les
actes purement essentiels au Sacerdoce, comme
sont ceux, par exemple, qui consistent dans l'ad-
ministration des sacrements, mais de détermi-
ner en général la nature de tous les actes posés
par Jésus dans sa vie mortelle. Il est Prêtre,
essentiellement Prêtre, Il est doté d'un Sacer-
doce qui touche à la substance même de son
être, au point qu'il n'existerait pas s'il n'était
pas Prêtre. Son Sacerdoce ne Lui a pas été oc-
troyé après l'assomption de sa nature humaine
dans sa Personne divine, mais il est toute son
existence d'Homme-Dieu, la réalité essentielle
de son Incarnation *.
Dans ce sens, Jésus est plus essentiellement
Prêtre que ne le sont les Prêtres qu'il appelle au
Sacerdoce. Non pas seulement parce qu'il pos-
sède en substance et en principe ce qu'ils ne
reçoivent, eux, qu'en participation ; mais encore
parce que tout son être emprunte à sa réalité
1 « Le Christ ne s'est pas élevé de lui-même à la gloire du
souverain pontificat, mais il l'a reçue de celui qui lui a dit : « Tu
es mon Fils, je t'ai engendré aujourd'hui... Tu es prêtre pour
l'éternité. » Hébr., v, 5, 6.
LACTE DU SACERDOCE DE JESUS A LA CENE 111
vivante la non moins essentielle réalité de son
Sacerdoce.
De sorte que tout ce que dit et tout ce que fait
Jésus, comme tout ce qu'il pense et tout ce qu'il
veut, est un effet de son Sacerdoce, tout autant
que de sa nature d'Homme-Dieu. Si, en Lui, ces
deux choses étaient distinctes : être Verbe in-
carné et être Prêtre, on pourrait attribuer diffé-
remment à l'un ou à l'autre des actes qui sem-
bleraient leur convenir davantage ; mais cette
distinction ne peut exister, pas plus dans les
opérations que dans leurs principes. Ou Jésus
est uniquement et intrinsèquement Prêtre, ou
Il est autre chose, en dehors de son Sacerdoce ;
ce qui serait reconnaître qu'il n'a pas été Prêtre
dès sa conception, pas plus que Victime, puis-
que alors, dans ce dernier cas, le corps qu'il
aurait reçu n'aurait pas été voué, à l'origine,
au sacrifice et à 1 immolation.
De plus, Jésus est Prêtre dans sa Personne di-
vine et non pas seulement dans une de ses deux
natures : c'est ce qui constitue la vérité substan-
tielle de son état d'Homme-Dieu. C'est la per-
sonne qui vit et agit ; c'est à la personne que sont
attribuées les diverses opérations d'un être l.
1 C'est ce que fait clairement ressortir l'Ange de l'Ecole,
quand il dit : « Comme on peut appliquer à chaque suppôt
112 JESUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L EUCHARISTIE
Dès lors, si tous les actes de Jésus n'émanent
pas de sa Personne, à qui faudra-t-il les attri-
buer ? Il est donc juste de dire que tous les
actes de Jésus sont des actes sacerdotaux1.
Ceci ne contredit en rien la vérité, qu'en
Jésus, comme dans tout être intelligent, il y a
des actes de diverse importance qui tient à la
nature même de ces actes et à l'intention qui les
pose. C'est ainsi qu'en toute rigueur d'expres-
sion, les actes qu'habituellement on appelle sa-
cerdotaux sont des actes plus solennels et, pour
ainsi dire, plus officiels, en vue de la fin propre
du Sacerdoce.
Que ceci soit dit, pour donner une conception
plus nette des principaux actes sacerdotaux de
Jésus, lesquels émanent plus directement du
caractère et de la mission de son Sacerdoce ; ce
que nous allons considérer dans le paragraphe
suivant.
d'une nature quelconque les choses qui conviennent à la nature
dont il est le suppôt, et comme dans le Christ il n'v a qu'un
suppôt pour la nature divine et la nature humaine, il est clair
que l'on peut attribuer à ce suppôt de l'une et l'autre nature,
et cela indifféremment , ce qui regarde la nature divine comme
ce qui regarde la nature humaine. » S. Thom., Op. 2, ch. 211.
1 Ce qui est évident d'après le même saint Docteur : « Quoi-
que, dit-il, le Christ n'ait pas été prêtre comme Dieu mais
comme homme, ce fut cependant une même personne qui fut
prêtre et Dieu. » III p., q. 22, a. 3, ad i.
L'ACTE DU SACERDOCE DE JÉSUS A LA CÈNE 1l3
II. — L'Eucharistie est, avec celui
de la croix, l'acte le plus grand
et le plus essentiel du Sacerdoce de Jésus
Si tout est grand et divin dans la vie de Jésus,
on ne peut nier que rien ne parle autant de Di-
vinité que le double Sacrifice de la Cène et du
Calvaire. De même, rien ne fait ressortir dans
une plus grande évidence son caractère essen-
tiel de Prêtre et l'efficacité divine de son im-
molation.
L'état eucharistique touche à la substance
même du Verbe incarné. Il s'y opère une trans-
formation qui est du domaine de la puissance
souveraine de Jésus ; puissance qui n'est autre
que celle de son Sacerdoce, par ce que nous
avons dit précédemment. C'est donc bien et uni-
quement le Souverain Prêtre qui agit dans ce
mystère où un état nouveau succède à celui dans
lequel Jésus a vécu depuis son Incarnation. Un
changement aussi radical dans son existence ne
peut échapper à son action sacerdotale ; Lui seul
peut le vouloir, Lui seul peut le réaliser.
Considérons, en outre, que l'Institution de
l'Eucharistie étant un véritable Sacrifice, destiné
à renouveler sans cesse mystiquement celui du
114 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L EUCHARISTIE
Calvaire, appartient de plein droit au Sacerdoce
de Jésus qui seul peut lui donner son efficacité.
Il ne peut intervenir ici que le ministère d'un
Prêtre, nul autre que lui n'étant qualifié pour
offrir des sacrifices *.
La parole de Jésus, que « personne n'a le pou-
voir de Lui enlever la vie et que Lui seul peut la
donner et la reprendre "2 », reste écrite au-dessus
de tous les Tabernacles du monde, comme elle
resplendissait de lumière et de vérité dans le
Cénacle, au soir du Jeudi-Saint.
La Cène et la Croix étant unies dans l'immo-
lation d'une même Victime, le Prêtre qui a pré-
sidé et offert le divin Sacrifice du Calvaire ne
peut être autre que celui qui 1 offrira encore,
quoique sous une autre forme, jusqu'à la fin du
monde 3.
1 « Tout pontife est établi pour offrir des oblations et des
sacrifices. » Hébr., v, 1.
2 Jean, x, 18.
3 « Quant au sacrifice, dit saint Thomas, que l'on offre tous
les jours dans l'Eglise, /'/ n'est pas autre que celui qui a été
offert par le Christ ; mais il en est la commémoration. D'où
saint Augustin dit (De civ. Dei, l. 10, c. 20) : Le Christ est le
prêtre qui offre et il est Yoblation ; il a voulu que le sacrifice
de l'Eglise en fût le signe quotidien. » S. Thom., III p., q. 22,
a. 3, ad 2.
« Le Sauveur a laissé dans son Eglise un sacrifice visible,
comme le requiert la nature humaine, pour représenter le sa-
crifice sanglant accompli une fois sur la croix. » Conc. Trent.,
sess. 22, c. 2.
L'ACTE DU SACERDOCE DE JÉSUS A LA CÈNE ll5
La perpétuité de l'Eucharistie nous assure la
perpétuité de la présence du Prêtre Eternel qui,
caché sous les voiles sacramentels, se fera jus-
qu'à la fin le puissant Sacrificateur de la Victime
immolée.
Comme il est souverainement juste que nous
ne séparions jamais la pensée de Jésus-Prêtre
de celle de son Eucharistie ! Comme il semble
naturel que le souvenir de la Passion, que nous
remémore le mystère eucharistique, nous rap-
pelle en même temps le Souverain Prêtre qui
en est l'auteur ! Comme il ressort avec évi-
dence que nous avons des devoirs essentiels
à remplir à l'égard du caractère sacerdotal de
Jésus au Très Saint Sacrement ! Comme il doit
nous être doux de Lui rendre un vrai culte
d'hommage, d'adoration, de reconnaissance et
d'amour !
Ne serait-il pas étrange et illogique de croire
à cette adorable présence de Jésus-Eucharistie,
en la dépouillant du caractère sacré qui lui est
essentiel, son Sacerdoce? Il manquerait à notre
amour la lumière de vérité qui doit l'éclairer et
la grâce qui le doit féconder, si le Jésus du Sa-
crement n'était pas étudié, connu et aimé dans
les réalités sublimes de son Sacerdoce. Compre-
nons-le et soyons fidèles.
Il6 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS l'f.UCHARISTIE
III. — Les sentiments du Prêtre
et de la Victime
dans l'Institution de l'Eucharistie
Partout où est le Prêtre, partout est la Vic-
time. Jésus est personnellement et essentielle-
ment Prêtre et Victime. Comme Prêtre, Il a
besoin de la Victime pour l'immoler, sans quoi
Il serait un Prêtre sans sacrifice ; ce qui équi-
vaudrait à dire qu'il n'est pas Prêtre. Comme
Victime, Il réclame un Sacrificateur pour accom-
plir le Sacrifice auquel elle est condamnée.
Ces sentiments communs, concourant à la
même fin, n'abandonnent ni le Prêtre ni la Vic-
time. Le couronnement de leur mutuel amour
sacrifié les attire au Calvaire où ils doivent ac-
complir leur destinée. Mais si, entre temps, il y
a un acte sacerdotal à poser, la Victime y prend
part ; de même que s'il y a un sacrifice à offrir,
le Prêtre use de son droit d'autorité sur la
Victime.
Comme l'Eucharistie repose tout entière sur le
pouvoir sacerdotal de Jésus, et qu'elle porte le
caractère d'une véritable immolation, le Prêtre
et la Victime échangent réciproquement leurs
LACTE DU SACERDOCE DE JÉSUS A LA CÈNE ii'J
sentiments : le Prêtre, pour recourir à la Victime
qui lui est nécessaire ; la Victime, pour s'aban-
donner au Prêtre dont elle a besoin pour s'im-
moler.
Il n'est pas question ici d'un acte passager.
L'Eucharistie est instituée non pour un soir seu-
lement, mais pour se renouveler sans interrup-
tion et sur des milliers d'autels chaque jour *. Le
concours mutuel que se prêtent le Prêtre et la
Victime à l'heure de l'Institution de l'Eucha-
ristie, ne cessera jamais, car Jésus a promis de
rester avec les hommes jusqu'à la consommation
des siècles 2.
Il y a en jeu de tels intérêts d'ordre spirituel,
que ni le Prêtre ni la Victime ne penseront à dé-
serter leur poste. Tout au contraire, ils multi-
plieront les calvaires mystiques pour s'immoler,
ils transporteront leurs tentes jusqu'aux extré-
mités du monde, ils tiendront compagnie à tous
ceux qui viendront les visiter, ils se donneront
en nourriture aux affamés du pain de la vie éter-
1 « Depuis le lever du soleil jusqu'au couchant, mon nom
est grand parmi les nations, et l'on sacrifie en tout lieu à mon
nom une oblation pure. » Mal., i, 11.
2 « Je ne vous laisserai pas orphelins, je viendrai à vous. »
Jean, xiv, 18. — « Voici que je suis avec vous tous les- jours
jusqu'à la consommation des siècles. » Mat., xxviii, 20.
Il8 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
nelle, ils feront participer tous les hommes de
bonne volonté aux grâces de leur présence sacra-
mentelle, et ils fourniront à tous les efficacités
divines de leur commun sacrifice l.
Partout où il y aura une gloire de plus à pro-
curer à Dieu, partout où il y aura des âmes à
sauver et à sanctifier, il s'élèvera des temples
pour les abriter, il se dressera des autels pour
les faire descendre du ciel, il surgira des sources
de sang rédempteur, où viendront se purifier les
pécheurs et s'abreuver les âmes avides de vie
éternelle.
Nous n'avons rien à craindre, l'Eucharistie ne
disparaîtra pas de la terre ; l'amour mutuel que
se portent le Prêtre et la Victime pour l'accom-
plissement de leur mission réciproque, nous en
est un gage d'assurance et de perpétuité. Remer-
cions et rappelons-nous.
1 « Il a fallu, dit saint Thomas, que le sacrifice de la loi nou-
velle institué par le Christ eût quelque chose de plus que les
sacrifices anciens, c'est-à-dire qu'il contînt le Christ qui a
souffert, non seulement comme sa signification et sa figure,
mais encore en réalité... Cela convient à la charité du Christ
qui lui a fait prendre un corps humain véritable pour notre
salut. Et parce que le propre de l'amitié est surtout de vivre
avec ses amis, il ne nous a pas privés de sa présence corpo-
relle pendant ce pèlerinage, mais il s'est uni à nous dans
l 'Eucharistie par son corps et son sang véritable. » D'où
il dit (Jean, vi, 57) : « Celui qui mange ma chair et boit
mon sang demeure en moi et moi en lui. » S. Thom., III p.,
q. 75, a. 1.
L'ACTE DU SACERDOCE DE JÉSUS A LA CENE lig
IV. — Manifestation suprême de 1 amour
du Prêtre et de la Victime
dans l'Institution de l'Eucharistie
Ce qui ressort davantage de la part de Jésus
Prêtre et Victime dans l'Eucharistie, c'est son
amour *. Il Lui a fallu évidemment un amour
mystérieux et incompréhensible pour descendre
du ciel -. Nous ne L'avions pas appelé ; c'est de
Lui-même qu'il est venu. Et lorsque l'humanité
L'a possédé dans son sein, elle ne L'a pas com-
pris et elle est restée incrédule en face de tant
d'amour et de miséricorde 3. La mort même de
Celui qui était venu la sauver ne lui a ouvert les
yeux qu'à demi ; et depuis dix-neuf siècles, la
multitude des incroyants dépasse le nombre de
ceux qui aiment le divin Crucifié et se font ses
adorateurs 4.
1 « L'Eucharistie est appelée le sacrement de la charité, qui
est le lien de la perfection. » S. Tiiom., III p., q. 73, a. 3, ad 3.
1 « Dieu est amour, et il a manifesté son amour pour nous
en envoyant son Fils unique dans le monde, afin que nous vi-
vions par lui. » I Jean, iv, 9. — « Nous avons connu l'amour de
Dieu en ce qu'il a donné sa vie pour nous. » Ibid, m, 16.
3 « En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ;
et la lumière a lui dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont
pas compris. » Jean, i, 4, 5.
4 « Il est venu parmi les siens, et les siens ne l'ont pas
reçu. » Jean, 1, 11.
120 JESUS PRETRE ET VICTIME DANS L EUCHARISTIE
Cette histoire vécue de l'incrédulité et de l'in-
gratitude des hommes ne fait que rendre plus
éclatant l'amour miséricordieux que nous prouve
le Jésus de l'Eucharistie. 11 connaissait pourtant
tout, et du passé et de l'avenir ; Il n'ignorait rien
de l'attitude indifférente du grand nombre et des
outrages dont II devait être l'objet au Sacrement
de ses apparentes impuissances '. Pourquoi ne
s'est-Il point contenté de mourir une fois sur la
croix, puisque tel était le décret éternel de la
rédemption du monde ? Son oeuvre aurait été
complète, et II serait entré paisiblement dans le
royaume de sa gloire.
C'est là le mystère : mystère de l'amour eucha-
ristique faisant pendant au mystère de l'Incar-
nation. Mourir et s'en aller, c'était justice ; mou-
rir et rester encore, c'était folie. Mais que dire,
au surplus, de l'état nouveau dans lequel Jésus
a voulu continuer de demeurer parmi les hom-
mes. S'il perpétue sa présence ici-bas, ça ne peut
être que dans les mêmes conditions qu'il s'est
1 Ce que saint Jean nous dit, dans son Evangile, de la con-
naissance intime que possédait Jésus des hommes de son
temps, s'applique naturellement à tous les hommes de tous les
temps et de tous les lieux, dont il connaissait à l'avance et la
conduite et les pensées les plus secrètes : « Mais Jésus ne se
fiait point à eux, parce qu'/7 les connaissait tous et qu'il n'avait
pas besoin que personne lui rendît témoignage d'aucun homme,
car lui-même savait ce qu'il y avait dans l'homme. » Jean,
ii, 24, 25.
LACTE DU SACERDOCE DE JESUS A LA CENE 121
fait Verbe incarné. Il ne changera pas de nature,
Il ne recevra pas une autre mission, Il portera
toujours le même caractère essentiel de Prêtre
et de Victime ; il Lui faudra un Sacrifice pour
exercer son Sacerdoce et une Victime pour l'im-
moler.
Dès lors, tout l'amour dont II est la source
éternelle, se concentrera dans l'état eucharis-
tique qui sera la dernière phase de sa présence
personnelle dans le monde l. Comme Prêtre, Il
ne pourra donner rien de plus ; son amour sa-
cerdotal a rencontré des limites qu'il ne peut
1 Le Docteur angélique, dans ses Opuscules, voulant démon-
trer tout ce qu'il y a d'amour dans l'Eucharistie à l'égard des
hommes, développe ainsi cette vérité : « Dieu le Père nous ac-
corde continuellement, sous les espèces du pain et du vin, pour
la savoureuse réfection de nos âmes, le corps et le sang de son
bien-aimé Fils Notre Seigneur Jésus-Christ, dans lequel il
nous a donné, sans aucune réserve, tout ce qu'il est et tout ce
qu'il a de commun avec le Saint-Esprit. Car il n'y a rien hors
de la nature corporelle, spirituelle et divine. — Donc, lorsque
Dieu le Père nous a donné le corps et le sang de son Fils
dans ce Sacrement, il nous a gratifié de la substance corpo-
relle dans tout ce qu'elle a de plus élevé. — Mais quand il
nous a donné Yâme de ce même Fils, c'est sa substance spiri-
tuelle dans tout ce qu'elle a de plus sublime qu'il nous a livrée.
— De plus, dans son divin Fils il nous a offert la nature divine
qui renferme en elle-même naturellement et éternellement le
souverain bien. — Et ce n'est pas une fois ou deux seulement
dans la vie de l'homme qu'il en a agi ainsi, mais c'est en tout
temps et en tout lieu par quelque Prêtre que ce soit, bon ou
mauvais, qui, selon le rite de l'Eglise, offre le sacrifice du sa-
lut. » S. Thom., Op. 62, ch. 2.
122 JESUS PRETRE ET VICTIME DANS L EUCHARISTIE
dépasser. Comme Victime, Il ne pourra s'immo-
ler davantage ; son amour trouve dans son état
d'immolation la forme ultime de son sacrifice.
Dans sa toute-puissance divine, Il ne trouvera
pas d'autre possibilité d'aimer davantage, d ai-
mer plus miséricordieusement, d'aimer plus ten-
drement '. Après l'Eucharistie il n'y a que le ciel.
Après l'amour que nous y portent le Prêtre Eter-
nel et la divine Victime, il n'y a que la charité
infinie qui remplit le séjour de la gloire.
A nous de rendre amour pour amour. Que
notre culte de Jésus Prêtre et de Jésus Victime
au Très Saint Sacrement, soit un culte tout d'a-
mour, de reconnaissance et de tendresse. Jésus
le réclame ; mettons notre bonheur à le Lui
rendre 2.
1 C'est bien le cas de dire avec saint Augustin : « Dieu, tout
savant qu'il est, ne connaît rien de meilleur ; tout puissant
qu'il est, il ne peut rien de plus excellent ; tout riche qu'il est,
il n'a rien de plus merveilleux que X Eucharistie. »
2 « Dieu est plus grand que notre cœur », dit saint Jean dans
sa première épître (ni, 20) ; ce qui fait que quand même nous
le servirions de tout notre cœur, de toutes nos forces, nous ne
le ferions pas d'une manière suffisante. L'Ecclésiastique dit
(m. m, 3o) : « Glorifiez le Seigneur tant que vous le pourrez, il
sera encore beaucoup au-dessus de vos louanges... Le cœur de
l'homme est petit, si on le compare à Dieu. Ceci fait que si
vous recevez autre chose que lui dans votre cœur, vous l'en
chassez... » « Je suis votre Dieu, mais un Dieu jaloux », est-il
dit dans l'Exode (xx, 5). Dieu ne nous permet d'aimer rien
plus que lui ni en dehors de lui. » S. Thom., Op. 4, c. 4.
L'ACTE DU SACERDOCE DE JÉSUS A LA CÈNE 123
V. — Le double acte sacerdotal de Jésus
dans l'Institution de l'Eucharistie
et du Sacerdoce
Il est évidemment impossible d'avoir une no-
tion exacte de l'Eucharistie, sans comprendre
en même temps que ce Sacrement adorable est
l'œuvre exclusive du Sacerdoce de Jésus. Jésus
seul, en tant que Prêtre, avait le droit et la puis-
sance d'instituer ce nouveau Sacrifice de l'unique
Victime, dont l'immolation devra se perpétuer
jusqu'à la fin des temps.
Toutefois, sans être à court, son Sacerdoce ne
pourra s'exercer visiblement, puisque Jésus va
disparaître aux yeux des hommes, pour entrer
dans sa gloire l. De toute nécessité, Jésus doit in-
venter un moyen de continuer son office sacer-
dotal 2. Ou II ne consacrera qu'une fois, ou II
devra confier à d'autres le devoir de Le consa-
1 « Je suis sorti du Père et je suis venu dans le monde ;
maintenant je quitte le monde et je vais au Père. » Jean, xvi,
28. — « Père, l'heure est venue, glorifiez votre Fils... Je viens
à vous. » Jean, xvii, 1, i3.
2 « Puisque Jésus-Christ devait priver l'Eglise de sa présence
corporelle, il était nécessaire qu'/7 établît d'autres hommes
pour ses ministres, afin de dispenser les sacrements aux fidèles,
selon cette parole de l'Apôtre (I Cor., iv, 1) : « Qu'on nous re-
garde comme les ministres de Jésus-Christ et les dispensateurs
des mystères de Dieu. » S. Thom., Contr. Gent., I. 4, c. 74.
124 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L EUCHARISTIE
crer l. Ou son Sacerdoce prendra fin, ou II devra
le communiquer à des ministres qui agiront en
son nom 2. Ou sa puissance sacerdotale s'épui-
sera, ou II en fera participants des successeurs
qu'il se sera choisis 3.
C'est ici que Jésus nous apparaît dans toute la
beauté et la puissance de son Sacerdoce Eternel.
Prêtre dans l'Eucharistie, Prêtre II sera dans ses
Prêtres. Prêtre consacrant la première Hostie,
Prêtre II agira dans tous les Consécrateurs qu'il
enverra dans le monde. Prêtre institué par son
divin Père pour offrir le grand Sacrifice de la
réconciliation, Prêtre II revivra dans tous ses
consacrés pour offrir la Victime du salut.
Deux Sacrements en un seul : l'Eucharistie,
pour fournir un sacrifice au Sacerdoce ; le Sa-
cerdoce, pour perpétuer l'Eucharistie 4. Le même
Prêtre Eternel se multipliant dans tous les Prê-
tres du monde ; la multitude des âmes sacerdo-
1 « Faites ceci en mémoire de moi. » Luc, xxn, 19.
* « De même que le Père m'a envoyé, ainsi je vous envoie. »
Jean, xx, 21.
3 « Je vous ai choisis, et je vous ai établis pour que vous
alliez et portiez du fruit, et que votre fruit demeure. » Jean,
xv, 16.
4 « Il est certain, dit encore saint Thomas, que Jésus-Christ
a donné dans la Cène le sacrement de son corps et de son
sang, et qu'il l'a institué pour être souvent renouvelé ; et ce
sont là les deux principaux sacrements. » S. Thom., Contr.
Gent., 1. 4, c. 74.
L'ACTE DU SACERDOCE DE JÉSUS A LA CÈNE 125
taies, portant l'empreinte du Sacerdoce de leur
Maître, pour accomplir les mêmes mystères et
produire les mêmes fruits de salut éternel1.
Quelle sagesse dans le Pontife suprême, pos-
sédant en propre l'essence de tout Sacerdoce !
Quelle puissance dans le Souverain Prêtre, ré-
pandant partout les efficacités de son Sacerdoce,
sans l'épuiser ni le diminuer jamais ! Quel amour
dans l'unique Prêtre d'une unique Victime, se
substituant d'autres Lui-même pour que le Sa-
crifice de la nouvelle alliance ne cesse sur la
terre ni le jour ni la nuit ! 2 Quelle sublime apo-
théose de la mission du Prêtre divin qui ne
s'accomplit à la Cène que pour revivre dans la
même mission sacerdotale de tous les Prêtres
du monde ! 3
1 « De ce que le Christ a prononcé les paroles de la Consé-
cration, elles ont acquis une puissance consécratrice qu'exerce
tout Prêtre qui les prononce, absolument comme si le Christ
était présent et qu'il les prononçât lui-même. » S. Thom.,
III p., q. 78, a. 5.
2 « Parce que le pouvoir de l'Ordre a pour fin la dispensation
des sacrements, et que de tous les sacrements le plus excellent
et la consommation des autres est le sacrement de Y Eucha-
ristie, on doit considérer principalement le pouvoir de l'Ordre
comme se rapportant à ce sacrement ; car la dénomination
de chaque chose se tire de sa fin. » S. Thom., Contr. Gent.,
1. 4, c. 74.
3 « Il est évident que le Christ consacre lui-même tous les
sacrements de l'Eglise ; car c'est lui-même qui baptise ; c'est
lui-même qui remet les péchés ; il est lui-même le vrai Prêtre
126 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS l'eUCHARISTIE
Vraiment, rien n'est grand comme le Sacer-
doce ! Rien n'est sacerdotal comme l'Eucharistie !
Rien n'est divin comme l'amour qui préside à
l'Institution de ces deux adorables sacrements
et à leur perpétuité dans l'Eglise !
Il n'y a qu'à adorer en aimant, et qu'à aimer
en adorant.
qui s'est offert sur l'autel de la croix, et par la puissance du-
quel son corps est consacré tous les jours sur l'autel. Et ce-
pendant, comme il ne devait pas rester corporellement présent
avec tous les fidèles, il a choisi des ministres pour dispenser
ces sacrements aux fidèles. » S. Thom., Contr. Gent., 1. 4, c. 76.
A Jésus, Prêtre dans l'Eucharistie
el Prêtre dans ses Prêtres
O Jésus,
mon adorable Prêtre en l'Eucharistie,
je m'abîme devant Vous.
O Jésus,
dont l'éternel Sacerdoce revit
en tous ceux que vous avez faits
vos Prêtres,
j'honore en eux le caractère sacré
que Vous avez imprimé
dans leurs âmes.
C'est Vous qui vivez en eux.
C'est par eux que Vous opérez.
C'est à eux que Vous devez
votre existence sacramentelle.
C'est par la puissance sacerdotale,
que Vous leur communiquez,
que Vous demeurez dans l'Eucharistie
notre Prêtre et notre Victime,
et que Vous nous nourrissez
du pain de la vie éternelle.
Oh ! conservez-nous vos Prêtres
pour rester avec nous.
Sanctifiez vos Prêtres
pour nous sanctifier avec eux.
CHAPITRE CINQUIÈME
De la présence du Prêtre
à côté de la Victime
dans l'Eucharistie
CHAPITRE CINQUIEME
De la présence du Prêtre
à côté de la Victime dans l'Eucharistie
« Nous avons un grand Prêtre qui
est établi pour offrir des oblations et
des sacrifices, toujours vivant pour
intercéder pour nous. »
Hêbr., VII, 25 ; VIII, 3.
Nous sommes entrés au Cénacle avec Jésus et
nous avons assisté à l'acte sublime de son Sacer-
doce, par lequel II a transformé son état visible
et mortel en son état caché eucharistique. Ce
n'est pas seulement d'une manière provisoire
qu'il a institué ce Sacrement, mais c'est bien
avec la volonté formelle d'y perpétuer sa pré-
sence adorable.
S'il n'avait pas institué en même temps le Sa-
cerdoce nouveau, avec l'obligation pour tous ses
Prêtres de renouveler le même acte sacerdotal,
la présence de Jésus Prêtre et Victime n'aurait
duré à la dernière Cène que juste le temps voulu
avant la consommation des espèces sacramen-
telles. Mais évidemment, telle n'était pas l'in-
tention de Jésus, puisqu'il se constituait des
l32 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
successeurs et leur donnait le pouvoir d'opérer
les mêmes merveilles.
Il n'y a donc point d'Eucharistie sans Prêtre.
II n'y a point de réelle consécration du corps et
du sang de Jésus, sans qu'il intervienne une
puissance égale et de même nature que la puis-
sance du Souverain Prêtre instituant le Sacre-
ment eucharistique. Il n'y a point de Sacrifice
mystique qui soit la répétition du Sacrifice de la
Cène et de la Croix, s'il n'y a pas la présence
et la parole consécratrice du même Prêtre et de
la même Victime l.
Aucun Prêtre à l'autel, tout saint qu'il puisse
être, ne peut parler et agir en son nom. Son
1 Le Docteur angélique explique ainsi cette double opération
de Jésus et du Prêtre dans les sacrements : « Quoique Dieu
opère l'effet intérieur des sacrements, comme agent principal,
néanmoins l'homme peut aussi y coopérer comme ministre.
L'on peut opérer un effet de deux manières : 1° comme agent
principal ; 2° comme instrument. De la première manière il n'y
a que Dieu qui opère l'effet intérieur des sacrements ; soit
parce que seul il pénètre dans l'âme dans laquelle l'effet du
sacrement existe, et que l'on ne peut pas opérer immédiate-
ment quelque chose là où on n'est pas ; soit parce que la grâce
qui est l'effet intérieur du sacrement ne vient que de Dieu. —
De la seconde manière l'homme peut contribuer à l'effet inté-
rieur des sacrements, selon qu'il agit comme ministre. Car le
ministre et l'instrument ont la même nature, puisque l'action
de l'un et de l'autre s'applique extérieurement ; mais l'effet in-
térieur résulte de la vertu de l'agent principal qui est Dieu. »
III p., q. 64, a. 1.
PRESENCE DU PRETRE ET DE LA VICTIME
l33
caractère sacré n'est qu'un prolongement du
caractère de l'unique Prêtre qui seul possède
essentiellement le Sacerdoce. Les paroles qu'il
prononce n'ont de valeur que celle que leur
donne le Souverain Prêtre, qui lui commande
de parler en son nom. L'efficacité du Sacrifice
qu'il offre vient de la réalité de la puissance sa-
cerdotale du vrai et unique Sacrificateur qui
immole sa propre Victime !.
Le Sacrifice eucharistique qui serait offert par
tous les Prêtres du monde réunis n'aurait pas
plus de valeur et de réalité qu'offert par un seul
Prêtre2. Le Prêtre, quel qu'il soit, qui a reçu
1 « Le sacrement de l'Eucharistie est si noble, qu'il n'est
confectionné que dans la personne du Christ. Or, quiconque
fait une chose au nom d'un autre, doit nécessairement la faire
par la puissance qu'il en a reçue. Or, comme le Christ ac-
corde à celui qui est baptisé la puissance de recevoir l'Eucha-
ristie, de même il accorde au prêtre, dans son ordination, le
pouvoir de le consacrer en son nom. Car par là le prêtre se
trouve placé au rang de ceux auxquels le Seigneur a dit (Luc,
xxii, 19) : « Faites ceci en mémoire de moi. » C'est pour ce mo-
tif qu'on doit dire qu'il appartient en propre aux prêtres de
consacrer ce sacrement. » S. Thom., III p., q. 82, a. 1.
2 « De ce que le Christ a prononcé les paroles de la consé-
cration, elles ont acquis une puissance consécratrice qu'exerce
tout Prêtre qui les prononce, absolument comme si le Christ
était présent et qu'il les prononçât lui-même. » S. Thom., III p.,
q. 78, a. 5. — Et plus loin, il ajoute : « Parce que le Prêtre ne
consacre qu'au nom du Christ, et que plusieurs sont un dans
le Christ, il importe peu que ce sacrement soit consacré par
un seul ou par plusieurs. » Ibid., q. 82, a. 2, ad 2,
l34 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
l'onction sacerdotale, possède un pouvoir qui lui
est sans cesse maintenu par Jésus et dont l'exer-
cice réclame la présence de son principe sacri-
ficateur '.
Il lui suffit de prononcer, et avec la même
intention, les paroles de Jésus à la Cène, et
aussitôt, là où il n'y avait que du pain et du
vin, se trouvent présents, en corps et en âme,
le Prêtre et la Victime du premier grand Sa-
crifice 2.
Avec quelle foi et quelle piété ne devons-nous
pas nous habituer à considérer Jésus Prêtre s'of-
frant à l'autel par les mains du Prêtre ! Avec
quel amour ne devons-nous pas Lui rendre un
culte de profonde adoration pour L'honorer en
tant que Prêtre et Victime au Très Saint Sa-
crement !
1 « Il est évident que le Christ consacre lui-même tous les
sacrements de l'Eglise... Il est lui-même le vrai Prêtre qui s'est
offert sur l'autel de la croix, et par la puissance duquel son
corps est consacré tous les jours sur l'autel. » S. Thom.,
Contr. Gent., 1. 4, c. 76.
* « Cette conversion est produite par les paroles du Christ
que le Prêtre prononce, de telle sorte que le dernier instant où
ces paroles sont prononcées, est le premier instant où le corps
du Christ existe dans le sacrement... le sens des paroles qui
rend la force des sacrements efficace étant complet. » S. Thom.,
III p., q. 75, a. 7, c. et ad 3.
PRÉSENCE DU PRÊTRE ET DE LA VICTIME 1 35
I. — L'Eucharistie est la continuation
de l'exercice du Sacerdoce de Jésus
dans l'acte de son institution
De même qu il n'y a pas deux sacrifices eucha-
ristiques, il n'y a pas deux Prêtres pour l'offrir
ni deux Victimes pour être immolées. Par consé-
quent, si Jésus-Prêtre n'était constamment pré-
sent dans l'état eucharistique qu'il a embrassé, il
manquerait ce qui est essentiel à ce Sacrement ;
car n'y étant pas comme Prêtre, Il n'y serait
pas du tout, son Sacerdoce répondant essentiel-
lement à la réalité de sa personne d'Homme-
Dieu.
Ce ne serait plus la continuation de sa pré-
sence sacramentelle, telle qu'elle existait sous
la forme de l'Institution de l'Eucharistie ; et, dès
lors, ce serait un autre Sacrement qui n'aurait
pas les caractères essentiels du premier. Ce ne
serait pas davantage un sacrifice, car il n'y au-
rait plus de Prêtre pour l'offrir l. Ce serait, à vrai
dire, comme une religion nouvelle, sans consis-
tance et indépendante des grands mystères ac-
1 « Ce sacrement reçoit le nom de sacrifice, selon qu'il repré-
sente la passion même du Christ. On lui donne le nom d'hostie,
selon qu'/7 renferme le Christ lui-même qui est l'hostie du
salut. » S. Thom., III p., q. 73, a. 4, ad 3.
l36 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS l'eUCHARISTIE
complis par Jésus dans les dernières heures de
sa vie.
Mais laissons ces suppositions, que nous avons
faites simplement pour démontrer l'illogisme
d'un Sacrement qui ne serait plus celui de son
auteur, et l'irréalité d'un Sacrifice où le Prêtre et
la Victime feraient défaut. Entrons dans la réa-
lité adorable de l'état eucharistique de Jésus et
dans les sentiments du Souverain Prêtre au mo-
ment de l'Institution.
La foi nous enseigne que les paroles de Jésus
sont esprit et vie l et qu'elles ne passent point 2.
Lorsque Jésus disait si clairement : « Ceci est
mon corps, ceci est mon sang », Il exprimait la
réalité de sa présence sous les espèces sacra-
mentelles. Mais quelle présence, sinon celle qui
était la sienne, c'est-à-dire la présence du Prê-
tre : du Prêtre, qui était Lui-même depuis le
premier instant de son Incarnation ; du Prêtre,
qui, à ce moment précis, se faisait Sacrement et
s'offrait en sacrifice. Ce mystère va se renou-
veler, sa volonté est formelle : ce sera néces-
sairement dans les mêmes conditions. Tout le
1 « Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie. » Jean,
vi, 64.
2 « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passe-
ront pas. » Marc, xih, 3i.
PRÉSENCE DU PRÊTRE ET DE LA VICTIME 1$"]
temps que Jésus demeurera plus tard sous les
espèces sacramentelles, Il y sera Prêtre ; Prêtre,
aussi réellement qu'il le fut au Cénacle ; Prêtre,
se maintenant Lui-même dans son existence sa-
cerdotale ; Prêtre, n'ayant rien changé de ce qu'il
est essentiellement dans son Sacerdoce ; Prêtre,
tel qu'il a été consacré par son Père ; Prêtre, tel
qu'il est demeuré nécessairement le même pen-
dant sa vie mortelle ; Prêtre, tel qu'il demeurera
dans les siècles des siècles '.
Quelle sublime réalité, quelle adorable vérité :
l'Eucharistie, c'est Jésus Prêtre ! L'Hostie con-
tient tout le Sacerdoce de Jésus. Elle n'est à vrai
dire que cela ; car dans la notion du Sacerdoce,
il y a tout Jésus, Jésus s'incarnant, Jésus vivant,
Jésus mourant.
En Le considérant comme Prêtre dans l'Eu-
charistie, je Le vois tel qu'il a été entrevu dans
les décrets éternels ; je L'adore tel qu'il est entré
dans l'humanité, tout brillant des clartés du Sa-
cerdoce dont L'a investi son divin Père ; je Le
contemple tel qu'il a offert, pendant toute sa
vie, l'hostie de son Sacrifice ; je Le sens toujours
présent, tel qu'il s'offrit en Victime sur le Cal-
1 « Le Seigneur l'a juré, et il ne s'en repentira pas : « Tu es
Prêtre pour l'éternité selon l'ordre de Melchisédech. » Hébr.,
VII, 21.
l38 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS l'eUCHARISTIE
vaire ; je L'aime de son propre amour, que je
puise dans son cœur, afin que tout soit sacer-
dotal, et dans l'amour qu II me porte, et dans
l'amour dont je veux brûler pour son adorable
Sacerdoce.
Quand je pense que si Jésus n'avait pu s'im-
moler pour moi, je ne L'aurais jamais connu
comme Prêtre. Quand je réfléchis que s'il n'avait
pas été Prêtre, je n'aurais jamais eu 1 Eucharis-
tie. Quand je constate que s'il n'avait pas été
l'unique Prêtre de l'unique Victime, Il n'aurait
point communiqué son Sacerdoce à ses Prêtres,
l'Eucharistie n'aurait existé qu'un moment, et à
cette heure l'humanité serait privée de la pré-
sence du Prêtre qui l'a sauvée.
Avec quel empressement, dès lors, ne dois-
je pas rendre mes hommages d adoration et
d'amour à Jésus, en tant que Prêtre dans l'Eu-
charistie, et m'appliquer à L'étudier et à L'y
connaître dans son éternel Sacerdoce !
II. - La présence de la Victime
dans l'Eucharistie
exige la présence du Prêtre
Voici un autre aspect de la nécessité de la pré-
sence permanente de Jésus Prêtre dans l'Eucha-
PRÉSENCE DU PRÊTRE ET DE LA VICTIME l3q
ristie. Nos considérations antérieures sur l'état
d'immolation qu'est l'état eucharistique, nous
ont déjà beaucoup éclairés. Il reste à mieux
démontrer l'impossibilité de la présence de la
Victime dans l'Eucharistie sans celle du Prêtre
Sacrificateur.
A moins de faire disparaître totalement l'idée
de Sacrifice en l'Eucharistie, il faut admettre
qu'il y a une victime, que cette victime s'impose
et que, pour conserver sa nature de victime, elle
doit y vivre dans un état d'immolation. Tout ce
que nous avons dit, dans le paragraphe précé-
dent, de la nécessité et du caractère du Prêtre
dans l'Eucharistie, doit se dire également quant
à la divine Victime.
Cette Victime ne peut être autre que la Vic-
time du Calvaire ; son Sacrifice ne peut être
d'une autre nature que celui de la Cène ; son
état d'immolation est l'effet du même pouvoir
sacrificateur que celui dont a usé Jésus dans
l'Institution de l'Eucharistie l.
A cette heure solennelle, Jésus était Prêtre et
Victime à la fois. Ces deux aspects de son es-
1 « Il est propre à l'Eucharistie que le Christ soit immolé
dans sa célébration. Il n'y a qu'une hostie, celle que le Christ
a offerte et que nous offrons. » S. Thom., III p., q. 83, a. 1,
c. et ad 1.
14<> JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
sentiel Sacrifice implique la même réalité d'une
même présence. Partout où est le Prêtre, se
trouve la Victime ; partout où est la Victime, se
tient le Prêtre l.
Jésus-Prêtre ne se conçoit pas sans la Victime
pour le sacrifice de laquelle II existe. Il vit avec
elle d'une vie unique; Il la possède et II en fait
sa perpétuelle oblation ; Il la maintient dans son
état de Victime, pour pouvoir l'immoler à l'heure
du grand sacrifice. Comment en serait-Il séparé
au Sacrement de l'Eucharistie, qui ne peut se
perpétuer pour le Prêtre que s'il a une Victime
à offrir.
Jésus-Victime ne se conçoit pas davantage
sans le Prêtre dont II dépend. C'est dans sa na-
ture de Victime d'être essentiellement ordonnée
au Sacrificateur chargé de l'immoler. Le Prêtre
est sa raison d'être, comme elle l'est elle-même
pour lui. Elle l'appelle et le veut. Sa vie passe en
quelque sorte dans la sienne, et elle se complaît
dans cette dépendance absolue qui, à l'heure du
Sacrifice, l'établira plus complètement dans son
état de Victime.
Non seulement il suffit de la présence de la
1 « Dans le sacrifice de paix par lequel notre médiateur véri-
table nous a réconciliés avec Dieu, il est resté tout à la fois le
sacrificateur qui offrait et la victime offerte. » S. Thom.,
III p., q. 48, a. 3.
PRÉSENCE DU PRÊTRE ET DE LA VICTIME I4I
Victime pour légitimer celle du Prêtre, mais la
Victime réclame cette présence comme un droit
absolu, tant pour elle que pour le Prêtre. Du
moment que Jésus a institué l'Eucharistie sous
forme de sacrifice, l'état d'immolation auquel II
s'est condamné maintient perpétuellement dans
ce Sacrement adorable la même divine Victime
offerte à la Cène et au Calvaire. Dès lors, l'office
du Souverain Prêtre s'y exerce sans cesse, pour
satisfaire les droits essentiels de la Victime,
comme pour répondre à ses devoirs vis-à-vis
d'elle.
Nous devons donc tout autant à la Victime
qu'au Prêtre, le bonheur de les posséder tous
deux au Sacrement des divines immolations.
N'oublions pas toutefois la remarque faite dans
les parties antérieures de cet ouvrage, que ces
distinctions de caractères et d'opérations en
Jésus ne touchent en rien à la substance de sa
Personne. Jésus est un en Lui-même ; et les as-
pects divers sous lesquels on peut Le considérer
ne Le dédoublent ni ne L'altèrent. Les raisonne-
ments que nous faisons ne sont que des raison-
nements de raison destinés à nous faire mieux
saisir la distinction des caractères en Jésus et la
nature des opérations qui leur conviennent.
Il reste vrai, quand même, que Jésus est Prê-
142 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L EUCHARISTIE
tre et Victime, que sa Personne adorable com-
porte ces deux caractères essentiels qui Le cons-
tituent le Verbe incarné, l'Homme-Dieu qui ne
peut être totalement saisi par notre intelligence
que si nous faisons ces distinctions réelles qui
nous Le révèlent dans sa double mission de
Prêtre et de Victime.
III. — La double réalité de la présence
du Prêtre et de la Victime
dans l'Eucharistie,
tirée de la nature du Sacrement
En soi il n'y a qu'un seul Sacrifice, comme il
n'y a qu'un seul Prêtre et une seule Victime :
celui de la Croix '. Le Sacrifice de la Cène est
une préparation et une anticipation du Sacrifice
1 Vérité que développe admirablement saint Thomas, lors-
qu'il dit : « La passion du Christ, selon qu'elle se rapporte à sa
divinité, agit à titre de cause efficiente. Selon qu'elle se rap-
porte à la volonté de l'âme du Christ, elle agit comme cause
méritoire. Selon qu'on la considère dans la chair même du
Christ, elle agit par manière de satisfaction, en ce sens que
nous sommes délivrés par elle de la peine que nous avions en-
courue. Elle agit par manière de rédemption, selon qu'elle nous
délivre de la servitude du péché. Enfin, elle agit par manière
de sacrifice, selon que par elle nous sommes réconciliés avec
Dieu. » III p., q. 48, a. 6, ad 3.
PRÉSENCE DU PRÊTRE ET DE LA VICTIME 143
du Calvaire '. Le Sacrifice de l'Eucharistie est
une continuation, sous une forme non sanglante,
du Sacrifice sanglant de la Croix 2.
Ces trois Sacrifices, qui n'en font qu'un, ré-
clament, pour les accomplir, la même interven-
tion du Prêtre et de la Victime. C'est donc à l'un
et à l'autre qu'est due toute l'efficacité du Sacri-
fice rédempteur. Le sang versé par la puissance
sacerdotale de Jésus a opéré le salut du monde.
L'immolation mystique du même Sacrifice appli-
quant, dans l'Eucharistie, les fruits de l'immo-
lation sanglante du Calvaire, prolonge, à travers
les siècles, la présence du même Prêtre immo-
lant et de la même Victime immolée.
Comme l'état eucharistique de Jésus ne chan-
gera jamais de forme, le Sacrifice qui s'opère
sur tous les autels du monde sera toujours dû
à l'action simultanée du même Prêtre et de la
même Victime. Ce n'est point parce que ce Sa-
crifice n'est pas sanglant, qu'il n'a pas les carac-
tères essentiels du Sacrifice de la Croix. Ce der-
nier ne pouvait être offert deux fois sous cette
forme ; le premier ne répondrait plus à la pen-
1 « Ceci est mon corps... Ceci est mon sang du Nouveau Tes-
tament qui sera versé pour un grand nombre en rémission
des péchés. » Mat., xxvi, 26, 28.
2 « Chaque fois que vous mangerez ce pain et que vous boirez
ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur. » I Cor., ii, 26.
144 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L EUCHARISTIE
sée de son institution, s'il ne pouvait être offert
partout, par le ministère du même Souverain
Prêtre.
Il y aura toujours des âmes à sauver et à sanc-
tifier ; les mérites accumulés par le divin Sacri-
fice rédempteur seront appliqués à chaque âme
suivant ses besoins. Le même Prêtre les tient en
réserve, et l'immolation renouvelée de la divine
Victime lui en fournira une source intarissable l.
Nous pourrons donc, en tout temps, en tout
lieu, en toute circonstance, recourir au Prêtre
Eternel que nous avons vu immoler la Victime
sur la Croix et que nous retrouvons exerçant
toujours auprès d'elle le même office à l'autel
eucharistique 2.
1 « Le Christ, en souffrant par charité et par obéissance, a
rendu à Dieu plus qu'il ne fallait pour faire compensation
à toutes les offenses du genre humain : 1" A cause de la gran-
deur de la charité qui le faisait souffrir ; 2° à cause de la dignité
de la vie qu'il a donnée pour satisfaire, car c'était la vie d'un
homme-Dieu ; 3° à cause de la généralité de la passion et de la
grandeur de la douleur dont il s'est chargé. C'est pourquoi la
passion du Christ n'a pas été seulement une satisfaction suffi-
sante, mais encore surabondante, pour les péchés du genre
humain, d'après ces paroles de l'Ecriture (I Jean, h, 2) : « Il
s'est fait victime de propitiation, non seulement pour nos pé-
chés, mais encore pour ceux du monde entier. » S. Thom.,
III p., q. 48, a. 2.
2 « Nous avons en Jésus, le Fils de Dieu, un grand Prêtre
qui a pénétré les cieux... capable de compatir à nos infirmités.
Approchons-nous donc avec assurance du trône de sa grâce,
PRÉSENCE DU PRÊTRE ET DE LA VICTIME I4D
Ne laissons pas son Sacerdoce en partie in-
fructueux, parce que pratiquement nous l'aurons
ignoré. Dans notre intelligence, il doit y avoir
maintenant une connaissance plus exacte de
Jésus Prêtre et Victime au Très Saint Sacre-
ment. Dans notre cœur, il doit s'être allumé un
foyer plus ardent d'amour reconnaissant. Dans
notre volonté, il a dû surgir des énergies nou-
velles, en harmonie avec des convictions plus
profondes, qui n'attendent que des résolutions
pratiques pour porter des fruits *.
L'heure est venue d'aller à Jésus sans détour,
de L'honorer comme Prêtre au Sacrement de
afin d'obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour être se-
couru en temps opportun. » Hébr., iv, 14-16. — « Il peut sau-
ver parfaitement ceux qui s'approchent de Dieu par lui, étant
toujours vivant pour intercéder en leur faveur. » Ibid., vu, 25.
1 « La passion du Christ, nous dit encore saint Thomas, a
été la cause de la rémission de nos péchés, selon que par elle
nous sommes excités à la charité et que nous avons été ra-
chetés... C'est par la charité qu'on obtient la rémission de ses
péchés, puisqu'il est dit (Luc, vu, 47) : « Beaucoup de péchés
lui ont été remis, parce qu'elle a beaucoup aimé. »... La foi par
laquelle nous sommes purifiés du péché n'est pas la foi informe
qui peut exister avec le péché, mais c'est la foi formée par la
charité ; de manière que la passion du Christ nous soit appli-
quée non seulement quant à l'intellect, mais encore quant à
son effet. Et, de cette manière, c'est aussi par la vertu de la
passion du Christ que les péchés sont remis. » III p., q. 49, a. 1,
c. et ad 5.
I46 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
son amour et de L'aimer comme II s'aime Lui-
même dans les sublimités essentielles de son
Sacerdoce.
IV. — L'universalité de la présence
du Prêtre et de la Victime
dans tous les Tabernacles du monde
Jésus Prêtre et Victime a pris naissance au
moment précis de 1 Incarnation, dans le sein de
la Vierge Marie. Sa Mère a d'abord été la seule à
Le posséder et à Le contempler. A sa naissance,
Il a été vu et adoré par quelques privilégiés,
sans toutefois se révéler dans la réalité de son
Sacerdoce et de son état de Victime '. Trente an-
nées de sa vie se sont écoulées dans le silence et
le mystère, en compagnie des deux êtres choisis
du ciel pour former avec Lui la plus pure et la
plus sainte famille qu'il y aura jamais sur terre2.
Les révélations intimes de Jésus Prêtre et Vic-
time à Marie et à Joseph restèrent le secret de
la maison de Nazareth. Et lorsque commença la
vie publique du Sauveur, on ne connaissait de
1 Allusion à la visite des bergers (Luc, n, 8-17) et des mages
(Mat., 11, 1-12).
2 « Et il descendit avec eux et vint à Nazareth, et /'/ leur était
soumis. » Luc, 11, 5i.
PRESENCE DU PRETRE ET DE LA VICTIME I47
Lui que son humble origine ', sans savoir encore
la mission qu'il allait accomplir 2. A mesure qu'il
se dévoilait, surtout à ses apôtres, Il faisait bien
pressentir ce qu'il était venu faire, mais c'était
dans des termes assez vagues, au point que
même les siens n'en purent saisir le sens précis 3.
Toutefois Jésus, en s'approchant du terme de
sa vie, paraissait anxieux de se révéler plus com-
plètement, et les allusions à sa mort prochaine
ne laissaient plus de doute 4 : Il allait donner sa
vie, comme il convenait à une victime vouée à
toutes les ignominies, mais Lui seul la sacrifie-
rait par sa propre puissance d'immolation 5.
1 « Et venant à sa patrie, il les enseignait dans leurs syna-
gogues, de sorte qu'ils s'étonnaient et disaient : D'où vient à
celui-ci cette sagesse et cette puissance ? N'est-ce pas le fils
du charpentier ? Sa mère ne s'appelle-t-elle pas Marie? » Mat.,
xiii, 54, 55.
2 « Vous ne savez ni d'où je viens, ni où je vais. » Jean,
vin, 14.
3 « Mais Jésus prit à part les douze et leur dit : Voilà que
nous montons à Jérusalem, et que s'accomplira tout ce qui a
été écrit par les prophètes touchant le Fils de l'homme... Et
eux ne comprirent rien à cela, et cette parole était cachée pour
eux, et ils ne comprenaient pas ce qui leur était dit. » Luc,
xxxi, 34.
4 « Le Fils de l'Homme doit être livré entre les mains des
hommes, et ils le mettront à mort. » Mat., xvii, 21.
5 « Voilà pourquoi le Père m'aime, parce que je donne ma
vie. Personne ne me la ravit, mais je la donne de moi-même ;
I48 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
Les paroles consécratrices de la Cène et le
consummatum est de la Croix vinrent éclairer
d'une dernière lumière la vérité de l'état sacer-
dotal et immolé du grand Crucifié.
La révélation était complète. Jésus s'était offert
dans le suprême Sacrifice du Cénacle et du Cal-
vaire, parce qu'il était Prêtre et Victime à la
fois. Depuis lors, la Croix sur laquelle II est
mort est restée un mémorial, devant lequel on
tombe à genoux ; mais l'Hostie consacrée à l'au-
tel chaque matin nous livre dans sa réalité vi-
vante le Prêtre Eternel immolant mystiquement
la Victime qui ne peut plus mourir.
Celui que Marie a possédé dans son sein et à
qui son Fils-Prêtre s'est ensuite tendrement ré-
vélé, je Le possède et je Le connais1. Celui qui
s'est annoncé comme le pain de la vie éternelle,
je m'en nourris 2. Celui qui, au soir de sa vie, a
j'ai le pouvoir de la donner, et j'ai le pouvoir de la reprendre. »
Jean, x, 17, 18. — C'est ce qu'avait déjà annoncé le prophète
Isaïe (lui, 7), lorsqu'il disait : « Il s'est offert, parce qu'il l'a
voulu. » — Saint Thomas fait ainsi ressortir comment Jésus
s'est livré volontairement à la mort : « Nous mourons comme
sujets à la mort par la nécessité ou de notre nature ou de quel-
que violence qui nous est faite. Le Christ, au contraire, est
mort non par nécessité, mais par sa puissance et sa propre
volonté. » (Op. 2, c. 23o).
1 « Je vous salue vrai corps né de la Vierge Marie. » Hymne
de l'Eglise (Ave verum).
2 « En vérité, en vérité, je vous le dis : si vous ne mangez la
PRÉSENCE DU PRÊTRE ET DE LA VICTIME 149
institué le sacrement de son perpétuel Sacer-
doce, je L'adore et Le contemple dans tous les
Tabernacles qui m'entourent l.
Partout où je tourne mes regards, j'aperçois
des Cénacles qui L'abritent ; j'entends les paroles
consécratrices de la Cène se répercuter sur tous
les autels où II s'incarne de nouveau ; je vois se
remplir des ciboires qui Le contiennent ; j'as-
siste, dans le silence du sanctuaire, à l'adoration
des anges invisibles qui rendent leurs hommages
au même Prêtre Eternel qu'ils contemplent dans
la gloire. Pas une Hostie où II ne demeure ; pas
une parcelle qui ne Le contienne tout entier 2 ;
chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez son sang, vous
n'aurez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit
mon sang a la vie éternelle. » Jean, vi, 54, 55.
1 « La foi catholique croit que les fidèles ont reçu et reçoivent
chaque jour le corps du Seigneur, sans que celui-ci soit di-
minué en quelque chose par la communion, sans même qu'il
puisse être diminué alors que le monde tout entier le recevrait
au même moment. Et la raison du prodige consiste en ce que
le corps du Christ n'est ni accru ni amoindri par la consécra-
tion d'un ou plusieurs pains et leur transsubstantiation. Quel
que soit en effet le nombre des hosties, consacrées et trans-
substantiées, le corps du Christ n'est pas multiplié ; il demeure
toujours le même, toujours unique... Il reste toujours un, il
persévère toujours dans son intégrité et sa perfection. »
S. Thom., Op. 58, c. 9.
2 « Le Christ est tout entier non seulement dans chacune des
hosties, mais encore dans chacune des parties perceptibles ou
sensibles de chaque hostie. Son corps tout entier, son vrai
corps immolé sur la croix se trouve très réellement et sub-
stantiellement dans l'Hostie. » S. Thom., Op. 58, c. 8.
l5û JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS l'eUCHARISTIE
pas un Sacrifice qui ne renouvelle celui du Cal-
vaire, et ne me livre, dans toute la réalité de son
divin Sacerdoce, le Prêtre qui s'immole et donne
la vie au monde.
Je peux parcourir tous les pays de l'univers :
partout je rencontrerai le Souverain Prêtre dres-
sant sa tente au milieu des hommes, en compa-
gnie de la divine Victime offrant perpétuellement
son Sacrifice.
Ce n'est pas là affaire de dévotion : c'est une
réalité qui s'impose ; c'est une vérité, la plus es-
sentielle de toutes, la plus consolante et la plus
sanctifiante. Si nous étions parfaitement animés
de cet esprit de foi, l'Eucharistie nous apparaî-
trait un mystère vivant qui serait la plus grande
joie de notre exil. Si nous nous habituions à voir
Jésus, en tant que Prêtre au Très Saint Sacre-
ment, et à rendre à son Sacerdoce les hommages
qui lui sont dus, nous répondrions à son plus
ardent désir et nous donnerions à son amour la
vraie réponse qu'il attend pour s'être constitué
dans l'Eucharistie notre Prêtre et notre Victime.
Noblesse oblige. Vivons pour accomplir le plus
beau et le plus impérieux de nos devoirs.
A Jésus, Prêtre et Victime,
toujours et universellement présent
dans l'Eucharistie
O Jésus, mon divin Prêtre,
qui Vous êtes enchaîné pour toujours
dans votre prison d'amour,
je m'y enferme avec Vous
pour Vous y tenir amoureusement compagnie.
O Jésus, mon adorable Victime,
qui par votre sacrifice perpétuel,
faites de tous les tabernacles
autant de calvaires
où Vous Vous immolez,
je veux m'unir à votre amour
et partager vos immolations.
La science de votre Sacerdoce
et la contemplation de votre état crucifié
feront mon bonheur.
J'y puiserai les ardeurs de mon amour.
J'y apprendrai à Vous aimer
Vous seul,
et à m'immoler à mon tour.
Soyez mon Prêtre, je serai votre hostie.
CHAPITRE SIXIÈME
De l'action continuelle du Prêtre
dans l'Eucharistie,
maintenant la Victime
dans son état d'immolation
CHAPITRE SIXIEME
De l'action continuelle du Prêtre
dans l'Eucharistie,
maintenant la Victime
dans son état d'immolation
« Comme il est toujours offert, il
est aussi le seul qui offre la Victime
par le ministère des Prêtres. 9
Conc. Trent., Sess. 22, c. 2.
Quoique Jésus ait été envoyé comme Prêtre
dans le monde uniquement pour offrir son divin
Sacrifice sur la Croix, Il demeure néanmoins
Prêtre dans les siècles des siècles. Il ne peut
rien perdre de son caractère sacerdotal, pas plus
que des divines efficacités de son Sacerdoce. Il
est Prêtre pour toujours : et parce que l'Incar-
nation Le constitue formellement et substan-
tiellement Prêtre \ et parce que, par voie de
conséquence, ce même Sacerdoce comporte une
1 « Tu es mon Fils, je t'ai engendré aujourd'hui... Tu es
Prêtre pour toujours selon l'ordre de Melchisédech. » Hébr.,
v, 5, 6.
l56 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS l'eUCHARISTIE
action sacerdotale aussi nécessaire que son es-
sence l.
Un Prêtre qui ne serait pas toujours Prêtre,
ne posséderait pas en Lui-même la perfection
essentielle du Sacerdoce. Un Prêtre qui demeu-
rerait inactif, et ne serait pas ordonné au Sacri-
fice, contredirait la notion même du Sacerdoce 2.
Si donc nous ne pouvons dénier à Jésus ni la
possession substantielle d'un Sacerdoce divin,
ni les opérations non moins nécessaires de son
caractère sacerdotal, nous devons admettre que
Jésus est Prêtre, non d'une manière provisoire,
mais Prêtre pour l'éternité. De même, nous de-
vons reconnaître que son Sacerdoce est toujours
en activité : et parce que cela tient à son essence,
et parce que la Victime qu'il a à sa garde et qu'il
tient sans cesse dans un état d'oblation et de sa-
crifice, exige son action directe et constante 3.
1 « L'essentiel est que nous avons un pontife qui s'est assis à
la droite du trône de la majesté divine dans les cieux... Mais
tout pontife étant établi pour offrir des oblations et des sacri-
fices, il est nécessaire que lui aussi ait quelque chose à
offrir. » Hébr., viii, l, 3.
2 « Tout pontife étant pris d'entre les hommes, est établi
pour eux, en ce qui concerne le culte de Dieu, afin qu'il offre
des dons et des sacrifices pour les fléchés. » Hébr., v, t.
3 « Quoique la passion et la mort du Christ ne doivent pas
se renouveler, cependant la vertu de cette hostie une fois
offerte subsiste éternellement. » S. Thom., III p., q. 22, a. 5,
ad 2.
ACTION DU PRÊTRE SUR LA VICTIME l57
En considérant ces sublimités du Sacerdoce
en Jésus, nous allons pénétrer dans l'essence
même de son état eucharistique, et nous allons
Le contempler dans la perpétuité de son éternel
caractère et dans les efficacités continues de ses
opérations sacerdotales. Nous devrons nécessai-
rement en acquérir une science plus complète
de Jésus Prêtre et Victime, et nous compren-
drons, dans une nouvelle lumière, que ce qu'il y
a de plus beau, de plus grand, de plus néces-
saire, de plus essentiel et de plus divinement
opérant en Jésus, c'est son Sacerdoce.
Dès lors, son Sacerdoce doit être l'objet prin-
cipal de nos études et de nos investigations.
Nous ne le considérerons pas d'une manière
simplement abstraite et théorique, mais nous
le ferons revivre dans l'Eucharistie, nous ne le
séparerons jamais de son existence sacramen-
telle, et nous n'aurons qu'à croire à sa présence
au Très Saint Sacrement pour immédiatement
L'adorer et L'aimer comme Prêtre, l'unique Prê-
tre du temps et l'unique Prêtre de l'éternité.
I. — L'action directe et constante
du Prêtre sur la Victime, dans l'Eucharistie
Pour supposer une action interrompue et in-
termittente du Souverain Prêtre sur la Victime,
l58 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
dans l'Eucharistie, il faudrait admettre, ou que
l'un ou l'autre cesse à un moment d'y exister et
brise ainsi leurs relations essentielles, ou que le
pouvoir du Prêtre, manquant de puissance et
d'efficacité, ait besoin de se renouveler pour en-
trer de nouveau en exercice.
Or, Jésus a été constitué essentiellement Prê-
tre et Victime à l'origine1. Son caractère sacer-
dotal est éternel, son état de Victime ne l'est pas
moins. Ils ne peuvent rompre leurs relations
réciproques, sans toucher à la nature de leur
propre existence. Ce qui revient à dire que Jésus
est Prêtre parce qu'il est Victime, et qu'il est
Victime parce qu'il est Prêtre ; ou, en d'autres
termes, que Jésus n'est Prêtre que pour la Vic-
time, et qu'il n'est Victime que pour le Prêtre.
La notion essentielle du Sacerdoce en Jésus
ne se peut comprendre que par l'existence de la
mission qu'il est venu accomplir, laquelle est
l'immolation de la Victime. En attendant le Sa-
crifice suprême, Jésus exerce son Sacerdoce par
l'oblation ininterrompue de la Victime. Il ne
1 « Le Christ dit en entrant dans le monde : « Vous n'avez
voulu ni sacrifice, ni oblation, mais vous m'avez formé un
corps. Alors j'ai dit : Me voici, je viens, ô Dieu, pour faire votre
volonté... C'est en vertu de cette volonté que nous sommes
sanctifiés par Yoblation que Jésus-Christ a faite, une fois pour
toutes, de son propre corps. » Hébr., x, 6, 7, 10.
ACTION DU PRÊTRE SUR LA VICTIME l59
perd point contact avec elle, et II la maintient
constamment dans l'état dans lequel II l'a reçue,
comme dans 1 état dans lequel II la sacrifiera.
Lorsqu'il l'aura immolée, elle restera sa Vic-
time et II demeurera son Prêtre ; sinon, ni le
Prêtre ni la Victime ne seraient éternels. Leur
essence étant de demeurer unis, sans qu'il soit
jamais rien changé à leur caractère réciproque,
Jésus sera encore et toujours Prêtre et Victime
sous quelque forme qu'il demeure, rien en Lui
ne pouvant subir une altération ou une modifi-
cation quelconque.
Il est donc absolument vrai que, dans l'Eucha-
ristie, Jésus Prêtre ne peut rester inactif, et que
son action va droit à la Victime. Cette action est
directe et immédiate, rien ne pouvant s'inter-
poser entre le Prêtre et la Victime. C'est comme
une communication d'essence à essence, sans la
moindre possibilité d'altération de part et d'autre.
II. — Le caractère de l'action sacerdotale
de Jésus, dans l'Eucharistie, en rapport
avec l'état d'immolation de la Victime
L'action directe qu'exerce Jésus auprès de la
Victime dans l'Eucharistie, ne peut être, comme
nous l'avons vu, qu'une action sacerdotale, rien
l60 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
autre ne pouvant correspondre à la réalité de sa
présence sacramentelle.
Cette action toutefois, ne peut être indiffé-
rente ; elle est imposée au Prêtre par la nature
de l'état dans lequel se trouve la Victime. Sans
revenir sur ce que nous avons déjà dit, de la na-
ture des opérations sacerdotales de Jésus, qui
se tire de la notion et de l'essence même du Sa-
cerdoce, nous devons constater que l'état de la
Victime influe considérablement sur les déter-
minations et les actions du Prêtre.
Jésus s'est fait Eucharistie sous la forme du
Sacrifice. Le temps ne changera rien à cette vo-
lonté formelle du divin Sacrificateur. Le Prêtre
Eternel n'accomplira les mêmes rites essentiels,
par l'intermédiaire de ses Prêtres, que dans la
pensée première qui a présidé à l'Institution du
Sacrement. La Victime n'y prendra naissance
que dans l'état d'immolation où l'a établie le pre-
mier Sacrifice. Ceci appelle une action du Prêtre
en harmonie avec l'état de la Victime.
Si, par impossible, l'action de Jésus comme
Prêtre pouvait s'exercer sur la Victime simple-
ment sous forme ou d'adoration, ou d'action de
grâces, ou de toute autre manière, parce que
la Victime n'en réclamerait point d'autre, il ne
peut pas en être ainsi maintenant, puisque la
ACTION DU PRÊTRE SUR LA VICTIME l6l
Victime eucharistique n'existe que dans un état
d'immolation perpétuelle. Elle a donc recours à
son divin Sacrificateur qui seul peut l'immoler
et la maintenir dans cet état.
L'action du Prêtre sur elle est commandée par
son Sacrifice. Si cette action disparaissait, la na-
ture de la Victime disparaîtrait également. Ce
serait l'anéantissement du Sacrement. Nous ne
pouvons donc concevoir un autre mode d'action
du Souverain Prêtre auprès de la divine Victime
de l'Eucharistie, que celui d'une intervention
permanente du Sacrificateur offrant et immolant
sa Victime.
Cette considération est propre à nous faire
apprécier davantage le bienfait de l'Eucharistie.
Car, de même qu il n'y a pas de plus grand
amour que de donner sa vie pour ceux qu'on
aime, il n'y a pas possibilité d'imaginer un mode
d'existence eucharistique qui parle plus d'amour
et de miséricorde que celui qui nous donne en
permanence le Prêtre- Victime dans l'exercice de
son Sacrifice et de son état d'immolation.
De la Cène, allons au Calvaire ; du Calvaire,
allons au Tabernacle, approchons-nous du Prêtre
qui y réside et nous Le verrons offrant toujours
la divine Victime de son perpétuel Sacrifice.
L'amour que nous Lui aurions donné au ban-
l62 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
quet du Cénacle et au pied de la croix, repor-
tons-le sur l'Hostie de nos louanges et de nos
adorations *.
Amour éternel à Jésus Prêtre et Victime dans
l'Eucharistie !
III. — L'activité continuelle du Sacerdoce
de Jésus dans l'Eucharistie,
conséquence de l'état permanent
du Prêtre et de la Victime
Du fait que l'état de Jésus dans l'Eucharistie
est un état de Sacrifice qui ne sera jamais inter-
rompu jusqu'à la fin du monde, cela suppose
une action sans cesse renouvelée de son Sacer-
doce.
Lorsque saint Pierre célébra la première Messe,
— probablement au Cénacle, — il le fit par la
même puissance sacerdotale que Jésus lui avait
conférée et il offrit exactement le même Sacri-
fice. A sa suite, les Apôtres et tous les Prêtres
du monde, agissant au nom de Jésus et par
1 « Soyez donc des imitateurs de Dieu, comme des en-
fants bien-aimés... à l'exemple du Christ qui nous a aimés
et s'est livré lui-même à Dieu pour nous comme une oblation
d'agréable odeur. » Ephés., v, 2.
ACTION DU PRÊTRE SUR LA VICTIME l63
l'efficacité de son Sacerdoce, ont appelé Jésus
sur les autels et L'ont offert en Victime. La ré-
pétition du rite sacré, sous l'influence de leur
caractère sacerdotal, a opéré et opère tous les
jours les mêmes merveilles.
Jésus ne peut plus se soustraire à leur vo-
lonté ni enchaîner leur puissance ; mais eux ne
peuvent rien faire sans Lui, et s'ils multiplient
les victimes sur tous les autels du monde, c'est
qu'il continue Lui-même, par leur intermédiaire,
d'exercer son propre Sacerdoce et de maintenir
l'Hostie de son Sacrifice dans la permanence de
sa présence eucharistique *.
C'est Lui qui parlera par ses Prêtres ; c'est
Lui qui leur communiquera le pouvoir de Le
faire descendre du ciel ; c'est Lui qui donnera
à leur Sacrifice son efficacité divine ; c'est Lui
qui érigera partout de nouveaux Calvaires ; c'est
Lui qui prendra dans ses mains sacerdotales la
Victime du salut, pour l'offrir dans de perpé-
tuelles supplications ; c'est Lui qui s'enfermera
dans sa prison d'amour, pour y adorer en silence
son divin Père ; c'est Lui qui invitera les foules
à s'approcher pour participer au banquet de la
1 « Comme II est toujours offert, Il est aussi le seul qui offre
la Victime par le ministère des Prêtres. » Conc. Trent., Sess.
22, c. 2.
164 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS l/EUCHARISTIE
vie éternelle ; c'est Lui qui se choisira des âmes
privilégiées pour Lui tenir compagnie et la nuit
et le jour ; c'est Lui qui de son réduit solitaire
éclairera les intelligences, réchauffera les cœurs
et affermira les volontés ; c'est Lui qui sans par-
ler et sans se mouvoir dirigera tous les événe-
ments du monde et gouvernera l'univers.
Aidé de la Victime sainte qu'il tient à sa dis-
position, Il fera couler dans l'humanité des flots
de grâces et de pardons. Il l'immolera tous les
jours sur tous les points du globe, et le Sacrifice
du salut éternel ne sera jamais interrompu dans
l'exil, pas plus que le Sacrifice de l'éternelle glo-
rification divine ne l'est dans la Patrie.
Ah ! qu'ils sont resplendissants ces rites im-
mortels qu'accomplit le Souverain Prêtre ! Qu'ils
sont ruisselants les autels du Sacrifice où coule
sans cesse le sang de la divine Victime ! Qu'ils
sont mystérieusement éloquents ces Tabernacles
solitaires où se renferme le Prêtre Eternel, gar-
dien de l'Hostie de son Sacrifice !
Qu'ils sont suppliants, vos appels, ô Jésus,
notre Prêtre, qui rêvez de nous révéler les su-
blimités de votre Sacerdoce dans l'Eucharistie !
Qu'elles sont attrayantes les beautés que Vous
nous faites entrevoir, dans l'adoration de votre
existence sacramentelle ! Qu'ils sont divinement
ACTION DU PRÊTRE SUR LA VICTIME l65
délicieux ces colloques intimes auxquels nous
convie votre présence eucharistique ! Qu'elles
sont consumantes ces ardeurs divines que l'a-
mour de votre Sacerdoce allume dans notre
cœur ! '
La science et l'amour de Jésus Prêtre et Vic-
time dans l'Eucharistie, voilà désormais la grande
passion de notre vie! Voilà notre ciel sur terre !
IV. — Harmonie divine
entre le Prêtre et la Victime
dans l'Eucharistie
Pour avoir une juste intelligence des senti-
ments qui animent le Prêtre et la Victime dans
l'Eucharistie, il faut nous reporter à l'origine de
leur entrée dans l'humanité et considérer les
raisons fondamentales de leur venue.
Le Prêtre n'a été envoyé que pour offrir un
Sacrifice, et II aime divinement la Victime qu'il
est chargé d'immoler. La Victime n'a été cons-
tituée qu'en vue de ce Sacrifice, et elle aime
1 « Que vos tabernacles, Seigneur, sont aimables. Mon âme
désire ardemment être dans la maison du Seigneur. Mon
cœur et ma chair brûlent d'une ardeur pleine de joie pour le
Dieu vivant. Heureux ceux qui demeurent dans votre maison,
Seigneur ; ils vous loueront dans tous les siècles. » Ps. 83, 1-5.
166 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS l'eUCHARISTIE
avec non moins d'ardeur son divin Sacrificateur.
Leur amour se confond dans une identique mis-
sion, et ils vivent l'un pour l'autre, comme à
l'heure du Sacrifice ils s'immoleront l'un par
l'autre, le Prêtre s'emparant de la vie de la Vic-
time et la Victime entraînant le Prêtre à mourir
avec elle.
Leur action réciproque de l'un sur l'autre, est
l'effet tout naturel de leur commune mission.
Une fois cette mission accomplie, leurs senti-
ments d'intime union demeurent ; et si un nou-
vel état survient où ils soient appelés à renou-
veler leur commun Sacrifice, le Prêtre exercera
avec le même amour son autorité sur la Victime
et la Victime se prêtera avec la même tendresse
à l'office du Sacrificateur. L'Eucharistie nous
assure donc le même et perpétuel échange de
charité divine entre le Prêtre et la Victime. Tous
deux revivront pour s'aimer, et ils s'aimeront
pour se sacrifier.
Ce qui ajoute encore en Jésus à cet accord
substantiel de sentiments et de dispositions en-
tre le Prêtre et la Victime, c'est le divin motif
pour lequel ils ont été constitués dans leur état
réciproque, à savoir la glorification divine et
leur mission rédemptrice. Leur mutuel amour
s'est allumé au foyer de l'éternelle charité, et il
ACTION DU PRÊTRE SUR LA VICTIME 167
est sans cesse alimenté par la contemplation de
la gloire de Dieu qu'ils sont venus restaurer
dans le monde. Cet amour ne connaîtra pas plus
de limites que n'en a la glorification infinie de
Celui pour la gloire duquel ils existent.
Et comme leur mission ne se peut réaliser que
dans le Sacrifice qui doit couronner leur amour,
ils aspirent sans cesse à s'immoler. Ces désirs
d'immolation ravivent la charité qui les brûle,
et c'est dans un échange sublime de zèle et
d'amour qu'ils s'offrent pour le salut du monde.
Ces sentiments ne quittent pas plus le Prêtre
et la Victime dans l'état eucharistique que dans
le cours de leur vie terrestre. S'ils y prolongent
leur mission, c'est encore pour la même fin ; s'ils
y renouvellent leur Sacrifice, c'est toujours en
vue de la même glorification divine et en faveur
de l'humanité. Aucun autre motif ne les y tient
enchaînés ; mais ces chaînes, qu'ils se sont eux-
mêmes forgées, ils les aiment et s'en font un
trophée de gloire personnelle pour ne jamais dé-
serter la prison d'amour où ils se sont enfermés.
Les siècles passeront, mais le Prêtre Eternel,
qui s'est fait Eucharistie, parcourra le monde et
ira jusqu'aux extrémités de la terre pour, d'ac-
cord avec la divine Victime, offrir le grand Sa-
crifice de l'amour et en appliquer les divines
l68 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
efficacités par sa présence perpétuelle partout où
il y aura une petite Hostie pour L'abriter.
Harmonie sublime d'amour et de sacrifice prê-
chant au monde la loi de l'éternelle charité et
appelant les âmes à brûler des mêmes feux et
à se consumer, à leur tour, pour le Prêtre fait
Sacrement et pour la Victime qui y est immolée.
A Jésus, Prêtre- Victime dans l'Eucharistie,
gloire, amour et reconnaissance, sur la terre par
les justes qui croient et qui souffrent, au ciel par
les saints qui ont cru et qui jouissent.
A Jésus, Prêtre et Victime,
vivant d'amour mutuel dans l'Eucharistie
O Jésus,
divin Prêtre Sacrificateur
de votre tendre Victime,
et Victime amoureusement livrée
à votre pouvoir sacerdotal,
qui dira les sublimes efjusions
de votre mutuel amour!
Vous vous aimez,
parce que vous êtes nécessaires
l'un à l'autre.
Vous êtes inséparables,
parce que votre mission est unique
comme votre Sacrifice.
Ah ! que ne puis-je partager vos joies
et m'associer a vos peines.
Votre Sacerdoce me ravit,
vos immolations m'attirent.
Si je ne puis me consumer d'amour,
je serai au moins votre victime.
Daignez m'embraser des feux
qui vous brûlent,
et m'accorder la grâce de m'immoler
pour vous.
CHAPITRE SEPTIÈME
De l'amour dû à Jésus
en sa qualité de Prêtre
et de Victime dans l'Eucharistie
CHAPITRE SEPTIEME
De l'amour dû à Jésus en sa qualité
de Prêtre et de Victime
dans l'Eucharistie
« Nous avons été sanctifiés par
l'oblation du corps de Jésus-Christ.
Approchons-nous de lui avec un
cœur sincère. »
Hêbr., X, 10, 22.
Jésus est venu pour révéler la charité divine
dont II est embrasé l et pour gagner notre cœur à
L'aimer uniquement et par-dessus toute chose2.
Personne ne peut avoir une intelligence quel-
conque du mystère de l'Incarnation et de sa
mission rédemptrice sur cette terre, sans com-
prendre qu'il doit de la reconnaissance et de
l'amour à Celui qui est venu le sauver3. Ce de-
1 « Je suis venu jeter un feu sur la terre et que veux-je, si-
non qu'il s'allume. » Luc, xn, 49.
2 « Voici le premier de tous les commandements : Tu aime-
ras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, et de toute ton âme,
et de tout ton esprit, et de toute ta force. » Marc, xh, 29, 3o.
3 « Le Fils est le Verbe, non pas un Verbe quelconque, mais
le Verbe qui produit l'amour. C'est la pensée de saint Au-
Î74 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L EUCHARISTIE
voir est le premier et le plus essentiel de tous ;
tous les autres n'auraient pas de valeur s'ils
n'étaient vivifiés par celui-là l.
Le catéchisme nous apprend que c'est pour
cela que nous sommes créés et mis au monde 2 ;
la théologie nous enseigne qu'il ne peut y avoir
de vertu surnaturelle sans qu'elle soit informée
par l'amour 3. De sorte qu'en toute vérité nous
gustin quand il dit (De Trin., 1. 9, c. 10) : « Le Verbe que nous
nous efforçons de faire comprendre est une connaissance unie
à l'amour. » Le Fils n'est donc pas envoyé dans le but de per-
fectionner l'intelligence de toutes les manières, mais dans le
dessein de la préparer à produire des sentiments d'amour. »
S. Thom., I p., q. 43, a. 5, ad 2.
1 « Quand je parlerais les langues des hommes et des anges,
si je n'ai pas la charité, je suis comme un airain sonnant
ou une cymbale retentissante. Et quand j'aurais le don de pro-
phétie, que je pénétrerais tous les mystères et que je possé-
derais toutes les sciences ; quand j'aurais même toute la foi
possible, jusqu'à transporter des montagnes, si je n'ai pas la
charité, je ne suis rien. Et quand je distribuerais tous mes
biens pour nourrir les pauvres, quand je livrerais mon corps
aux flammes, si je n'ai pas la charité, tout ce'a ne me sert de
rien. » I Cor., xiii, i-3.
2 Saint Thomas ne fait que démontrer cette vérité essentielle
quand il dit : « La fin de la vie spirituelle, c'est cette union de
l'homme avec Dieu qui est produite par la charité. Tout ce
qui regarde la vie spirituelle tend à cela comme à sa fin. D'où
l'Apôtre dit (I Tim., i, 5) : « La fin des commandements, c'est la
charité qui naît d'un cœur pur, d'une bonne conscience et d'une
foi sincère. » S. Thom., II II, q. 44, a. 1.
3 « Comme il est évident que c'est par la charité que les
actes de toutes les autres vertus se rapportent à leur fin der-
nière, il s'ensuit que c'est elle qui donne à tous ces actes leur
AMOUR DU A JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME 175
ne pouvons ni vivre d'une vie surnaturelle, ni
nous sanctifier, ni nous sauver, sans l'amour l.
En outre, notre amour ne doit pas s'adresser
à la Divinité d'une manière confuse et indéter-
minée. Nous aimons Dieu, parce qu'il est l'Etre
nécessaire, éternel, infiniment parfait, se suf-
fisant pleinement à lui-même 2 ; nous l'aimons
parce qu'il est notre créateur et notre fin der-
nière 3 ; nous l'aimons parce qu'il s est fait notre
forme, et que pour ce motif on l'appelle la forme des vertus.
Car les vertus elles-mêmes ont la même forme que leurs actes.»
S. Thom., II II, q. 23, a. 8.
1 « Si vous m'aimez, observez mes commendements... Celui
qui a mes commandements et les garde est celui qui m'aime ;
et celui qui m'aime sera aimé par mon Père, et je l'aimerai et
je me manifesterai à lui... Celui qui ne m'aime pas ne gardera
pas mes paroles. » Jean, xiv, i5, 21, 24.
A ces paroles du Maître, ajoutons celles du disciple, dans sa
première épître (iv, 7, 8, 16 ; v, 3) : « L'amour pour Dieu con-
siste à garder ses commandements... La charité est de Dieu, et
quiconque aime est né de Dieu, et il connaît Dieu. Celui qui
n'aime point ne connaît pas Dieu ; car Dieu est charité... et
celui qui demeure dans la charité demeure en Dieu, et Dieu
en lui. »
2 « Dieu qui a fait le monde et tout ce qu'il renferme, étant
le Seigneur du ciel et de la terre... n'est pas honoré par les
ouvrages de la main des hommes, comme s'il avait besoin de
ses créatures, lui qui donne à tous la vie, la respiration et
toutes choses... C'est en lui que nous avons la vie, le mouve-
ment et l'être. » Act., xxvii, 24, 25, 28.
3 « Il faut que celui qui s'approche de Dieu croie qu'il existe
et qu'il est le rémunérateur de ceux qui le cherchent. » Hébr.,
xi, 6.
I76 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS l'eUCHARISTIE
Libérateur et qu il a payé à notre place la dette
que nous avons contractée par nos péchés l.
Et ici, l'objet de notre amour se concrète dans
la Personne de Jésus, le Verbe incarné et le
Sauveur du monde 2. Il est devenu pour tous les
hommes la manifestation substantielle de la Di-
vinité 3. Le servir et L'adorer, c'est rendre à Dieu
les hommages que nous lui devons. Il s'est dé-
claré l'envoyé de son Père, qui, par un excès
d'amour, nous a livré son Fils 4 ; L'aimer, c'est
1 « Je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m'a aimé et s'est
livré lui-même pour moi. » Gal., ii, 20. — « Nous savons que
nous sommes de Dieu... que le Fils de Dieu est venu, et qu'il
nous a donné l'intelligence afin que nous connaissions le vrai
Dieu et que nous soyons en son vrai Fils. C'est lui qui est le
vrai Dieu et la vie éternelle. » I Jean, v, 20.
1 « Notre charité est grandement enflammée par ce mystère
(de l'Incarnation). « Pourquoi principalement, dit saint Au-
gustin, Dieu nous a-t-il envoyé son Fils, sinon pour nous mon-
trer l'amour qu'il nous porte. Si nous ne l'aimions pas aupa-
ravant, pouvons-nous ne pas lui rendre amour pour amour ? »
S. Thom., III p., q. 1, a. 2.
3 « Dieu, dans ces derniers temps nous a parlé par le Fils
qu'il a établi héritier de toutes choses et par lequel il a aussi
créé le monde. Ce Fils qui est le rayonnement de sa gloire,
V empreinte de sa substance, et qui soutient toutes choses par
la puissance de sa parole, après avoir opéré la purification de
nos péchés, s'est assis à la droite de la majesté divine au plus
haut des cieux. » Hébr., i, 2, 3.
* « Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné son Fils
unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais
qu'il ait la vie éternelle. » Jean, m, 16.
AMOUR DU A JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME I77
aimer Dieu en Lui, c'est L'aimer comme L'aime
son divin Père *. Il a hautement proclamé que
l'amour seul L'avait fait descendre du ciel et
que ce même amour Lui ferait donner sa vie
pour nous 2 ; Lui rendre amour pour amour, c'est
répondre pleinement à ses divines avances et à
ses miséricordes infinies 3.
Mais pour donner à notre amour son véritable
caractère et lui fournir un objet adéquat corres-
pondant à la nature même de l'amour divin, tel
que Jésus nous l'a exprimé, il nous faut consi-
dérer les titres essentiels auxquels Jésus a droit
d'être aimé : ces titres ne sont autres que ceux
du Prêtre et de la Victime. C'est en tant que
Prêtre qu'il est venu et nous a sauvés ; c'est en
tant que Victime qu'il a offert le Sacrifice du
salut 4.
1 « Quiconque croit que Jésus est le Christ est né de Dieu,
et quiconque aime celui qui a engendré aime aussi celui qui
a été engendré. » I Jean, v, 1.
2 « Personne ne peut avoir un plus grand amour que de
donner sa vie pour ses amis. » Jean, xv, i3. — « Je suis le
bon pasteur et je donne ma vie pour mes brebis. » Jean, x,
14, 15.
3 « Aimons donc Dieu, puisqu'il nous a aimés le premier. »
I Jean, iv, 19.
4 « Jésus-Christ, le pontife des biens futurs, étant venu
dans le monde, c'est avec son propre sang qu'il est entré une
fois pour toutes dans le saint des saints, après nous avoir ac-
quis une rédemption éternelle. » Hébr., ix, 11, 12.
I78 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
Si nous n'aimions Jésus sous ce double aspect,
notre amour porterait presque à faux, du fait
que nous ne pouvons connaître Jésus tel qu'il
est et L'aimer en conséquence, que dans la me-
sure où nous Le connaissons et L'aimons en ce
qui Le constitue essentiellement : son Sacerdoce
et son état de Victime 1.
Tout autre amour peut être un amour de sim-
ple dévotion, mais ne repose pas sur des bases
suffisantes de vérité. Tout au moins, il ne peut
être un amour tel que Jésus le réclame de
nous ; puisque c'est uniquement par le carac-
tère et l'exercice de son Sacerdoce qu II a acquis
des droits spéciaux et imprescriptibles à notre
amour.
En reportant dans l'Eucharistie tout l'amour
de l'Incarnation, tout l'amour de la vie, de la
passion et de la mort du Sauveur, nous y retrou-
vons tout l'amour de Jésus Prêtre et Victime. Et
puisque c'est dans ce Sacrement adorable seul
que nous Le possédons en personne, c'est là que
nous devons L'honorer, c'est dans cette qualité
qui Lui est essentielle que nous devons L'étu-
dier ; c'est à ce titre que nous devons principa-
1 « Il n'y a rien de plus puissant pour nous provoquer à ai-
mer Dieu, que de voir le Verbe de Dieu, par qui tout a été fait,
assumer notre propre nature pour la réparer, étant en même
temps Dieu et homme. » S. Thom., Op. 3, c. 5.
AMOUR DU A JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME 179
lement L'aimer et venir puiser la charité qui
donnera à notre vie son véritable caractère de
sainteté.
Persuadons-nous que cet amour rendu à Jésus
dans l'Eucharistie, en tant qu'il y est Prêtre et
Victime, n'est ni facultatif ni le caractère d'une
perfection spéciale, mais qu'il est un devoir uni-
versel et que Jésus l'attend de tous.
I. — A la présence permanente
du Prêtre et de la Victime
dans l'Eucharistie
correspond notre foi
Jésus est là ! C'est de foi ; nous le croyons '.
Jésus est là comme Prêtre ; nous en avons la
même garantie. Jésus est là comme Victime ;
notre certitude est la même. Si nous étions in-
terrogés sur ces vérités, nous répondrions avec
assurance. Si nous devions fournir des preuves
de notre foi, nous en apporterions probable-
ment d'incomplètes ; et cela, parce que nous
nous contentons trop facilement de croire va-
guement à la présence sacramentelle de Jésus,
1 « C'est un dogme donné aux chrétiens, que le pain est
changé en la chair du Christ et le vin en son sang. » S. Thom.,
( La ud 'a Sion).
l80 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
sans réfléchir à l'état pourtant bien caractérisé
dans lequel II s'y trouve.
Notre foi, pour être éclairée, doit considérer
Jésus tel qu'il est et approfondir les conditions
essentielles de sa présence. Nous ne possé-
dons pas dans l'Eucharistie un Jésus diminué et
amoindri l. A moins de L'y reconnaître comme
Prêtre et comme Victime, nous nous forgerions
une conception de Jésus qui ne correspondrait
pas complètement à la réalité. Mais cette foi ne
doit pas rester pratiquement dans le vague et
l'imprécis ; elle doit être agissante, actuelle, pro-
fonde, constante.
Jésus y est constamment Prêtre et Victime ;
Il y a donc droit à être reconnu comme tel. Nos
hommages et nos adorations doivent porter ce
caractère. Il nous faut penser à cette vérité in-
discutable, lorsque nous nous présentons devant
Lui ; nous devons fixer notre attention sur la
nature même de ce mystère ; nous devons for-
muler des actes précis de foi en la présence sa-
1 « Nous croyons fermement et nous tenons pour vrai que le
vrai corps de Jésus-Christ existe sous ce Sacrement d'une ma-
nière véritable et essentielle, le même numériquement qu'il
est né de la Vierge, qu'il a souffert sur la croix, qu'il est res-
suscité le troisième jour d'entre les morts, qu'il est monté au
ciel et qu'il s'est assis à la droite du Père tout-puissant. »
S. Thom., Op. 58, c. 11.
AMOUR DU A JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME l8l
cerdotale de Jésus l ; nous devons réfléchir que
Jésus n'y peut demeurer ainsi que dans un état
de véritable immolation 2.
A cette condition seule, les desseins de Jésus,
en se faisant Sacrement, produiront leur effet
dans nos âmes et nous rendront des adorateurs
tels qu II en désire. Cette foi intelligente et pra-
tique deviendra ainsi le fondement et la raison
de notre amour.
II. — A l'amour immense de Jésus
Prêtre et Victime dans l'Eucharistie
correspond notre amour
Croire en Jésus, c'est le principe ; aimer Jésus,
c'est la conséquence. Il est en effet difficile d'ai-
mer beaucoup un être que l'on ne connaît qu'im-
parfaitement3. C'est pourquoi nous avons tenu à
1 « La volonté ne peut se porter vers Dieu d'un amour par-
fait, si l'intellect n'a pas en lui la foi qu'il doit avoir.» S. Thom.,
II II, q. 4, a. 7, ad 5.
2 « Le corps entier de Jésus-Christ est véritablement et sub-
stantiellement dans l'Eucharistie tel qu'il fut immolé sur la
croix, de même qu'il est très vrai que l'âme est tout entière
dans tout le corps et dans chacune de ses parties. » S. Thom.,
Op. 58, c. 8.
3 « On ne peut aimer ce qu'on ne connaît pas ; Yamour est le
terme de la connaissance. » S. Thom., II II, q. 27, a. 4, ad 1.
182 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS l'eUCHARISTIE
établir, dans le paragraphe précédent, la réalité
et les raisons de notre foi.
Toutefois, de même qu'une connaissance vague
de Jésus ne rend pas notre foi ferme et vigou-
reuse, une connaissance froide et simplement
raisonnée ne produit qu'un amour imparfait *.
Pour bien connaître Jésus et L'aimer comme
nous devons L'aimer, il est donc indispensable
d'avoir de son amour une science parfaite.
Ne considérer que les actes de Jésus, sans
1 Quoique nous ne puissions arriver au parfait amour de
Dieu que quand nous le verrons face à face et le connaîtrons
tel qu'il est, comme s'exprime saint Jean (I Jean, m, 2), le Doc-
teur angélique explique toutefois comment nous pouvons ici-
bas aimer Dieu totalement. « Puisque l'amour, dit-il, se conçoit
comme un milieu entre le sujet qui aime et l'objet aimé, quand
on se demande si Dieu peut être aimé totalement, cette ques-
tion peut s'entendre de trois manières : 1° Le mot totalement
peut se rapporter à l'objet aimé. Dans ce sens on doit aimer
Dieu totalement, parce que l'homme doit aimer tout ce qui
appartient à Dieu. 2° On peut entendre que le mot totalement
se rapporte au sujet qui aime. De la sorte on doit encore ai-
mer Dieu totalement, parce que l'homme doit aimer Dieu de
tout son pouvoir, et il doit rapporter à son amour tout ce qu'il
possède, d'après ces paroles de la Loi (Deut., vi, 5) : « Vous
aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur. » 3° On
peut l'entendre selon le rapport du sujet qui aime avec l 'ob-
jet aimé, c'est-à-dire de façon que le mode de celui qui aime
égale le mode de la chose aimée, ce qui ne peut avoir lieu.
Car, puisque chaque être est aimable en proportion de sa
bonté, Dieu, dont la bonté est infinie, est infiniment aimable.
Or, aucune créature ne peut aimer Dieu infiniment, parce que
dans la créature toute puissance naturelle ou infuse est finie. »
S. Thom., II II, q. 27, a. 4.
AMOUR DU A JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME 1 83
connaître l'intention qui les a inspirés, serait
leur enlever ce qui avant tout peut nous en don-
ner l'intelligence. Etudier en Jésus ses divines
perfections, sans les associer nécessairement à
son éternelle charité, serait n'en avoir qu'une
science incomplète. Adorer Jésus dans ses mys-
tères et laisser dans l'ombre le motif détermi-
nant de ses actions divines, serait se priver du
plus puissant moyen de les comprendre et d'y
correspondre.
Or, l'amour, en Jésus, est l'esprit qui Le vi-
vifie et nous Le représente dans toute la réalité
et toute la perfection de sa Personne adorable *.
Tant que nous n'avons pas pénétré dans son
cœur, pour connaître l'ardeur de sa charité di-
vine, nous nous condamnons à une ignorance
forcée de ses perfections essentielles et à une
incompréhension inévitable de sa mission de
Prêtre et de Victime 2.
L'amour seul, en effet, poussé à ses extrêmes
limites, peut nous révéler Jésus dans toute sa
splendeur et sa beauté. Ne pas le comprendre,
serait un grand malheur, car ce serait ignorer
1 « Comme mon Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés. »
Jean, xv, 9.
2 « Celui qui n'aime point ne connaît pas Dieu ; car Dieu
est charité. » I Jean, iv, 8.
I84 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS LEUCHARISTIE
le principe vital qui a fait de Jésus notre Prêtre
et notre Victime.
Jésus est Prêtre, et son amour est un amour
essentiellement sacerdotal. Jésus est Victime,
et son amour est un amour essentiellement im-
molé. La seule constatation de l'amour en Jésus,
jette un jour lumineux sur tout ce qu'il a dit
et tout ce qu'il a fait. En avoir l'intelligence,
c'est comprendre tout Jésus, et c'est donner à
Jésus, en tant que Prêtre et Victime, son véri-
table et essentiel caractère '.
Voilà pourquoi, en considérant l'amour de
Jésus dans l'Eucharistie, il nous est plus facile
d'avoir l'intelligence de son Sacerdoce et de son
Sacrifice. Nous sommes forcés de reconnaître
que dans ce Sacrement ineffable II nous prouve
plus d'amour encore que dans l'exercice de ses
fonctions sacerdotales pendant sa vie et à sa
mort, par le fait de cet état nouveau qu'il a em-
brassé et auquel II n'était pas tenu, et de la du-
rée indéfinie de son existence sacramentelle.
Est-il possible vraiment de considérer ces vé-
rités, de constater un tel mystérieux amour et
d'en entrevoir la prolongation jusqu'à la fin du
monde, sans en être impressionné et sans éprou-
1 « Nous avons connu X amour de Dieu à notre égard en ce
qu'il a donné sa vie pour nous. » I Jean, m, 16.
AMOUR DU A JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME l85
ver un besoin intime de vouloir rendre à Jésus
autant d'amour qu'il nous en a donné ! Nous
pouvons ne pas nous croire appelés à faire de
grands sacrifices, mais nous ne pouvons pas ne
pas aimer l. Nous pouvons négliger bien des oeu-
vres extérieures de zèle, mais nous ne pouvons
ralentir les ardeurs de notre amour *. Nous pou-
vons ne pas exceller dans toutes les vertus, mais
nous devons tendre incessamment à un accrois-
sement continu d'amour3. Nous pouvons sacri-
fier bien des dévotions et des formes diverses
de piété, mais jamais nous n'aurons le droit, et
sous aucun prétexte, de diminuer notre amour
au profit d'une spiritualité quelconque i.
Il n'y a qu'un Jésus, et c'est le Jésus de
1 « Mais surtout ayez la charité qui est le lien de la perfec-
tion. » Col., m, 14.
2 « Veillez, demeurez fermes dans la foi, agissez courageuse-
ment, et fortifiez-vous. Que toutes vos œuvres se fassent dans
la charité. » I Cor., xvi, i3, 14. — « La charité du Christ nous
presse. » II Cor., vu, 14.
3 « Pratiquant la vérité dans la charité, croissons de toutes
manières en Jésus-Christ, notre chef. » Ephés., iv, i5.
4 « Marchez dans la charité, à l'exemple du Christ qui nous
a aimés et s'est livré pour nous. » Ephes., v, 2. — « Je de-
mande à Dieu que votre charité croisse de plus en plus en
lumière et en toute intelligence. » Philip., i, 9. — « Tout me
semble perte au prix de Yéminente science de Jésus-Christ
mon Sauveur, pour l'amour duquel je me suis privé de toutes
choses, les regardant comme du fumier, afin de gagner Jésus-
Christ. » Philip., iv, 8.
l86 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS l'eUCHARISTIE
l'amour; ne Le déformons pas. Il n'y a qu'un
Jésus d'amour, et c'est Jésus Prêtre et Victime ' ;
ne Lui enlevons ni son caractère ni sa gloire. Il
n'y a qu'un Jésus Prêtre et Victime, et c'est le
Jésus de l'Eucharistie2 ; conservons-Lui son au-
réole et vivons dans les clartés lumineuses de sa
présence d'amour au Très Saint Sacrement.
III. — A l'exercice du Sacerdoce
de Jésus dans 1 Eucharistie,
correspond un culte non moins essentiel
La plus divine des réalités et le plus sublime
des mystères, après l'Incarnation et la Rédemp-
tion, est sans contredit, l'existence permanente
de Jésus Prêtre et Victime dans l'Eucharistie.
Son Sacerdoce n'y est pas plus inactif que pen-
dant sa vie passible et mortelle ; son Sacrifice n'y
est pas plus infructueux que dans son immola-
1 « Je n'ai point prétendu savoir autre chose parmi vous que
Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié. » I Cor., ii, 2.
2 « Le sacrifice de la loi nouvelle institué par le Christ con-
tient le Christ qui a souffert, non seulement comme sa signi-
fication ou sa figure, mais encore en réalité. Et c'est pour cela
que ce sacrement qui contient réellement le Christ lui-même,
est le complément de tous les autres sacrements dans lesquels
on participe à la vertu du Christ. » S. Thom., III p., q. 75, a. 1.
AMOUR DU A JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME 18/
tion sur la Croix. Rien n'a disparu en Lui de
ce qui Le constitue dans son état d'Homme-
Dieu.
De ce qu'il ne peut plus souffrir et mourir, il
ne s'ensuit point que son Sacerdoce n'existe plus
et qu'il n'a plus d'occasion de l'exercer. Sous
une forme nouvelle mais réelle, Il demeure le
Prêtre Eternel possédant un Sacerdoce qui est
Lui-même et qui est sa vie dans les siècles des
siècles. Il reste le gardien et le Sacrificateur de
la même Victime qui partage sa gloire dans la
Béatitude.
L'office de son Sacerdoce dans 1 Eucharistie
est un office constant et toujours actuel. Il n'y
fait rien autre que ce qui ressort de son carac-
tère sacerdotal. Ce qu'il a fait en sauvant le
monde, Il le continue dans le silence du Ta-
bernacle l. La vie, dont II est l'essence - et qui
L'anime comme Prêtre, Il la dispense dans la
mort apparente du Sacrement3. La grâce qu'il
tire de l'état de sacrifice de sa Victime, Il en
1 « Parce qu'il demeure éternellement, il possède un sacer-
doce éternel. De là vient qu'il peut toujours sauver ceux qui
s'approchent de Dieu par son entremise, puisqu'il est toujours
vivant afin d'intercéder pour nous. » Hébr., vu, 24, 25.
2 « En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes.»
Jean, i, 4. — « Comme le Père a la vie en lui-même, ainsi il a
donné au Fils d'avoir la vie en lui-même. » Jean, v, 26.
3 « Le Fils donne la vie à qui il veut. » Ibid., 21.
l88 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS l'eL'CHARISTIE
rend participants tous ceux pour lesquels II se
renferme dans l'Hostie1.
C'est donc en toute réalité que Jésus Prêtre et
Victime demeure avec nous. C'est à son Sacer-
doce que nous devons la Victime ; c'est à leur
amour, à tous deux, que nous devons la perpé-
tuité de leur présence.
Comment, dès lors, oublier une semblable
vérité ? Comment ne voir en l'Eucharistie que
Jésus purement et simplement, sans voir en Lui
le Prêtre qui continue de sauver le monde?
Serions-nous justifiables, après la connaissance
d'une réalité divine si frappante, de laisser plus
longtemps dans l'ombre cet ineffable mystère ?
Non seulement Jésus veut que nous L'honorions
et L'aimions comme Prêtre au Très Saint Sacre-
ment, mais II veut prendre dans notre vie la
1 « Il est évident que le Christ nous a délivrés de nos péchés
surtout par sa passion, non seulement d'une manière efficiente
et méritoire, mais encore satisfactoire. De même, c'est aussi
par sa passion qu'il a commencé le culte de la religion chré-
tienne, s'offrant lui-même à Dieu comme oblation et victime,
selon l'expression de saint Paul (Ephés., v, 2). D'où il est évi-
dent que les sacrements de l'Eglise tirent spécialement leur
vertu de la passion du Christ, dont la vertu nous est unie
d'une certaine manière par la réception des sacrements. C'est
en signe de cela que du côté du Christ attaché sur la croix sont
sortis l'eau et le sang ; dont l'un appartient au baptême et
l'autre à l' Eucharistie, qui sont les principaux sacrements. »
S. Thom., III p., q. 62, a. 5.
AMOUR DU A JESUS PRETRE ET VICTIME 109
place que son Sacerdoce occupait dans la sienne.
Jésus avait un culte pour tout ce qu'il avait
reçu de son divin Père. Son Sacerdoce tenait la
première place, parce qu'il était la manifestation
de la volonté divine et le moyen essentiel d'ac-
complir sa mission '. Il lui porte encore le même
respect et II s'en sert constamment pour se mul-
tiplier et s'offrir en Sacrifice dans toutes les par-
ties du monde.
N'y aurait-il que nous, les principaux inté-
ressés, à ne pas le comprendre et à ne pas Lui
offrir un culte qu'il réclame si impérieusement !
Voilà notre devoir essentiel ; devoir qui doit se
traduire dans nos rapports avec Jésus-Eucha-
ristie, par une foi profonde, un amour généreux,
une méditation assidue de son existence sacer-
dotale et des hommages incessants rendus di-
rectement et explicitement à son caractère sacré
de Prêtre et de Victime "2.
1 « Ce Sacerdoce n'a pas été établi sans serment, Dieu lui
ayant dit : « Le Seigneur l'a juré, et il ne s'en repentira pas,
vous êtes Prêtre pour l'éternité... La parole de Dieu, confirmée
par le serment, établit Prêtre pour toujours son Fils qui est
parfait. » Hébr., vu, 20, 21, 28.
2 « L'Agneau qui a été immolé est digne de recevoir la puis-
sance, la divinité, la sagesse, la force, l'honneur, la gloire et la
bénédiction... Et toutes les créatures qui sont dans le ciel, sur
la terre... je les entendis qui disaient : A Celui qui est assis
sur le trône, et à X Agneau, louange, honneur, gloire et puis-
sance dans les siècles des siècles. » Apoc, v, 12, i3.
190 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
Pour l'honneur de notre Souverain Prêtre,
par reconnaissance pour sa présence sacramen-
telle, et par pur amour de sa gloire, supplions-Le
de se révéler dans son Eglise, d'attirer les âmes
à son Sacerdoce et de donner à la dévotion uni-
verselle à son Eucharistie le caractère d'un culte
solennel rendu à sa Personne de Souverain Prê-
tre et de Pontife éternel.
Ce culte tient tellement à l'essence des devoirs
dus à Jésus dans son caractère sacerdotal en
l'Eucharistie, que nous ne craignons pas de dire
que l'humanité est en retard et qu'il reste en
Jésus des droits souverains qu'elle n'a pas suffi-
samment reconnus.
Unissons-nous tous dans une commune et ar-
dente prière pour hâter l'avènement du règne
eucharistico-sacerdotal de Jésus ; et soyons les
premiers à répondre à ces desseins miséricor-
dieux du Prêtre Eternel.
IV. — A l'offrande sans cesse renouvelée
de la Victime dans l'Eucharistie,
correspond notre amour crucifié
L'offrande perpétuelle que la divine Victime
fait d'elle-même, par les mains du Souverain
Prêtre, dans l'Eucharistie, est un enseignement
AMOUR DU A JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME ICI
constant de l'amour qu'elle nous porte. Son
offrande, sans doute, n'a pas un caractère san-
glant ; mais ce n'est là qu'une forme de l'amour,
sans en être une nécessité essentielle. De sorte
que Jésus-Victime est tout aussi aimant dans
l'Eucharistie qu'il l'était sur la cfoîx.
Son existence sacramentelle, toutefois, sans
rien ajouter à l'essence de son Sacrifice, nous
Le livre dans un état perpétuel d'immolation
qui, par sa durée et son universalité, prend un
langage spécial d amour crucifié. La Victime
force en quelque sorte le Prêtre à demeurer à
ses côtés et à la maintenir dans son état immolé.
Ce qu'elle fit sur la Croix, elle le renouvelle
sans cesse ; et il ne se célèbre pas une messe
sur toute la surface du globe, sans qu'elle inter-
vienne aussitôt pour obéir à son Prêtre et se
faire l'Hostie de son Sacrifice.
Cet amour qui la pousse à 1 immolation n'est
pas souffrant, puisque, en tant que Victime glo-
rifiée, elle ne peut plus souffrir, mais il en a tous
les caractères apparents ; et si la foi ne nous en-
seignait que Jésus Prêtre et Victime est aussi
glorieux dans l'Eucharistie qu'il l'est au ciel ',
1 « C'est le vrai corps glorieux de Jésus-Christ qui est sous
l'espèce sacramentelle. Bien que sensiblement il ne nous ap-
paraisse pas tel, nous ne devons pourtant pas croire avec moins
de certitude qu'il en est ainsi. » S. Thom., Op. 58, c. 4.
192 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L EUCHARISTIE
nous croirions à un état de souffrance, en voyant
ces apparenees d'humiliation et de mort dont
s'enveloppe notre divine Victime.
Il suffit pour nous que ce soit la forme qu'elle
daigne donner à son amour, pour y puiser les
leçons de sacrifice qu'elle nous y enseigne. Evi-
demment, nous ne pouvons aimer Jésus-Victime
autrement qu'il nous a aimés Lui-même et qu'il
nous aimera dans l'Eucharistie jusqu'à la fin des
temps.
Nous sommes tenus de L'aimer, et cela fait
notre bonheur ; mais nous ne devons pas crain-
dre de souffrir pour Lui prouver notre amour *.
Autrement notre amour ne ressemblant pas au
sien, nous ne serions point à l'unisson, et l'union
d'intimité qui doit s'établir entre Lui et nous ne
pourrait pas se faire.
C'est là malheureusement ce qui se rencontre
trop souvent dans la vie spirituelle. On voudrait
bien aimer, à condition de n'avoir pas à faire de
grands sacrifices. On choisirait volontiers les
roses sans les épines ; on se ferait gaiement à
une vie pieuse toute de douceur, à condition
d'en écarter les peines et les trop grands efforts.
De ces prétendus dévots, Jésus n'en a que faire,
1 « N'aimons pas de parole et de langue, mais par les œuvres
et en vérité. » I Jean, ih, 18.
AMOUR DU A JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME 10,3
parce qu'il ne peut rien en tirer pour les con-
duire à la sainteté l.
Avouons que c'est humiliant pour Jésus Vic-
time de se voir entouré de semblables adora-
teurs, qui prétendent au fond ne cueillir que des
fleurs sur la route du Calvaire, et qui ne savent
vibrer sous l'influence de l'amour qui souffle de
tous les Tabernacles où II se tient enfermé.
Nous au moins comprenons que l'amour d'une
Victime ne peut être qu'un amour tout pétri de
sacrifices, et que le seul amour qui lui con-
vienne, en retour, est un amour crucifié 2. Res-
semblons à la divine Victime sans cesse immolée
au Sacrement de l'Eucharistie, et ayons le cou-
rage de nous offrir avec elle au glaive du Prêtre
Sacrificateur pour qu'il nous confonde dans un
même Sacrifice3.
1 « Le royaume des cieux souffre violence, et les violents le
ravissent. » Mat., xi, 12.
2 « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renonce soi-
même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive. Car celui qui
voudra sauver sa vie la perdra, et celui qui perdra sa vie pour
l'amour de moi la retrouvera. » Mat., xvi, 24, 25.
3 « Si donc vous êtes ressuscites avec Jésus-Christ, recher-
chez les choses du ciel ; n'ayez de goût que pour les choses du
ciel, et non pour celles de la terre, car vous êtes morts et votre
vie est cachée en Dieu avec Jésus-Christ. » Col., m, 1-3. —
« J'ai un ardent désir d'être dégagé des liens du corps et d'être
avec Jésus-Christ. » Phil., i, 23,
194 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
Nous voulons aimer Jésus Prêtre et Victime
au Très Saint Sacrement. Tout nous y invite et
tout nous le commande. Prenons-en les vrais
moyens : aimons en souffrant et souffrons en
aimant. Que le Cénacle, d'où s'acheminent les
âmes aimantes vers le sacrifice, nous devienne
un foyer d'amour ! Que la croix sur laquelle
meurent les victimes, soit la consommation de
notre amour !
V. — L'amour de Dieu le Père
pour soi? Fils
toujours Prêtre et toujours Victime
dans l'Eucharistie
Jésus a trois phases d'existence également ado-
rables. L'une, comme Verbe de Dieu, dans le
sein de la Trinité sainte ' ; la seconde, comme
Verbe incarné dans l'humanité 2 ; la troisième,
comme Homme-Dieu dans la gloire et dans l'Eu-
charistie 3.
1 « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en
Dieu, et le Verbe était Dieu. » Jean, i, i.
2 « Le Verbe s'est fait chair, et II a habité parmi nous. »
Ibid., 14.
3 « Après avoir offert un seul sacrifice pour les péchés, il est
assis pour toujours à la droite de Dieu. » Hébr., x, 12.
AMOUR DU A JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME 195
De toute éternité, Il a été pour le Père, dont II
était la splendeur incréée *, 1 objet de ses éter-
nelles complaisances. Sur la terre, pendant sa
vie mortelle, Il n'a cessé d'être le Bien-Aimé du
Père, et c'est dans sa condition de Prêtre et de
Victime que Dieu a contemplé son Fils pour s'y
complaire ineffablement -. Dans la gloire, où II
est éternellement glorifié, comme dans l'Eucha-
ristie où II est perpétuellement immolé, Jésus
demeure l'objet de la tendresse infinie de son di-
vin Père, qui voit en Lui le Prêtre qui l'a glo-
rifié et la Victime qui lui a rendu l'humanité
purifiée 3.
1 Hébr., i, 3.
2 « Or Jésus ayant été baptisé, sortit aussitôt de l'eau ; et
voilà que les cieux s'ouvrirent, et il vit l'Esprit de Dieu des-
cendant en forme de colombe et venant sur lui. Et une voix se
fit entendre du ciel, qui disait : « Celui-ci est mon Fils bien-
aimé, dans lequel j'ai mis mes complaisances.-» Mat., m, 16, 17.
— « Nous vous avons fait connaître la puissance et l'avènement
de Notre Seigneur Jésus-Christ en témoins oculaires de sa
majesté. En effet, il reçut de Dieu le Père honneur et gloire,
lorsque du sein d'une nuée lumineuse une voix se fit entendre
qui disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j'ai mis
toutes mes complaisances ; écoutez-le. Et nous entendîmes
nous-mêmes cette voix qui venait du ciel, lorsque nous étions
avec lui sur la montagne sainte. » II Pier., i, 16-18.
3 « Mon Père, l'heure est venue, glorifiez votre Fils, afin que
votre Fils vous glorifie. Je vous ai glorifié sur la terre ; j'ai
achevé l'oeuvre que vous m'avez donnée à faire. Et maintenant,
ô vous, Père, glorifiez-moi en vous-même de cette gloire que
j'ai eue en vous avant que le monde fût. » Jean, xvii, 1, 4, 5.
I96 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
Du ciel, Dieu le Père descend dans l'Eucha-
ristie, et de l'Eucharistie remonte au ciel, pour
y contempler le Prêtre qu'il nous a donné et à
qui il doit la glorification suprême que lui a ob-
tenue son Fils incarné.
Tout ce que contient d'amour éternel le cœur
d'un Dieu, s'épanche sans cesse sur ce Fils de
ses éternelles complaisances, dont toute la vie
s'est consumée pour l'aimer et accomplir sa vo-
lonté l. En Le voyant encore humilié et dans un
état de perpétuelle adoration devant lui, pour
lui rendre, au nom de l'humanité qu'il repré-
sente, les devoirs et les louanges qui lui sont
dus, son cœur s'émeut, et si en Dieu l'amour
pouvait s'accroître, de quelle charité nouvelle le
Jésus de l'Eucharistie ne serait-Il pas l'objet.
Lorsque l'on considère la multitude presque
infinie d'Hosties qui remplissent les ciboires, et
dans lesquelles Dieu reconnaît son Fils Prêtre
et Victime, qui peut imaginer les flots de charité
divine qui coulent sur la terre pour en submer-
ger tous les Tabernacles du monde.
Si les hommes oublient de rendre leurs hom-
1 « Je suis descendu du ciel pour faire, non ma volonté, mais
la volonté de celui qui m'a envoyé. » Jean, vi, 38. — « Ma
nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et
d'accomplir son œuvre. » Ibid., iv, Z\.
AMOUR DU A JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME 197
mages et d'offrir leur amour au Dieu du Sacre-
ment, Jésus trouve de sublimes et infinies com-
pensations dans l'amour ineffable que Lui porte
son Père. Il s'en sait souverainement aimé, et
cela Le console *. A son tour, Il rend à son Père
le même amour qu'il Lui porte de toute éternité.
Et ces deux amours divins font de l'Eucharistie
le ciel de la terre 2.
Ne voulons-nous pas y vivre nous-mêmes,
puisque l'exemple de Dieu le Père est pour nous
la mesure de l'amour qui doit remplir notre
cœur envers ce Fils Bien-Aimé, le Prêtre-Vic-
time qui nous appartient dans l'Eucharistie ?
« Je vous ai aimés, nous dit Jésus, comme
mon Père m'a aimé... 3 Celui qui m'aime, je l'ai-
merai...4 Et mon Père vous aime, parce que
vous m'aimez 5. » Triple amour, dont Jésus est
le centre et le gage éternel ! 6
1 « Le Père aime le Fils et lui a mis toutes choses entre les
mains. » Jean, m, 35. — « Mon Père, vous m'avez aimé avant
la création du monde. » Jean, xvii, 24.
2 « Mon Père et moi nous sommes une seule chose... Mon
Père est en moi et moi dans mon Père. » Jean, x, 3o, 38. —
« Afin que le monde sache que j'aime mon Père, allons. »
Jean, xiv, 3i.
3 Jean, xv, 9.
4 Jean, xiv, 21.
5 Jean, xvi, 27.
6 « Mon Père vous aime, parce que vous avez cru que je suis
sorti de Dieu. Je suis sorti de mon Père, et je suis venu dans
JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
VI. — L'amour spécial du Prêtre
pour Jésus Prêtre et Victime
dans l'Eucharistie
S'il en est qui sont tenus plus que tous les
autres d'aimer Jésus Prêtre et Victime dans
l'Eucharistie, ce sont à n'en pas douter ceux
qu'il a faits participants de son propre Sacer-
doce * et à qui II a confié la même sublime mis-
sion de glorification divine 2 et de salut des
âmes 3.
le inonde ; maintenant je quitte le monde et je retourne à
mon Père. » Jean, xvi, 27, 28. — « Je suis en eux et vous en
moi, a6n qu'ils soient consommés dans l'unité, et que le
monde connaisse que vous m'avez envoyé et que vous les avez
aimés comme vous m'avez aimé. » Jean, xvii, 23.
1 « Vous êtes mes amis. Je ne vous appellerai plus serviteurs,
parce que le serviteur ignore ce que fait son maître ; mais je
vous ai appelés mes amis, parce que je vous ai fait connaître
tout ce que j'ai appris de mon Père. Ce n'est pas vous qui
m'avez choisi, mais c'est moi qui vous ai choisis et qui vous
ai établis, afin que vous alliez et que vous portiez du fruit, et
que votre fruit demeure, et que mon Père vous donne tout ce
que vous lui demanderez en mon nom. » Jean, xv, 14-16.
2 « C'est la gloire de mon Père que vous portiez beaucoup
de fruit et que vous deveniez mes disciples. » Jean, xv, 8.
3 « Comme mon Père m'a envoyé, ainsi je vous envoie. »
Jean, xx, 21. — « Allez, enseignez toutes les nations. » Mat.,
xxviii, 19.
AMOUR DU A JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME I99
Par le seul fait de leur onction sacerdotale,
les Prêtres sont devenus comme des réservoirs
de charité divine '. C'est l'amour de Jésus qui les
a faits Prêtres et qui s'est communiqué à eux
dans une plénitude mystérieuse en rapport avec
la sublimité de leur Sacerdoce et la grandeur de
leur mission.
Ils sont devenus les hérauts de l'amour2, et à
l'exemple de leur Maître, ils opéreront des mer-
veilles de salut et de sainteté, s'ils ont soin de
demeurer constamment en contact avec Celui
qui est la source, la grâce et la fécondité de leur
Sacerdoce 3.
Ce n'est pas par intermittence et dans des cir-
1 « Mon Père, je veux que là où je suis, ceux que vous m'avez
donnés soient aussi avec moi. Je leur ai fait connaître votre
nom, et je le leur ferai connaître, afin que l'amour dont
vous m'avez aimé soit en eux, et que je sois moi-même en
eux. » Jean, xvii, 24, 26.
2 « Demeurez dans mon amour. Si vous gardez mes com-
mandements, vous demeurerez dans mon amour, comme j'ai
moi-même gardé les commandements de mon Père et que je
demeure dans son amour. » Jean, xv, 9, 10.
Ne pourrait-on pas appliquer aux Prêtres du Seigneur ce qui
est dit dans l'Epître aux Hébreux (1, 7), en parlant des anges :
« Dieu a fait de ses ministres des flammes de feu. »
3 « Demeurez en moi et moi en vous. Comme le sarment ne
peut de lui-même porter de fruit, s'il ne demeure uni à la vigne,
ainsi vous ne le pouvez non plus, si vous ne demeurez en moi.
Je suis la vigne et vous êtes les branches. Celui qui demeure
en moi et en qui je demeure, porte beaucoup de fruit, car sans
moi vous ne pouvez rien faire. » Jean, xv, 4, 5.
200 JESUS PRETRE ET VICTIME DANS L EUCHARISTIE
constances exceptionnelles que le Prêtre doit
recourir à Jésus, mais c'est d'une manière habi-
tuelle. Ce n'est pas davantage par un simple
mouvement de raison qu'il doit se rapprocher
de Lui et y puiser les grâces nécessaires à son
ministère, mais c'est par un besoin du cœur.
Si Jésus l'attire, parce que son amour le porte
sans cesse à se communiquer à lui, Il se plaît
également à être attiré vers lui afin de satisfaire
aux ardeurs du cœur sacerdotal de son Prêtre.
Rien n'est plus de nature à toucher le cœur
de Jésus, que de se sentir aimé par son Prêtre.
Dans un moment de tendresse divine, Il l'a
choisi pour s'en faire un autre Lui-même. Il a
recours à lui pour communiquer de toute ma-
nière aux âmes l'amour qu'il leur porte ; et son
plus ardent désir ne serait pas d'embraser avant
tout le cœur de son Prêtre ? Comment le Prêtre
pourrait-il résister à une action si immédiate et
si constante de Jésus dans son âme?
Jésus-Prêtre est son origine, son modèle, sa
perfection, sa vie. Il ne peut se contenter de
L'aimer par devoir, il doit éprouver pour Lui de
vrais transports d'amour divin.
Jésus-Victime est l'hostie de son Sacrifice quo-
tidien. Comment n'entrerait-il pas dans les sen-
timents d'amour infini qui fait de sa Messe du
AMOUR DU A JESUS PRÊTRE ET VICTIME 201
matin une répétition du Sacrifice du Calvaire.
Le Jésus Prêtre et Victime qui a fait le Prêtre
ce qu'il est, s'est constitué par là même l'unique
objet de son amour. II l'aime divinement, mais
Il veut en être aimé éperdument. Tout autre
amour ne correspondrait pas à celui qu'il doit à
son Maître. Il dépend de Jésus, comme Jésus
dépend de lui. Ils ne peuvent vivre l'un sans
l'autre. Si Jésus n'avait pas son Prêtre pour Le
faire Eucharistie, Il n'habiterait pas la terre. Si
le Prêtre ne possédait pas les efficacités du Sa-
cerdoce de Jésus, il ne pourrait pas Le consa-
crer et, dès lors, il n'aurait plus de raison d'être.
Des relations si nécessaires et si intimes ne
peuvent être que des relations d'amour. D'où,
le Prêtre sera d'autant plus Prêtre qu'il aimera
davantage, et Jésus sera d'autant plus glorifié
par son Prêtre qu'il en sera plus aimé l.
Cette nécessité d'amour mutuel entre Jésus et
le Prêtre tient à l'institution même du Sacer-
doce ; et c'est pourquoi l'Eucharistie en est le
centre et la vie.
1 « Nous triomphons par Celui qui nous a aimés. Car je suis
assuré que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les princi-
pautés, ni les puissances, ni les choses présentes, ni les choses
futures, ni la violence, ni tout ce qu'il y a de plus élevé, ni ce
qu'il y a de plus profond, ni aucune autre créature, ne pourra
nous séparer de l'amour de Dieu, qui est dans le Christ Jésus
Notre Seigneur. » Rom., viii, 37~3g.
202 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L EUCHARISTIE
Que le Prêtre vive de sa Messe, et il aimera.
Que le Prêtre aille sans cesse puiser son amour
dans l'Eucharistie, et il rayonnera dans sa vie le
Jésus Prêtre et Victime, pour qui seul il existe
et pour l'amour de qui il doit être heureux de
vivre et de mourir *.
1 « Le Christ est ma vie, et la mort m'est un gain. » Phil.,
I, 21.
A Jésus, Prêtre et Victime
dans l'Eucharistie,
divin objet de notre éternel amour
O Jésus,
Vous êtes Prêtre et je Vous aime,
Vous êtes Victime et je veux l'être
avec Vous.
Je voudrais Vous aimer toujours plus.
J'aspire à Vous porter un amour
de séraphin.
J'ambitionne de devenir un émule
de l'amour dont brûle pour Vous
votre divine "Mère.
Comme votre Père, je veux prendre
en Vous seul
mes tendres complaisances.
En union avec tous vos Prêtres
dispersés dans le monde,
je ferai de votre Sacerdoce
dans l'Eucharistie
l'objet de mes incessantes contemplations
et je mettrai ma perfection
à Vous connaître pour Vous aimer,
et à Vous aimer pour m'immoler
avec Vous.
VERITE ET AMOUR
VERITE ET AMOUR
« Voici en quoi a paru la charité
de Dieu envers noua : c'est qu'il
a envoyé son Fils unique dans
le monde, afin que nous vivions
par lui. »
/ Jean, IV, 9.
Jésus, Prêtre et Victime dans l'Eucharistie
Prêtre dès l'origine, dans les décrets éternels
— pour perpétuer sa mission rédemptrice —
pour demeurer sur la terre la glorification de
son divin Père — pour rappeler aux hommes le
Sacrifice de leur Sauveur — pour leur en appli-
quer tous les mérites.
Prêtre tout d'amour — d'amour libre et vo-
lontaire — apportant un supplément à l'amour
de la rédemption — s'immolant de nouveau mys-
tiquement sur tous les autels — se multipliant
jusqu'aux extrémités du monde.
Prêtre annonçant à l'avance le grand Sacre-
ment de l'amour — la forme sous laquelle il sera
208 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
institué — l'obligation de s'en nourrir — les
gages d'immortalité dont il est la source.
Prêtre instituant l'Eucharistie au soir de la
Cène — aux premières heures de sa Passion —
dans l'intimité du collège apostolique — sous
forme de Sacrifice — en union avec le Sacrifice
sanglant du Calvaire — pour en garder le sou-
venir dans l'humanité.
G Jésus, descendu du sein du Père,
pour nous parler d'amour
et de sacrifice,
je Vous adore dans votre sublime caractère
de Prêtre et de Victime
au Très Saint Sacrement,
et je Vous supplie de me pénétrer
des sentiments adorables
qui Vous y animent.
Jésus, Prêtre et Victime immelée
dans l'Eucharistie
Etat d'immolation en harmonie avec la nature
du Sacrement — même Prêtre et même Victime
— même essentiel état glorieux qu'au ciel, mais
voilé extérieurement dans l'Eucharistie — rap-
VÉRITÉ ET AMOUR 20g
pelant les humiliations et les abaissements de
sa vie, de sa passion et de sa mort.
Etat d'immolation imposant à Jésus le sacrifice
des manifestations extérieures de sa Divinité et
de son Humanité — voilant sa majesté — se
condamnant au silence et à l'immobilité — s'en-
tourant, selon les apparences, de tout un cor-
tège d'impuissance et de mort.
Etat d'immolation commençant au Cénacle et
se perpétuant sans interruption — sans change-
ment — sans altération — dans les mêmes sen-
timents d'amour du Prêtre et de la Victime —
en vue du salut du monde.
Etat d'immolation comme celui de la Victime
du Calvaire — sanglant sur la Croix, mystique
dans l'Eucharistie — constituant un même et
unique Sacrifice, d'une même Victime immolée
par le même Prêtre.
O Jésus qui m'aimez
dans l'Eucharistie
du même amour dont Vous m'avez aimé
sur la Croix,
faites que je n'en perde jamais
le souvenir
et que je mette mon bonheur
à Vous payer de retour.
210 JESUS PRETRE ET VICTIME DANS L EUCHARISTIE
Jésus Prêtre, choisissant volontairement
cet état d'immolation de la Victime
dans l'Eucharistie
Choix libre et voulu — conforme à sa mission
rédemptrice — clairement exprimé par Jésus
Lui-même — réalisé dans le temps marqué par
Lui — sous la forme et dans les conditions de sa
volonté formelle.
Choix inspiré par l'amour — répondant à ses
desseins de miséricorde sur l'humanité — fa-
cilitant aux hommes l'accès à sa divine Per-
sonne — leur inspirant de la confiance — leur
enseignant que l'amour est inséparable du sa-
crifice.
Choix en rapport avec le mystère de l'Incar-
nation — où Jésus immole sa Divinité, en la
voilant aux yeux des hommes — où Jésus reçoit
un corps pour le sacrifier — où Jésus se cons-
titue Victime — où II ne cesse de l'offrir avant
de l'immoler.
Choix en rapport avec le mystère de la Ré-
demption — où le Prêtre Sacrificateur donne la
VERITE ET AMOUR 211
mort à la Victime — pour la ressusciter ensuite
et la maintenir perpétuellement dans son état
d'immolation eucharistique — pour s'en faire le
trophée de sa miséricorde et de son amour.
O Jésus, Victime volontaire
au Sacrement de vos immolations mystiques,
je Vous rends grâces
pour m'avoir tant aimé
et pour ne cesser de me prouver
votre amour immolé,
qui m'enseigne combien, à mon tour,
je dois Vous aimer.
Jésus Prêtre dans l'exercice
de se» Sacerdoce,
à l'Institution de l'Eucharistie
Exercice de son Sacerdoce, dans l'acte le plus
essentiel à son caractère de Prêtre — dans l'acte
de sa toute-puissance sacerdotale — dans l'acte
de sa suprême autorité sur la Victime — dans
l'acte qui exprime le plus la volonté de son dou-
ble Sacrifice, à la Cène et sur la Croix.
Exercice de son Sacerdoce, correspondant à
la mission reçue de son divin Père — auréolé de
212 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L EUCHARISTIE
la sublimité et de la perpétuité de son état d'im-
molation — l'enchaînant au Sacrement pour y
exercer son office de Prêtre Eternel.
Exercice de son Sacerdoce dans l'expression
du suprême amour qui anime le Prêtre et la
Victime — pour Dieu qu'ils glorifient — pour
l'humanité qu'ils sauvent — pour eux-mêmes
qui, en se livrant l'un à l'autre, instituent le plus
grand Sacrement de l'amour.
Exercice de son Sacerdoce, dans l'institution
d'un double Sacrement — le Sacrement de la
présence perpétuelle du Prêtre et de la Victime
— le Sacrement de l'Ordre, par lequel Jésus
Prêtre renaîtra sans cesse et Jésus Victime of-
frira sans interruption son Sacrifice — pour la
sanctification des saints sur la terre — pour la
glorification des élus au ciel.
O Jésus, Prêtre Eternel,
accomplissant dans le temps
l'office de votre divin Sacerdoce,
je m'enchaîne par amour
au Sacrement
où Vous demeurez mon Pontife,
pour Vous adorer, Vous contempler
et Vous bénir.
VÉRITÉ ET AMOUR 21 3
Jésus Prêtre demeurant le gardien
de la divine Victime dans l'Eucharistie
Présence exigée par la nature de son Sacer-
doce — présence inhérente à l'essence de sa
mission sacerdotale — présence, conséquence
rigoureuse de l'acte sans cesse renouvelé du Sou-
verain Prêtre — présence correspondant aux
desseins éternels dans l'institution de l'Eucha-
ristie.
Présence motivée par la présence de la Vic-
time — par l'amour que lui porte le Prêtre — par
l'offrande constante qu'il doit en faire — par le
maintien de la Victime dans son état d'immo-
lation.
Présence résultant de la nature même du Sa-
crement de l'Eucharistie — institué sous la forme
d'un Sacrifice — réclamant nécessairement la
présence du Sacrificateur comme de la Victime
— ne pouvant se perpétuer que dans 1 état où il
a été institué.
Présence universelle, atteignant jusqu'aux ex-
trémités du monde — ne pouvant plus cesser ni
être modifiée — restant la même partout et tou-
jours — conservant au monde toutes les grâces
214 JESUS PRETRE ET VICTIME DAPJS L EUCHARISTIE
qui découlent de l'immolation de la Croix renou-
velée perpétuellement dans l'Eucharistie.
O Jésus, mon Prêtre
universellement donné.
O Jésus, ma Victime
sans cesse immolée,
je Vous contemple dans tous les Tabernacles
où Vous m'aimez
et je n'aspire qu'au bonheur
de Vous payer de retour.
Jésus, Prêtre Sacrificateur
de la divine Victime
dans l'Eucharistie
Sacrificateur, parce qu'il est ordonné essen-
tiellement au Sacrifice — parce que Lui seul
peut exercer cet office, Lui seul étant Prêtre —
parce que son Sacerdoce étant nécessaire, son
Sacrifice l'est également — parce que le Sacri-
fice est le couronnement de son Sacerdoce.
Sacrificateur constamment en activité — par
le fait de la présence de la Victime — auprès de
laquelle il exerce un office continuel de protec-
tion et de responsabilité — qu'il maintient dans
sa condition d'hostie — qu'il offre dans une obla-
tion ininterrompue.
VÉRITÉ ET AMOUR 2l5
Sacrificateur aspirant au suprême Sacrifice —
à l'unisson des sentiments et des désirs de la
Victime — par le même motif d'amour — pour
la même fin de glorification divine — par le sa-
lut du monde.
Sacrificateur unique de l'unique Victime — sa-
crificateur sublime du plus grand des sacrifices
— sacrificateur sacro-saint d'un Sacrifice divin
— sacrificateur d'essence divine et d'efficacités
éternelles.
O Jésus, mon Prêtre adoré,
à qui je dois le Sacrifice rédempteur
de la divine Victime,
à Vous mes louantes et mes adorations,
à Vous ma reconnaissance et mon amour,
à Vous, bénédiction et gloire éternelle
dans les siècles des siècles.
Jésus, Prêtre et Victime
souverainement aimant
et divinement aimable
dans l'Eucharistie
Jésus d'amour, contenant en Lui-même le
foyer de l'éternelle charité — s'en laissant con-
2l6 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS l'eUCHARISTIE
sumer pour la gloire de son Père et le salut des
hommes — vivant dans l'Eucharistie du même
amour qui l'a fait mourir sur la croix — récla-
mant un même retour d'amour de la part de tous
ceux qu'il est venu sauver.
Jésus d'amour crucifié — se nourrissant de sa-
crifices — se choisissant des disciples qu'il en-
traîne avec Lui sur la route du Calvaire — les
sanctifiant par la souffrance d'amour — se les
unissant dans des immolations personnelles que
Lui-même inspire et féconde.
Jésus d'amour divin — demeurant l'objet des
complaisances de son Père céleste — complai-
sances éternelles dans son sein — complaisances
non moins tendres dans sa condition d'Homme-
Dieu — complaisances continuées sous les voi-
les eucharistiques — complaisances d'ineffable
amour qui devront se perpétuer dans les siècles
des siècles.
Jésus d'amour sacerdotal — aimant avec son
cœur de Prêtre — aimant par dessus tout ses
Prêtres — les aimant pour qu'ils demeurent dans
la sainteté de leur Sacerdoce — voulant en être
aimé — leur imposant des obligations spéciales
d'amour, par cela seul qu'étant ses Prêtres ils
doivent vivre d'amour et en faire vivre les âmes.
VÉRITÉ ET AMOUR 217
Jésus î Jésus î
O Vous qui par votre Sacerdoce
et votre état de Victime
au Très Saint Sacrement,
Vous êtes constitué le foyer
de l'amour éternel,
dont Vous voulez me voir enflammé,
je Vous aime et veux Vous aimer.
Je veux Vous aimer du même amour
dont Vous m'aimez Vous-même.
Je veux Vous aimer comme Prêtre
et comme Victime
dans le temps et dans l'éternité.
G^4t^
TABLE DES MATIERES
Dédicace 1
Préface 3
Préliminaires n
CHAPITRE PREMIER
De l'origine de l'état eucharistique
de Jésus 19
I. — Décret éternel de l'Institution de l'Eu-
charistie 21
II. — L'Eucharistie, supplément à la Rédemp-
tion 24
III. — Les principaux motifs de l'Institution de
l'Eucharistie 3o
IV. — L'annonce de l'Eucharistie 36
V. — L'Institution de l'Eucharistie 41
VI. — Les diverses formes d'amour dans l'état
eucharistique de Jésus 46
A Jésus, Prêtre dans l'Eucharistie 5l
220 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
CHAPITRE DEUXIEME
De la nature de l'état d'immolation
de Jésus dans l'Eucharistie 55
I. — Etat immolé mais glorieux de Jésus dans
l'Eucharistie 56
II. — Sacrifices qu'impose l'état d'immolation
de Jésus dans l'Eucharistie 6l
III. — Relations entre l'Institution de l'Eucha-
ristie et le Sacrifice de Jésus sur la
Croix 65
IV. — Différence des deux immolations de la
Cène et du Calvaire 69
V. — Même réalité d'immolation dans l'Eucha-
ristie et sur la Croix 72
A Jésus, Victime dans l'Eucharistie 77
CHAPITRE TROISIEME
Du choix et de la volonté formelle
de Jésus en son état d'immolation
dans l'Eucharistie 81
I. — L'état d'immolation de Jésus dans l'Eu-
charistie est un pur effet de son choix 83
II. — Volonté formelle de Jésus en son état
d'immolation dans l'Eucharistie ... 87
III. — Raisons de l'état d'immolation de Jésus
dans l'Eucharistie 91
TABLE DES MATIERES 221
IV. — Rapprochement entre l'état d'immolation
de Jésus dans l'Eucharistie et l'Incar-
nation 96
V. — Rapprochement entre l'état d'immolation
de Jésus dans l'Eucharistie et la Ré-
demption 99
A. Jésus, toujours Prêtre et Victime dans l'Eu-
charistie io3
CHAPITRE QUATRIEME
De l'acte du Sacerdoce de Jésus
dans l'Institution de l'Eucharistie 107
I. — Tous les actes de Jésus sont des actes
sacerdotaux 110
II. — L'Eucharistie est, avec celui de la croix,
l'acte le plus grand et le plus essentiel
du Sacerdoce de Jésus ll3
III. — Les sentiments du Prêtre et de la Vic-
time dans l'Institution de l'Eucharistie 116
IV. — Manifestation suprême de l'amour du
Prêtre et de la Victime dans l'Institu-
tion de l'Eucharistie 119
V. — Le double acte sacerdotal de Jésus dans
l'Institution de l'Eucharistie et du Sa-
cerdoce 123
A Jésus, Prêtre dans l'Eucharistie et Prêtre
dans ses Prêtres 127
222 JESUS PRETRE ET VICTIME DANS L EUCHARISTIE
CHAPITRE CINQUIEME
De la présence du Prêtre
à côté de la Victime
dans l'Eucharistie i3i
I. — L'Eucharistie est la continuation de l'exer-
cice du Sacerdoce de Jésus dans l'acte
de son institution i35
II. — La présence de la Victime dans l'Eucha-
ristie exige la présence du Prêtre . . 138
III. — La double réalité de la présence du Prê-
tre et de la Victime dans l'Eucharistie,
tirée de la nature du Sacrement . . . 142
IV. — L'universalité de la présence du Prêtre et
de la Victime dans tous les tabernacles
du monde 146
A Jésus, Prêtre et Victime, toujours et univer-
sellement présent dans l'Eucharistie . 1 3 1
CHAPITRE SIXIEME
De l'action continuelle du Prêtre
dans l'Eucharistie,
maintenant la Victime dans son état
d'immolation i55
I. — L'action directe et constante du Prêtre
sur la Victime, dans l'Eucharistie . . i57
II. — Le caractère de l'union sacerdotale de
TABLE DES MATIÈRES 223
Jésus, dans l'Eucharistie, en rapport
avec l'état d'immolation de la Victime l59
III. — L'activité continuelle du Sacerdoce de
Jésus dans l'Eucharistie, conséquence
de l'état permanent du Prêtre et de la
Victime 162
IV. — Harmonie divine entre le Prêtre et la
Victime dans l'Eucharistie i65
Jk. Jésus, Prêtre et Victime, vivant d'amour mu-
tuel dans l'Eucharistie 169
CHAPITRE SEPTIEME
De l'amour dû à Jésus
en sa qualité de Prêtre et de Victime
dans l'Eucharistie 173
I. — A la présence permanente du Prêtre et
de la Victime dans l'Eucharistie, cor-
respond notre foi 179
II. — A l'amour immense de Jésus Prêtre et
Victime dans l'Eucharistie, correspond
notre amour 181
III. — A l'exercice du Sacerdoce de Jésus dans
l'Eucharistie, correspond un culte non
moins essentiel 186
IV. — A l'offrande sans cesse renouvelée de la
Victime dans l'Eucharistie, correspond
notre amour crucifié 190
V. — L'amour de Dieu le Père pour son Fils
224 JÉSUS PRÊTRE ET VICTIME DANS L'EUCHARISTIE
toujours Prêtre et toujours Victime
dans l'Eucharistie 194
VI. — L'amour spécial du Prêtre pour Jésus
Prêtre et Victime dans l'Eucharistie . 198
A Jésus, Prêtre et Victime dans l'Eucharistie,
divin objet de notre éternel amour . 203
VERITE ET AMOUR
Jésus, Prêtre et Victime dans l'Eucharistie . . . 207
Jésus, Prêtre et Victime immolée dans l'Eucha-
ristie 208
Jésus Prêtre, choisissant volontairement cet état
d'immolation de la Victime dans l'Eu-
charistie 210
Jésus Prêtre dans l'exercice de son Sacerdoce à
l'Institution de l'Eucharistie 211
Jésus Prêtre demeurant le gardien de la divine
Victime dans l'Eucharistie 21 3
Jésus, Prêtre sacrificateur de la divine Victime
dans l'Eucharistie 214
Jésus, Prêtre et Victime souverainement aimant
et divinement aimable dans l'Eucha-
ristie 2l5
BT 254 .M37 v.5 SMC
Marie Eugène de la
Croix, Père.
Jésus mieux connu et
plus aime dans son
AWM-6159 (mcsk)